Participations au Rendez-Vous des Plumes – Avril 2021

Bonjour tout le monde !

La quatrième session du Rendez-Vous des Plumes a été lancée sur le thème « patchwork« , pour lequel vous deviez composer avec une liste de mots imposés… autant vous dire que l’exercice en a découragé quelques-uns ! Les participations reçues sont néanmoins originales, et je vous les soumets avec grand plaisir !

Les textes ne sont relus qu’au moment de leur publication, et ce uniquement dans le but de vérifier qu’ils ne contreviennent pas au règlement de l’atelier d’écriture. Si le cas devait se produire, le texte ne serait tout simplement pas publié, sans autre recours possible de son auteur. La Petite Boutique des Auteurs n’est pas responsable des coquilles, fautes d’orthographe, syntaxiques ou grammaticales éventuellement présentes dans les textes qui participent au Rendez-Vous des Plumes.
Merci d’en prendre note avant lecture.

Amelia

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· Texte de Noémie Leroy Trifilieff ·

Inspiration N° 1 : Parchemin Dent Souhait Défaire Chaleureux Proche Calembour Gazon Réconfort Artificiel

En ce bel après-midi de printemps…
Eté serait plus juste, au vu du soleil qui me tape sur le visage d’ailleurs…
Je recommence. En ce bel après-midi chaud, très chaud, et ensoleillé, à la rigueur on s’en moque un peu de la saison, il fait beau et c’est bien là le principal !
Je disais donc, en ce bel après-midi, très chaud et ensoleillé, j’ai élu domicile sur le gazon doux et vert du jardin de Mélissa, ma voisine.
Attention ! Ne vous méprenez pas ! Je ne « squatte » pas son gazon, qui soit dit en passant, n’est même pas artificiel ! C’est un vrai et beau gazon qu’elle entretient avec amour et passion. Je l’aide souvent d’ailleurs à entretenir cet œuvre d’art. Ca me détend et ni elle ni moi somme contre un peu de compagnie. Elle est célibataire, moi aussi et au fil de nos conversations en rentrant le soir, souvent tard, de nos vies professionnelles, nous sommes devenues proches.
Deux meilleures amies qui déblatèrent, plus ou moins sérieusement, à propos de la vie, des hommes, du chien de Madame Viviane, la voisine, qui hurle à la mort TOUS les dimanches que Dieu fait (c’est-à-dire beaucoup…) dès six heures du matin et qui aiment faire et défaire tout un tas de théories bancales.
Il est facile de trouver du réconfort lorsque l’on est ensemble. Je n’ai jamais eu de véritable amie et lorsque Mélissa a débarqué dans ma vie un poids c’est enlevé de mes solitaires épaules.
Je crois que l’on s’est bien trouvé avec notre humour décalé, notre maniement des calembours frôlant l’indécence, notre furieuse envie de vivre et notre souhait commun de trouver Mr Parfait.
Du coup, cet après-midi, je squatte son gazon, le mien est tellement mité que je déteste m’y allonger. Lorsqu’elle débarque avec son sourire chaleureux et deux verres de Mojito, même pas virgin… je la bénie encore plus.
— Faut quand même qu’on fasse gaffe au soleil Mel, sinon on finira par ressembler à de vieux parchemin !
— Cris… et quand bien même ? Au moins on a de belles dents !
— Hein ? Mais c’est quoi le rapport ?
— Aucun ! Mais c’est important les dents non ? Tu voudrais pas un Mr Parfait avec des chicos dégueu, tout noirs et manquants ? Si ? Alors ? Peau parcheminée et belles dents ou peau de pêche et dents pourris ?
— Heu… faut vraiment choisir ? Parce que franchement ça craint.
— Mouais… non en fait. On s’en fou. Tiens bois ça tu m’en diras des nouvelles ! Je me suis surpassée aujourd’hui ! Sans déconner ! Il est…
— … divin ! Je ferme les yeux de bonheur : Cristina vote pour ! Cette recette tu la gardes au chaud !
On s’allonge toutes les deux en regardant le ciel et les nuages qui passent. Ils ne sont pas bien nombreux mais les formes qu’ils font sont sympa et ça nous fait sourire.
C’est ça la vie pas vrai ?
Une amie, du soleil, un beau gazon et un Mojito… même pas virgin en plein après-midi !


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· Texte de Léona ·

Inspiration N° 1 : Parchemin Dent Souhait Défaire Chaleureux Proche Calambour Gazon Réconfort Artificiel

Un parchemin à la main, je promène mon regard sur la foule,
Mes dents grinçant les unes contre les autres, presque saoule,
D’un souhait, tout simple, et pourtant si puissant, précieux,
De défaire un à un les fondements de tes futurs vœux.

Chaleureux est le prêtre qui vous marie aujourd’hui,
Même proche du showman que l’on a vu cette fameuse nuit,
Aux calembours pourris, mais drôlement efficaces,
Sur les gazons maudits, enfants affreux et différences de races.

Aujourd’hui, tu n’es plus à moi, à mes côtés, tu es sien
Alors, je cherche le réconfort dans l’idée que tu es bien
Sentiment artificiel au regard de ce qui se déroule à l’instant
Cet engagement avec celle qui partage désormais ton présent…


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· Texte de Marina Leridon ·

Inspiration n°2 : Vite · Pouls · Fameux · Charlotte · Bécasse · Pépite · Louer · Dériver · Brun · Moucheté

Un patchwork de mots
Un atelier d’écriture sur le thème du patchwork avec dix mots à parsemer tout au long du texte. Quelle bonne idée ! Comme il se doit, les mots sont aussi difficiles à assembler les uns avec les autres que les morceaux d’un patchwork en tissu. Voyez donc : vite – pouls – fameux – charlotte – bécasse – pépite – louer – dériver – brun – moucheté.
Qu’importe, je me saisis du sujet. Après tout, n’est-ce pas un passage obligé pour prétendre devenir écrivain(e) de répondre à toute sorte de proposition d’écriture ?
Mon pouls se met à battre plus vite. Le fameux syndrome de la page blanche me guette. Je me remémore mon premier patchwork. Je me trouvais dans la même situation : des morceaux de tissus partout et aucune idée pour les assembler afin d’avoir un beau rendu. Une vraie bécasse ! À force de réflexion et de tentatives toutes plus horribles les unes que les autres, je finis par obtenir un magnifique paysage dans les tons brun moucheté.
Ici c’est plus compliqué : non seulement, il faut que ça sonne « beau » à l’oreille mais en plus ce doit être intelligible.
Les idées fusent, malheureusement elles ne sont pas compatibles avec ma liste de mots.
Mon esprit s’égare et une histoire que me racontait ma tante Charlotte avant de me coucher me revient.
« Quand j’étais petite, nous étions très pauvres. Je devais rapiécer les vêtements de toute la famille. Je flânais sur les chemins pour ramasser les morceaux de tissus qui se laissaient dériver au gré des vents. Je les assemblais du mieux que je pouvais pour combler les trous.
Un jour, je tombai sur une véritable pépite : un petit morceau de tissu lamé or. Je le cachai sous mon oreiller pour une occasion spéciale. Quand j’eus à rapiécer la plus belle robe de maman, j’utilisai enfin mon trésor. Son tissu était tellement usé que cette robe finissait par ressembler à un patchwork. Pour terminer, j’intercalai le morceau lamé or à hauteur de son cœur pour la remercier de tout ce qu’elle faisait pour nous au quotidien. Je l’entendis louer le ciel d’avoir une fille si gentille. »
Cette histoire me rappelle que quelque chose de beau peut apparaître à tout moment et qu’il faut savoir apprécier ce que l’on possède.
Mais je me suis dispersée. Et mon texte ? Je relis ce que je viens d’écrire sans même y prendre garde. Je biffe les mots sur ma feuille. Tout y est !


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· Texte de Sandrine Drappier ·

Inspiration n°3 : Maladroit · Désagrément · Chant · Armoire · Imprimer · Prodige · Solitude · Grisaille · Damnation · Chronologie

Patchwork

C’est la première petite fille du monde d’après la damnation.
La première aurore. Promesse de renouveau.
On ne va pas refaire la chronologie de l’histoire, chacun la connaît.
Le désir de s’accaparer en ruinant tout dans sa folie
La suprématie de l’être humain sur le reste de la planète…
Solitude humaine, dépression mortuaire, l’homme en auto-suicide
De désagrément en désagrément,
L’homme se déplaisit, s’épaissit, se calcifie…
C’est maladroit un homme à bout de souffle, un homme qui se donne la mort.
Barreaux, haine, faim, misère,
Le bruit sourd de la Liberté qu’on mitraille.
La terre grisaille, quotidien monochrome, asphyxie planétaire…
C’est un psaume venu du fond de la forêt qui surgit au bout de la nuit.
Un chant millénaire. Comme un dernier souffle. Avant la renaissance. 
Un monde en devenir, ébauche des erreurs passés. 
Prodige d’après la ruine. 
Le passé à imprimer, ne plus jamais recommencer, ne jamais oublier. 
Renaissance, elle s’appellera ainsi. 
Nous lui dessinerons la terre, les mers, le ciel, un toit où s’installer. 
Trois fois rien, rayée l’opulence qui a conduit au désastre. 
Trois fois rien écrit au fronteau du nouveau monde. 
Alors de l’armoire, nous ferons sortir l’oiseau Bonheur
Qui, dans un grand bruit d’ailes, sur le sol froissé
Dans les airs gelés, sur les mers figées,
Ira planter les germes de l’espoir et de la raison. 


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· Texte d’Evelina Barré ·

Inspiration n°3 : Maladroit · Désagrément · Chant · Armoire · Imprimer · Prodige · Solitude · Grisaille · Damnation · Chronologie

一 Papi ! Eh. Papi… ponctue Lalo qui coure à travers le manoir. Papichou !
一 Oui, mon grand ? Qu’y a-t-il ? demande Gilles quand son petit-fils arrive près de son fauteuil.
一 Je… s’arrête l’enfant. Je sais plus, papi. J’ai oublié, chuchote-t-il les yeux baissés.
一 Ahahah, s’amuse le grand-père. C’est la grisaille qui s’est faufilée dans ta tête, il n’y a pas de mal, mon garçon.
Le petit lève les yeux vers son aîné. Il fronce d’abord les sourcils et ses narines se plissent quand il commence à faire la moue face aux expressions qu’il ne comprend pas toujours. Puis, touché par le rire communicatif de son grand-père, un sourire se dessine sur son visage.
一 Bon, reprend le plus ancien, qu’est-ce que tu souhaites faire au lieu de me soumettre ta requête ?
一 Pas d’idée, répond le plus jeune en haussant ses épaules.
一 Que dirais-tu d’une histoire ?
Il émet cette proposition avec une voix grave et un regard malicieux. Cela a pour effet d’attiser immédiatement la curiosité de l’autre.
一 Oui ! J’adore ! Mais ça sera une des tiennes, hein ?
一 Bien sûr, mon petiot…
一 Non ! hurle Lalo. M’appelle pas comme ça. Je suis un géant maintenant !
一 Tu as raison. Pardon pour ce désagrément, votre grandeur.
一 Et arrête avec tes mots compliqués… râle-t-il.
一 Ah non, tu connais mon opinion sur le fait de bouder. C’est inutile et infondé. De plus, comment veux-tu devenir un prodige si tu n’apprends jamais de termes ?
Le gamin lâche un long soupir, puis se met au garde-à-vous pour montrer sa bonne volonté selon leur tradition. Son aïeul hoche la tête et le premier se dépêche ainsi de s’asseoir sur le coussin habituel. Ils se retrouvent face à face. L’un en train de chercher le parfait récit dans sa mémoire. L’autre occupé à rassembler sa concentration et ses connaissances en vocabulaire. Puis, le plus âgé ouvre la bouche et le paysage se métamorphose.
一 C’était un féroce matin de novembre. Le vent soufflait sur notre demeure et les flocons s’accumulaient aux fenêtres. J’étais assis là, dans ma solitude, à contempler cette blanche infinité. Les rues me paraissaient désertes, mais peut-être était-ce dû au fait que nous habitions en campagne.
Lalo laisse échapper un petit rire, mais il met vite les mains devant sa bouche. Il pense avoir interrompu son grand-père, mais heureusement, cette boutade était calculée. Ce dernier esquisse donc un sourire pour l’apaiser, puis il continue sa narration.
一 Alors, pendant ce temps où j’étais assis devant cette ouverture, je me mis à entonner “Vive le vent”. Tu connais sûrement ce chant, s’adresse-t-il à son fidèle auditeur.
Celui-ci confirme cette supposition d’un vigoureux hochement de tête. Il hésite à fredonner les premières notes pour le prouver, mais le doyen de sa famille est déjà reparti dans sa chronologie.
一 La comptine, bien que de saison, me fut interdite quelques jours plus tard.
一 Quoi ? Pourquoi ? s’indigna le maigre public.
一 Patience, petit fourbe. Si tu veux juste savoir les éléments principaux, je peux demander à Marie-Jo de te les imprimer. Ou plutôt de m’apporter du papier pour que j’en fasse une liste… La technologie n’est pas ma plus précieuse alliée.
Suite à cette très juste remarque, l’enfant se fait le plus discret possible en s’enveloppant de la couverture, jusque-là posée à côté de son coussin. Il espère que cet amas de tissu canalisera ses réactions, car il ne souhaite vraiment pas ennuyer son papi. Ce qu’il ignore, c’est qu’à l’inverse, l’autre se réjouit de passionner autant par ses anecdotes et inventions.
一 Reprenons. On m’avait formellement défendu de prononcer, ne serait-ce qu’une parole de la dite chanson. Alors, pour ne cesser d’alimenter cette flamme qui animait mon cœur, je me rendis chaque jour dans l’armoire du rez-de-chaussée. Tu sais, c’est celle qu’on a toujours aujourd’hui. On y range nos grands manteaux et nos bottes fourrées.
En retour, le petit n’ose que cligner des yeux à répétition. Il ne veut surtout pas embêter son papichou, il aime trop le temps passé en sa compagnie pour cela. Gilles s’en régale encore une fois. Il se dit que la jeunesse, surtout vers six ans, est le plus bel âge de la vie.
一 Eh bien, je me logeais dès qu’un moment s’offrait à moi pour élever ma voix. Je chérissais ses précieuses minutes de gagnées par rapport aux autres qui ne profitaient de cette mélodie que lors des chorales de Noël. Je me sentais chanceux, même si l’on m’avait puni. Sur le coup, je dois bien avouer que j’avais eu envie de crier que l’enfer et la damnation s’abattaient sur moi, mais je m’étais retenu juste à temps et je sus faire les choses correctement.
一 En mentant et en faisant les choses en cachette ? s’enquiert Lalo pour être sûr de bien comprendre.
一 Euh… Possible, hésite l’ancêtre. Je crois que j’ai vraiment été maladroit sur ma morale cette fois-ci…
Cette phrase, le plus jeune l’a bel et bien comprise. Il se met donc à rigoler, mais d’un des rires les plus sincères qu’il existe. C’est celui d’une relation saine et pleine de surprises tout sauf néfastes, car le plus vieux l’a rapidement rejoint dans cette hilarité.


Et pour terminer cette sélection, je vous présente le mien, hors concours :

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· Texte d’Amelia Pacifico ·

Inspiration n°2 : Vite · Pouls · Fameux · Charlotte · Bécasse · Pépite · Louer · Dériver · Brun · Moucheté

Les lieux sont déserts. Pourtant, ils grouillaient de monde lorsque l’on est arrivés, quelques heures plus tôt. Des patients, des soignants, certains avec leur charlotte sur la tête, d’autres un stylo et un bloc entre les mains, tous l’air très occupés. Allongée sur la table, les jambes ouvertes dans une position inconfortable, j’ai la sensation d’être une bécasse qui n’est pas à sa place. Il avait fallu faire vite, avec tout ce sang perdu, mais maintenant, il faut attendre, attendre, attendre… J’aurais préféré louer une chambre d’hôtel à côté, le temps que la situation se débloque. Parce qu’elle ne donne pas l’impression de vouloir nous rejoindre, notre petite pépite. Bien au chaud, le pouls régulier et en position de naître, elle prend son temps. Alors je laisse mes pensées dériver, vers le minois que je lui devine, l’instinct de son père, qui ne fait aucun doute, les nuits à fixer les murs beiges et bruns de sa toute nouvelle chambre, à la recherche de ce fameux sommeil que peu de parents parviennent à trouver leur nourrisson en pleurs au milieu de la nuit. Je rêvasse tant que lorsque l’équipe médicale débarque comme un seul homme dans la salle d’accouchement pour me demander de pousser, je ne sais même plus pourquoi je dois le faire ! Et puis je me rappelle ce cliché noir moucheté de blanc que l’on m’a laissé la première fois que j’ai fait sa rencontre. Alors, j’ai réuni toutes mes forces.


Merci à tous pour vos participations et lectures ! Rendez-vous la semaine prochaine pour le défi de mai !

A bientôt 💋

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