Participations au Rendez-Vous des Plumes – Juin 2021

Bonjour à tous !

La sixième (déjà ! ) session du Rendez-Vous des Plumes s’est déroulée autour du thème « univers« . Vous deviez vous inspirer d’un ensemble de mots évoquant un paysage imaginaire, une contrée lointaine ou simplement, une atmosphère inédite. De la poésie, de jolies images et des mots chantants ont trouvé le chemin du blog pour notre plus grand plaisir ! Merci à chacun de vous…

Les textes ne sont relus qu’au moment de leur publication, et ce uniquement dans le but de vérifier qu’ils ne contreviennent pas au règlement de l’atelier d’écriture. Si le cas devait se produire, le texte ne serait tout simplement pas publié, sans autre recours possible de son auteur. La Petite Boutique des Auteurs n’est pas responsable des coquilles, fautes d’orthographe, syntaxiques ou grammaticales éventuellement présentes dans les textes qui participent au Rendez-Vous des Plumes.
Merci d’en prendre note avant lecture.

Amelia

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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Marina Leridon ·

La libération
Le manteau blanc du paysage m’éblouit à travers la vitre. L’hiver s’est invité sans prévenir un beau matin de novembre. Des bourrasques balaient la cour. Les dernières feuilles mortes tourbillonnent dans tous les sens comme un mini cyclone sur fond de ciel bleu.
Le feu dans la cheminée commence à faiblir. Les dernières flammes dansent une java endiablée au milieu de l’âtre. Un coup d’œil me confirme ce que je craignais : plus de bois dans la niche réservée sur le côté.
Mon cœur se met à battre plus vite : je dois sortir ! Mes vieilles terreurs enfantines ressurgissent. Mon père m’envoyait tout le temps chercher les bouteilles à la cave et les bûches sur le côté de la maison.
Toute l’année, la descente à la cave me terrorisait car je ne pouvais allumer la lumière qu’au bas des escaliers. Je descendais les premières marches à la lueur du couloir, heureusement fortement éclairé. Mes petites jambes peinaient à passer d’une marche à l’autre, me portant vers un gouffre de terreur. Arrivé en bas, la lumière enfin allumée était si faiblarde que j’avais du mal à distinguer les rayonnages. Il me semblait toujours entendre des bruits de pas, sentir quelque chose me frôler le visage, voir une ombre. La lumière se reflétait par touches sur les bouteilles et des tâches apparaissaient que j’imaginais être du sang. Je me précipitais sur les casiers et saisissais la première bouteille à ma portée. Je remontais à toute vitesse et oubliais invariablement d’éteindre la lumière. Je claquais la porte afin d’enfermer ce monde de terreur. Mais une autre épreuve m’attendait : la colère de mon père qui trouvait que j’avais mis trop de temps et savait que je n’avais pas eu le courage d’éteindre la lumière avant de remonter.
Aujourd’hui mes peurs sont toujours là, ancrées en moi. Je vis seul. Plus personne ne passe sa colère sur moi. Pourtant rien à faire, je ne descends jamais à la cave.
Perdu dans mes pensées, j’admire le feu qui résiste. Le feu de cheminée est un des bonheurs que j’affectionne le plus. Chaque année, je me dis que c’est la dernière fois et chaque année je ne peux m’en passer. À la fois synonyme de peur et de joie, le foyer m’apporte l’apaisement tant recherché. Je vais chercher le bois plutôt le matin pour ne pas croiser mes angoisses.
L’hiver, j’étais toujours de corvée de bois. Quel que soit le temps, je devais sortir et rapporter des bûches. Peu importait que je sois habillé ou chaussé : le bois avant tout ! Je sortais grelottant et courant pour me réchauffer. Une vieille paire de sabots récupérée dans une grange m’attendait cachée sur le côté de la porte. Le bruit de mes pas résonnait dans la cour en martelant les pavés. L’abri à bois se trouvait à vingt mètres sur la droite de la maison. Ces vingt mètres me paraissaient à chaque fois vingt kilomètres. Il faisait toujours sombre. Les arbres gémissaient. Je croyais entendre un enfant m’appeler au secours. Les ombres sur le sol étaient pour moi autant d’animaux décidés à me dévorer tout cru. Je remplissais le panier et m’arcboutais de toutes mes forces pour en rapporter le plus possible et repousser le prochain voyage.
Cette fois, je n’ai pas eu le temps de m’occuper du bois, absorbé par l’écriture de mon nouveau roman. La pénombre commence déjà à tomber. Mais j’ai besoin de ce feu. Je tourne en rond et scrute à travers les fenêtres la cour et le jardin délimité par de grands arbres. Ceux-ci semblent déjà parler de moi comme s’ils m’attendaient pour m’attraper avec leurs branches. Les ombres me guettent. Je sens mon cœur battre la chamade. Mon esprit s’égare. J’entends mon père hurler en jetant sa énième bouteille de rouge dans la poubelle.
Soudain les quatre coups de l’horloge me rappellent à la réalité. Je secoue la tête, éberlué. Regarde autour de moi. Personne. Bien sûr, je vis seul depuis sa mort, trois ans plus tôt. Dehors, pas d’animaux qui me guettent, les arbres ne parlent pas.
Par contre, mon feu de cheminée est presque éteint. Je dois aller chercher du bois. Je sors enfin et une énorme bouffée d’air frais me prend au visage. Une rafale de vent semble passer à travers mon crâne et emporte avec elle mes vieilles peurs. J’écarte les bras et tourne sur moi-même en regardant le ciel au milieu des feuilles et des flocons de neige qui commencent à tomber. J’ouvre la bouche et les minuscules pics glacés sur ma langue me font revivre. Je me sens tout à coup léger comme une libellule qui vole paresseusement au-dessus d’un étang. Tout s’éclaircit autour de moi, malgré la nuit qui s’installe. Je tourne la tête vers les bûches empilées le long de la maison. Certaines semblent sourire : elles attendent que je les prenne dans mes bras pour les rapporter à l’intérieur et faire une bonne flambée. Je profite encore un peu de cette liberté retrouvée et redécouvre mon environnement.
Enfin, je remplis mon panier à bûches et retourne vite ranimer le feu. Je me blottis dans mon fauteuil préféré et reprends l’écriture de mon roman.
Demain je descendrai à la cave.


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Christophe Condello ·

Poème
porte entrouverte
sur un univers
*
La nature se déshabille
tant d’illusion
me désempare
*
Soleil carmin
mon cœur
arraché
*
Hiver si blanc
la paix
des arbres épurés
*
Feuilles de vignes
sous la tonnelle
l’été s’envole
*
Miroir de l’eau
un jumeau
et une libellule
*
Lumière fragile
premier feu
avec toi


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Tuy Nga Brignol ·

Jolie libellule
symbole de transformation
animal-esprit


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Philippe Botella ·

L’été est bien loin
Sous la feuille la libellule
Se meurt. C’est l’hiver !
……
Bien froid est l’hiver
Mais quand sa pluie se déverse
Joyeux est mon cœur.
……
Les flocons sonnent
Comme castagnettes.
Chante l’hiver.
……
Sur la vitre opaque
Derrière les traces de givre.
Un âtre crépite.
……
Vu le tas de bûches,
L’œil qui la regarde.
La saucisse tremble.
…..
Le soleil est glacé,
Et seule la neige est brûlante,
Le grand sorcier danse.
……
La neige s’est posée
Sur la jeune pousse trop précoce.
Mais son heure viendra.
……
La nuit qui s’approche.
Le noir arrive à grand pas.
Et l’ombre s’enfuit.
……
L’étang est gelé.
Sur une patte, le héron,
Amuse le gardon.
…..
Une seule pluie d’hiver
Fait évaporer tous les
Rayons de soleil.
……
Pluie si drue d’hiver
Dans la grotte trop silencieuse
Soudain une goutte.
…..
La lune a percé
D’un rayon empoisonné
Un nuage gris.
…..
Hurlez les vent !
Sifflez les loups !
Chante le temps.
……
Buée sur la vitre
Un cœur y est dessiné
Son sang dégouline.
……
Nappe de brouillard ;
Caché au fond de ma poche,
Un couteau coupant.
……
Des pleurs sont tombés
Sur le sol si froid, si dur..
Malheur a germé.
……
La lune s’est mirée
Dans une flaque. Le vent, jaloux,
Souffle fort sur l’eau.
…..
La feuille est noircie
La plume dans l’encre se délasse
Une page se tourne.
……
Le vieil homme s’oublie,
A cheval sur son vieux buffle,
Et le buffle se mouille.
……
L’étang, ce matin,
Est assurément trop jeune :
Pas la moindre ride…

…Et le vent malin
D’un souffle un peu assassin,
Joue à la vieillir.


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Catherine Elcabache ·

HAÏKUS COSMIQUES

Pluie d’Astéroïdes,
La mousson est terminée.
Je m’abreuve du Monde.

Loin, l’Énergie Sombre,
La Gravité désherbée,
Mes pieds aiment la Terre.

Les Étoiles s’effondrent,
Nos Matières irriguées,
J’avance et je brûle.

Panspermie de Mars,
Pandémies saisonnières,
Profiter du Vol.

Poly-Mères des Âmes,
De nouvelles bactéries paissent,
Vivre Ad Aeternam.

Probabilité,
Que dans une parade quantique,
Je m’unisse à Toi.


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Didier Colpin ·

E=MC²…

Dans un chacun son temps dans un chacun son heure
Marqués dans l’ADN l’homme et la bête meurent
Dans un chacun son rythme au manège étonnant
Naissance comme deuil vont d’un pas permanent…

Viennent-ils au départ d’une même énergie
Qui d’un cri créateur -quelle est sa stratégie –
Fait jaillir l’univers fait jaillir le vivant
Qui marchent vers demain dans un zèle fervent ?

L’énergie au pouvoir cause de la matière
L’énergie au pouvoir cause de la lumière
Le tout est réversif -dixit Hiroshima-
La moindre équation respecte ce schéma…

Lorsque survient la mort la source primitive
Retrouve-t-elle ainsi sans aucune invective
Ce qui lui appartient dans ce qu’est le karma
Où la même énergie anime un grand magma ?


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Nsanzimana Rugigana ·

Elle était comme une feuille sans branche,
Une mer sans océan, une rivière sans fleuve,
Pas de concubin pour empoigner ses hanches
Ni d’amant pour humer ses effluves

Sans tergiversations ni avertissements
Son accablant hiver sentimental fut cassé,
Libérée de son sempiternel délaissement
Le feu d’un printemps vint la caresser

Maintenant elle se sent papillon, libellule,
Elle vole de ses propres ailes mais pas seule,
Le cœur gai elle vogue hors de sa cellule
Encouragée par le regard d’un super jules

Elle se faufile parmi mille autres étoiles,
Elle brille, loin de ses anciennes frayeurs,
Le bonheur peut sembler vivre ailleurs
Mais à y croire on finit par lever son voile.


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Feu – Hiver – Feuille – Carmin – Libellule

· Texte de Dorothée Fourez ·

Voyages incertains

À l’hivernage des arbres
Quand les troncs sont à nus
Et les feuilles en humus
À leurs pieds glabres.
Au bout de leurs branches
Se balancent au gré du vent
Les chants plein d’espoir des enfants
Qui appellent le printemps.

Quand le blanc des nuages
Disparaît dans le scintillement
De la molletonneuse neige
Et qu’au-dessus de ta tête
La brillante étoile polaire
Fait s’éteindre les asters
Et fait renaître chez tes pairs
les souvenirs des jeux d’autres temps.

Quand l’univers tout entier
Met du carmin à tes lèvres
Et rosit tes jolies pommettes.
Quand le plaisir des feux de joies
Ravivent les âtres
Dans la douceur des foyers
Et subliment les astres
Dans la grande noire.

Tu viens à en oublier
La transparence des libellules
et leur envol tout en légèreté
Sous le soleil de l’été.
Tu rappelles à tes envies
Qu’en tout grouille vie
Même dans l’aridité
D’une planète sans conquête.

De la terre à la plus petite des comètes,
Le vide est par essence
Ce que l’on ne connaît pas
Avec de la patience
Dans son apprentissage
Il se remplira d’éventuelles vérités
qui seront tiennes
et deviendront ton essentiel.

Création et imagination
Se mêlent pour faire de tes rêves
Des cosmos flamboyants
Qui s’éteignent au gré des millénaires
Devant tes yeux incrédules
Se dévoilent alors des cieux libertins
Et s’envisagent de multiples voyages
Aux retours incertains.


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte de Philippe Botella ·

La mousse gorgée d’eau
Désaltère la sauterelle
Que le lézard guette.
……
Sous la vague
Un reflet dort
Couleur vieil or.
……
L’étang blanc renvoie
A la lune reflets dorés
Et la lune sourit.
……
Une commode bien jeune,
En bois sans doute un peu vert,
Au printemps fleurit.
……
Dans sa cage dorée,
Si l’homme, lui, croit qu’il chante.
Le rossignol pleure
……
Un bleu nénuphar
Un soir, par dessus l’étang,
A pris son envol.
……
Une primevère
Un matin meurt.
Le printemps pleure.
…..
Le gave se réveille
Une truite affamée la mouche
Adieu sauterelle !
…..
La folle alouette
Au soleil offre sa tête,
Réclamant l’été.
……
Petit bébé bambou
Sûr, demain je dormirai
Sous ton ombre fraîche.
……
Une barque accoste
Et les graviers s’en indignent.
S’envole l’aigrette.
……

Le merle a mangé
Une des pattes à un mille pattes.
Les autres sont sauvées.
……
L’œuf était tout vert.
Alors le coq, furieux, a
Mangé le sorcier.
……
Se fend l’œuf de poule.
Un roux renardeau rusé
Souriant en sort.
……
Se dresse un matin
Un glaïeul bien droit et rose
Marguerite rougit
…..

De sa feuille qui flotte,
La grenouille rousse a sauté.
Où est-elle allée ?
…..
Une barque sur l’onde
Se glisse et son doux sillage
Multiplie les astres.
…..
Le chat haret louche
Sur l’abeille et sur son nez
Devenu tout rouge.
……
La mare est déserte :
Ce matin le boa se baigne.
La sauterelle chante.
…..
L’aile du papillon,
La langue du caméléon
L’a vite engluée.
……
La vague se brise.
Et c’est l’adieu de la mer,
Pour un faux départ.
……
Le chant du coucou
Fera chanter sur son pin
La cigale demain.
……
Pour une fleur bleue
L’abeille a ouvert ses ailes
Mais un guêpier passe.
……
S’est pris à chanter
Au matin le vieil érable
Cette nuit il rêva.
……
Le gros grain de sel
Rêve de se trouver matin
Grain de sable fin.
……
Pour séduire sa belle,
Un silure dégurgita
Un vieux cormoran.
……
Le soleil réchauffe
Jusqu’à l’ombre des cavernes.
Mais l’ours est mort.
……
Rizière en fête
Voyant tout son riz qui lève/
Le buffle s’y couche !
……
Une fleur bleue pleure.
L’abeille, la vilaine abeille
Vient de l’oublier.
……
La vieille carpe d’or,
Sous l’étang s’éveille enfin.
Sous l’œil d’une grenouille.
…..
Larme de la nuit
Où se lave la fourmi rouge,
Perle de rosée.
…..
Le moine a ratissé
Tous les cailloux blancs et ronds,
Et chante un coucou.
……
Dans l’œil du crapaud
La lune si rousse s’est mirée
Et s’est vu si belle.
…..
Chant de merle, amour,
Sur sa branche toute réjouie
Rougit la cerise.
…..
L’étourneau regarde
La fleur blanche du cerisier
Et chante patiemment.
……
Sous sa branche feuillue,
Le cerisier tente en vain
De cacher ses fruits.
……
L’homme cueille une fleur,
Et l’offre à sa fiancée,
Mais les deux se fanent.
……
Une cousine grue
Remplace une cigogne, malade,
Mais le bébé ! Quel genre !
…..
… Un maître verrier
Souffle une fiole mordorée
La lune s’invite…

… Dans la fiole soufflée
Le lune se voit enfermée
Et devient folle…

… Le verrier, ému
Par les larmes de Séléné,
Brise la fiole prison…

… Et la lune donne
Au verrier, gentil geôlier,
Un cratère doré.
…..
L’hirondelle toujours,
Sans gêne, au coucou demande :
« Le printemps est là ? » …

…Le coucou répond :
« Oui mais tu le savais bien
Puisque tu es là ! »,


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte de Sandrine Drappier ·

C’est au tout petit matin, à l’aube aux paupières de loup, que Léna sort du lit sur la pointe des pieds. Elle jette un œil attendri à l’homme qui dort encore. Il a l’air d’un enfant. Ses longs cheveux blonds cachent entièrement son visage. Elle ne peut s’empêcher d’être émue qu’il soit encore là, dix ans après leur rencontre. Un éblouissement. Dans la chambre à côté, une petite fille, tout à l’heure, réclamera toute son attention. Alors, Léna se hâte. Elle descend les escaliers. Comme à son habitude, son bobtail Jack l’attend déjà en bas des marches. Elle lui fait quelques caresses puis entre dans la cuisine et se prépare une tasse de thé. Beurre deux tartines. Met le tout sur un plateau et ouvre la porte qui donne sur l’arrière de la maison.
C’est une maison toute simple en bois peinte en bleu. Elle ne semble d’aucune époque, comme si elle avait toujours été là, qu’elle s’était juste un peu transformée au fil des époques. Elle se blottit contre une colline au pied d’ épicéas vieux de milliers d’années, et désormais, d’un jardin de cottage empli de fleurs d’ici ou d’ailleurs, graminées irlandaises, plantes des montagnes de l’Himalaya, légumes indigènes, où chacun peut venir chercher quiétude et harmonie.
Jack attend patiemment devant le portail. Il sait où ils vont, tous les deux, c’est leur promenade chaque matin. Léna fait quelques pas, ouvre une barrière de bois vermoulu, Jack passe immédiatement devant et c’est comme si Léna entrait dans un nouvel univers.
Un lieu fait de gazouillis, de petits crissements et autres craquètements. C’est le souffle du vent dans les fragiles feuilles des pommiers en fleurs, des magnolias et des forsythias. On est au tout début du printemps et toute une faune semble se réveiller d’un long sommeil. Il suffit juste d’ouvrir ses oreilles et ses yeux pour entendre le couinement des musaraignes courant dans les herbes hautes, le bourdonnement d’un frelon et les pépiements incessants des oiseaux tout à leur joie de retrouver ces territoires connus. Le babillement d’une hirondelle, le gloussement d’une gélinotte, le roucoulement d’une tourterelle.
Léna pose son plateau sur une petite table en fer forgé. Elle regarde partout. Une vue d’ensemble sur le jardin. C’est elle et son mari qui l’ont créé il y a dix ans. Elle et son amoureux venaient de se rencontrer. Il était clown, elle comptable et ils étaient tombés amoureux un samedi matin dans une librairie. Le coup de foudre. Celui qui terrasse tout. Toutes les différences. Citadins et fêtards, tous les deux, ils avaient découvert la maison lors d’une promenade, par hasard, mais était-ce bien un hasard ? Ils étaient tombés sous le charme immédiatement. Cela tombait bien, elle était justement à vendre et ils n’avaient eu aucune hésitation, cette maison était la leur et ils avaient donc quitté la ville pour la campagne presque sur un coup de tête.
Attenant à la maison, il y avait un grand terrain fait de gros blocs de granit et d’épicéas. Ils se décidèrent à l’acheter également, par peur de nouveaux voisins. Ils étaient incultes tous les deux en jardinage et pourtant Lena avait su immédiatement que là, il y aurait un jardin. Comme une évidence ! Il en avait fallu du temps et de l’énergie. Il avait tout d’abord été nécessaire de supprimer quelques sapins et créer des massifs en faisant avec la contrainte de la pierre très présente. Mais ils s’étaient attelés à la tâche avec acharnement en se lançant un pari fou : faire un jardin grandiose de fleurs et de plantes, bâtir un endroit où chacun ressentirait des émotions extraordinaires.
C’est devenu désormais un jardin luxuriant, au fond d’une vallée préservée, comme une bizarrerie dans ce paysage aride. Avant-hier, encore, la neige recouvrait tout. Mais avril sonne le réveil de la nature sur ces crêtes vosgiennes et alors que l’on ose encore à peine prononcer le mot de printemps mille petits signes imperceptibles annoncent le renouveau.
C’est le prélude avant la symphonie de l’été. Le sol tout à coup se pare de verts subtils. Puis des fleurettes blanches et jaunes sortent d’un peu partout – Perce-neiges et Narcisses- qui colorent ce délicat tapis, bientôt suivis de fritillaires roses, de muscaris bleutés, puis les crocus blancs, jaunes, et violets. Il faut donc se laisser aller à humer, sentir, ressentir les parfums sucrés, poivrés, mentholés, citronnés qui exhalent des jonquilles. C’est bien plus beau qu’une peinture se dit Léna, c’est un éternel recommencement et elle ne s’en lasse jamais.
Ici, un petit filet d’eau a été rassemblé en une cascade murmurante qui serpente entre les parterres de primevères. Entre les grands sapins sombres, d’innombrables petits ruisseaux clapotent doucement en dévalant les versants des gros blocs de granit recouverts de mousse. Le jardin de Léna est un jardin des sens, un jardin des émotions, un jardin passion pour faire s’arrêter le temps et vivre l’instant.
Léna continue à avancer. Elle inspecte, regarde si le jardin est harmonieux, si certaines fleurs ne sont pas trop présentes et empêchent d’autres de prendre leur place. Elle arrive dans son endroit préféré, qu’elle a appelé la Chambre des Dames, une partie du jardin très odorante entièrement délimitée par des haies, des treillages et des allées de brique où se mêleront bientôt les parfums de lavande, de camomille et de roses. Lena a voulu qu’il soit un cocon de douceur et de légèreté. Un endroit qui invite à flâner et à s’enivrer de senteurs. Pour se faire, elle a d’ailleurs imaginé un banc capitonné de coussins aux plantes aromatiques qui dégagent leurs parfums envoûtants dès qu’on les touche.
Plus loin encore, un massif entouré de poutres de bois tordues en spirales fait entrer dans le territoire des plantes géantes et des buissons énormes où l’Inula Helenium, l’ail décoratif et la molène s’épanouissent. Une pause est là encore possible sur un petit banc de branches assemblées confectionné par l’amoureux cet automne. Un buisson apportera de l’ombre cet été. Il y a comme un air de premier matin du monde.
Léna longe l’étang désormais. C’est l’endroit le plus vivant du jardin. Si tôt, quelques grenouilles et crapauds sautent encore de feuilles de nénuphars en feuilles de nénuphars en croassant à qui mieux-mieux. Des sauterelles font leur toilette, inspectant leurs ailes pour voir si tout fonctionne bien. Une colonie de libellules a élu domicile au bord du terrain marécageux, mais aussi des hérissons, et des vers de terre. Tard le soir, on peut y voir aussi des chauves-souris. Et il est fréquemment arrivé à Léna de croiser un ou deux écureuils.
A regret, la jeune femme se dirige vers la sortie. Elle entre dans la maison. L’amoureux câline sa fille au salon en même temps qu’il essaye de lui enfiler son pantalon et son pull.
— Maman, maman, crie la petite fille, je venais te rejoindre.
Léna l’embrasse en la prenant dans ses bras puis embrasse l’amoureux.
— On va prendre un petit déjeuner et ensuite, on met tes bottes en caoutchouc et on va enlever les mauvaises herbes au jardin toutes les deux alors…
— Dis maman, le jardin c’est à moi aussi ?
— Le jardin, ma puce, n’appartient à personne. Nous devons juste prendre soin de lui pour que tous, plantes, insectes, oiseaux puissent y vivre en harmonie. Nous ne sommes que des passagers ici et nous avons tous besoin les uns des autres pour vivre. Mais, pendant que tu vis dans cette maison, oui ce jardin est le tien et tu dois donc toi aussi en prendre soin. Allez, avant d’aller travailler, il faut avoir le ventre plein…Tartines et chocolat chaud dit-elle en entraînant sa fille dans la cuisine.


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte d’Aurore Nivelle ·

« L’univers des fées éclaireuses »

Il était une fois,
Dans un monde féerique,
Au pays des fées,
Où la joie et le bonheur étaient de mise.
Où tout le monde riait.

Un rire sain et nerveux,
Un rire espiègle et féminin,
Un rire sarcastique et joyeux,
Un rire malin et malicieux,
Un rire coquin.

Alors voilà que les fées se mirent à voler et à glousser de plus belle,
Alors voilà que les fées se mirent à rire de joie,

Pour aller embêter les libellules et les sauterelles,
Posées dans la nature majestueuse,
Posées sur de la mousse,
Toute soyeuse et,
Toute verte,
Lumineuse et,
Etincelante,

Dans ce monde merveilleux et magique,
Où la vie est plus belle et plus douce,
Où la plus est plus tendre,
Où la vie est plus solidaire et remplie de partage du cœur.

Au cœur de soi,
La vie,
Le cœur,
La magie de la vie.

Un jour, les fées décident d’aller voyager,
Pour aller à tire-d’aile dans un univers plus lourd et plus chargé en émotion,
Pour visiter une autre contrée,

Là où le printemps naît et renaît,
Là où la vie est plus malmenée.

Alors voilà que les fées viennent partager leur bonne humeur et leur joie,
Pour apporter du baume au cœur,

Au cœur des humains,
Au cœur des hommes,

Pour leur apporter plus de légèreté et de fluidité,
Pour leur faire retrouver leur âme d’enfant,
Comme quand ils étaient petits,

Pour ainsi soulager leurs maux du cœur,
Tout simplement,

Car ils en ont besoin,
Ils sont tristes et remplis de chagrin,
Ils ont perdu leur liberté et leur insouciance,
Avec toutes ces épreuves traversées.

Voilà que les fées arrivent dans un autre univers,
Celui de la planète bleue,
Celui de la planète terre,
Pour transmettre et donner,
De la joie et du bonheur,
Aux gens.

Alors voilà que la vie est une FETE,
Alors voilà que la vie doit être fêtée, honorée et être vécue,
Comme le premier jour de sa vie,
Tout simplement.

LA VIE,

Pour y faire de belles découvertes du cœur,
Pour y voir la beauté.

Alors voilà que la vie EST,
Que la VIE est là,
Bel et bien là en SOI,
A couler, comme de l’eau de source en soi,
Explorer la vie en soi et tout autour de soi,
Explorer ses émotions,

Pour une vie plus belle et remplie,
Pour une vie pleine de convictions et de causes à défendre au cœur de soi,

Croire en l’humanité toute entière,
Pour sauver son environnement.

L’environnement,
Une belle cause,
Une belle exploration,
Une belle compréhension,
Une belle aventure.

Alors voilà qu’un rassemblement d’hommes,
Alors voilà que les connaissances,
Alors voilà que les forces en action peuvent faire bouger les choses,
Tout simplement,
Inexorablement.

Toute une magie les forces en soi et tout autour de soi,
Des prises de conscience,
La VIE,
Tout simplement, à défendre,
Une belle quête de soi et tout autour de soi.

Alors voilà que le message est délivré par les fées venues explorer et, découvrir un autre univers,

Pour aider,
Pour voir autrement les choses,
Pour s’ouvrir et s’élever en conscience et en connaissance ;
Pour être maître de soi et,
Faire de soi, son propre maître.
Etre soi et créer sa propre réalité, vivre sa vie.
Pour créer un autre monde,
Meilleur en soi et tout autour de soi,
Pour ainsi transmettre et partager.

Etre solidaire,
S’entraider,
Défendre des causes et des convictions qui tiennent à cœur,
Pour faire évoluer le monde,
Son monde,
Autour de soi,
Et en soi.

Contribuer,
Et,
Agir,

Ce sont des mots d’ordre,
Les mots en marche,
Dans la marche des mots,
LES MOTS,
La VIE.

Comme une chanson,
Comme une danse,
Comme la danse du cœur,

Au cœur de soi.

Pour rire, chanter et danser,
Pour être en joie et,
Rayonner de bonheur,

Comme le disent si bien les fées,

Car leur monde est fait de rire et de chansons,
Car leur monde est constitué de joie et de bonheur,
Car leur monde est féerique et,
Pas celui des humains.

Alors tout est question d’évolution et de transformation au cœur de soi.

En soi et tout autour de soi,
En mouvement perpétuel,
Carrément,
En transformation,
En changement,
En mutation,
En équilibre,
Egalement.

La vie,
La vraie,
En soi et tout autour de soi.

Pour un monde meilleur,
Pour un monde de joie et de paix.

Alors il n’y a plus qu’à œuvrer,
Alors il n’y a plus qu’à manifester tout ça,
En soi et tout autour de soi,

Pour y créer plus de magie,
Pour y créer plus de vie.

Croire en soi et,
Croire dans le monde qui vit autour de soi.

Alors voilà que la beauté est partout,
Si on sait regarder avec le cœur,
Avec les yeux du cœur,
Avec les yeux de la vie,
Avec des yeux en vie et dans la vie,
Eclairés et éclairants pour soi et les autres autour de soi.

Alors voilà que la vie est une FETE,
Faite de rire, de joie et de chansons,
Tout simplement,
Qui résonnent au fond de soi,
Dans son cœur.

Et voilà que les fées nous ont apporté une belle leçon de vie,
Vivre,
Tout simplement.

LA VIE,
Au cœur de soi,
Au cœur des hommes,
Au cœur de l’humanité,
Toute entière.

Comme une passion,
Amoureuse,
Indéfinissable,
Inexorable,
Inexorablement,
Posément !

Alors voilà que les fées ont semé dans les yeux des gens avant de repartir,
De la poudre de « perlimpinpin »,
De la poudre magique,
De la poudre dorée,
D’un jaune doré,
Brillant et étincelant,

Pour ainsi les réveiller de leur sommeil,
Pour ainsi les éclairer sur la vie,
Sur leur vie,

Pour ainsi leur faire prendre conscience,
De la belle vie en eux qui se manifeste chaque jour,
Chaque jour de leur vie.

Pour ainsi s’illuminer, s’enchanter et s’émerveiller devant le grand tout,
Qui leur est offert chaque matin,

Une pure merveille !

A vous de voir ce qu’il en ressortira de tout ça,
De tout ce conte enchanteur,
De toute cette histoire enchanteresse en vous,
Ou pas.

A vous de voir et de ressentir en vous et tout autour de vous,
Les émotions survenues,
Les émotions vécues,
Pour le plus grand bien de soi et de tous à la fois,
De toute l’humanité,
Surtout en ces temps de pandémie nationale, mondiale et universelle !
A méditer.


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte de Francis Friedlander ·

M’en allant promener

J’ai suivi au fil de l’eau ton chant d’éclabousse
je voulais te rattraper sauterelle et joueuse sinueuse
parfois je m’éloignais mais c’est toi qui me retrouvais
Tu glissais sur des pierres ardoise où se dessinait des mousses opalines
Dis-moi que tu aimerais encore qu’à ta rive mes lèvres se posent sur ta nudité de fraîcheur et transparence
que mes lèvres épousent tes murmures dorés qui scintillent et se mêlent à ceux du vent
Il y a longtemps que je t’aime jamais je ne t’oublierai


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte de Patrick Bedin ·

« Le printemps est arrivé, la belle saison » claironnait avec jovialité et enthousiasme la chanson de Michel Fugain.
Michel Fugain et le big bazar, un peu comme les métamorphoses de la nature.
Les métamorphoses où la chenille devient papillon là où les papilles sensorielles s’enivrent d’odeurs parfumées de fleurs, à « fleur de peau, la fleur au nez ».
Les métaphores de la nature qui comme « les 4 saisons » de Vivaldi interpellent nos ouïes autant que les gazouillis d’insectes stridents qui, à leurs manières essaient de faire leurs saisons.
Les métaphores de la flore et les métaphores qui efflorent nos curiosités, tout en façonnant quelque raison à nos interpellations où chaque être vivant du microcosme essaie à sa manière d’exister.

Et il y a plusieurs formes d’existences, plusieurs essences…
Un peu comme le socle de la diversité humaine qui peut être baptisé avec une certaine élégance autour du mot « différence ».
« Objet inanimé, avez-vous donc une âme ? »
« Dame nature, auriez-vous l’âme, en différé, de nous interpeller sur la diversité ? »

La nature qui bourgeonne, la nature qui chantonne autour des oiseaux qui observent de haut.
L’orée de quelque soleil qui peu à peu avance à grands pas, oubliant peu à peu le fond de l’hiver, où les corps sont couverts pour éviter que quelques rhumes et autres ne soient découverts, pour éviter que quelque grippe nous prennent en grippe.
Les épis de blé qui redorent de leurs aspects dorés, là où le soleil, timidement, mais assurément et surement, commence à faire merveille.

Le temps, qu’on conjugue à tous les temps. Le temps qui associé au climat fait tant parler de lui, à travers le réchauffement climatique.
« Sécheresse, chercherez-vous à assécher sèchement notre terre, nos parterres, ainsi que notre air ? »
Et notre eau, ne perd-elle pas un peu trop ses eaux face à des sécheresses sans délicatesses ?

Le printemps, saison entre deux eaux, entre l’hiver pluvieux et l’été où le pluvieux prend parfois un coup de vieux.
« Pierre qui roule n’amasse pas mousse », réchauffement climatique, seriez-vous dur comme de la pierre, pour avoir la frimousse d’être constamment à nos trousses… ?
Le printemps, la belle saison, dit la chanson, là où d’autres maximes sans frimes exaltent : « Y’à plus de saisons »
Saisons, dans tes façons d’être, existe-tu-vraiment sans contre-façons ?

Saisons où les pluies débordent dans des inondations qui abondent.
Saisons où il ne pleut plus, où on interroge avec rage les nuages sur la naissance d’un futur orage.
Pays où il fait froid…
Pays où il fait chaud…
Pays où on mange à sa faim sans une ride…
Pays où la faim dans le monde existe sans fin dans l’ignominie de nos anonymats, qui depuis bien des temps n’ont pas pris une ride…

Et si nos nouvelles saisons se bâtissaient au-delà des clichés traditionnels, dans des nouvelles solidarités et fraternités, entre écologie et « Organisation du Non Gâchis », un peu comme des ONG de nouvelles formes d’équitabilités…

« Imagine », de John Lenon
« Imagine qu’il n’y ait pas de paradis
C’est facile si tu essaies
Pas d’enfer en-dessous de nous
Au-dessus seulement le ciel
Imagine le monde entier
Vivant le moment présent…

Imagine qu’il n’y ait plus de pays
Ce n’est pas difficile à faire
Aucun emblème pour lequel tuer ou mourir
Et aucune religion non plus
Imagine le monde entier
Vivant dans la paix…

Tu peux dire que je suis un rêveur
Mais je ne suis pas le seul
J’espère qu’un jour tu nous rejoindras
Et le monde sera comme un

Imagine aucune possession
Je m’en émerveillerai si tu le peux
Plus besoin d’avidité ou de famine
Une fraternité entre hommes
Imagine tous les hommes
Se partageant la planète entière

Tu te dis peut être que je suis un rêveur
Mais je ne suis pas le seul
J’espère qu’un jour tu nous rejoindras
Et que le monde entier ne fera qu’un »
Imagine qu’il n’y ait plus de saison formatées dans des théories… /…


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Eau – Printemps – Mousse – Doré – Sauterelle

· Texte de Tuy Nga Brignol ·

Le printemps est là
ponctuel au rendez-vous
floraison en chœur


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Air – Automne – Pétale – Cyan – Scarabée

· Texte d’Axelle Scholtès ·

– Reste près de moi ! cria-t-elle.
L’enfant ne semblait pas avoir entendu sa voix, couverte par le vent tempétueux. Elle le vit du coin de l’œil sautiller jusqu’à une mare et s’accroupir au bord pour observer les têtards.
Elle poursuivit sa course d’un pas décidé, ses pieds nus enfoncés dans des bottes de motard faisant crisser les feuilles mortes. Les arbres autour d’elle craquaient sous les assauts du vent.
Elle commençait enfin à s’apaiser au milieu de cette tempête en devenir et la nature gémissante. Ses émotions des derniers jours trouvaient enfin une voix pour s’exprimer, prendre vie hors d’elle.
Elle sentit plus qu’elle ne vit l’enfant revenu à ses côtés, enjambant les racines avec l’agilité d’un oiseau. Léger, bien trop léger. Menaçant de s’envoler à la prochaine rafale.
– Où est-ce qu’on va ? demanda l’enfant d’une voix flûtée.
Elle essuya une larme d’un geste brusque.
– Plus loin.
– Et là-bas je pourrai regarder les nuages faire la course dans le ciel ?
– Oui. Autant que tu voudras.
Sa réponse à peine articulée, l’enfant était reparti virevolter dans les fougères sans émettre un seul bruit.
Elle remonta d’une main la petite boîte métallique sur sa hanche et souleva son long jupon à fleurs de l’autre, l’arrachant aux ronces.
Parmi les bourrasques, elle entendait le rire cristallin de l’enfant, ni fille ni garçon, qui vibrait entre les arbres.
– Regarde ce que j’ai trouvé !
L’enfant était réapparu près d’elle, lui mettant sa paume ouverte sous le nez. Elle baissa les yeux sans s’arrêter et aperçut un scarabée vert.
– Y’a quoi dans ta boîte ?
Le souffle commençait à lui manquer, à ruer ainsi sur le petit sentier de terre. Elle répondit le souffle court.
– Tu le sais bien. Des photos de toi dans mon ventre. La petite gigoteuse que j’avais tricotée spécialement pour toi. Des souvenirs.
Mais l’enfant s’était déjà évaporé derrière un arbre. A chacune de ses apparitions, ses contours étaient incertains, comme son âge. Comme un fantasme. Comme un fantôme.
Elle leva les yeux vers la cime des arbres. Les nuages défilaient à une vitesse folle sur fond de ciel bleu.
– C’est encore loin ?
Elle s’arrêta brusquement. C’est vrai, ce serait parfait ici, comme ailleurs. Elle laissa tomber la boîte qui tinta, s’agenouilla et se mit à creuser le sol de ses mains tremblantes. Le sol humide ne faisait pas le poids face à sa frénésie et elle envoyait valser feuilles mortes, champignons et insectes sans discernement.
Elle sentait l’enfant agenouillé près d’elle, s’amusant à respirer une fleur de lierre.
Une fois le trou assez grand, elle y déposa la boîte en fer et entreprit de la recouvrir de terre. Ses larmes se mêlaient à l’humus.
– Tu viendras me voir bientôt ?
– Oui, chuchota-t-elle en fermant fort ses yeux. Tu seras bien ici. Je viendrai te voir tout le temps. Mais reste ici.
– Je vais compter les nuages. Au revoir, Maman.
Elle resta agenouillée longtemps, tête baissée et yeux clos, à l’affût du moindre son, de la moindre sensation qui trahirait la présence de l’enfant à ses côtés. Mais rien. Plus rien.
Elle poussa un soupir et se remit debout.
– Au revoir, mon bébé.
Et elle rentra chez elle, le cœur léger.


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Air – Automne – Pétale – Cyan – Scarabée

· Texte de Bachir Djaider ·

Au gré du vent, les feuilles dansent
Tapissant le sol des arbres morts
La toile se remplit de couleurs d’or
Plongée dans un profond silence.

Quand le vent berce les feuilles
Les oiseaux chantent en chœur
Des mélodies oubliant les rancœurs
Couchées sur des lits de cerfeuil.

Par les beaux clairs de lune
Les étoiles sont mises en berne
Dans une nuit entourée de cernes
Où l’aube est figée derrière les dunes.

Vêtue de sa robe couleur cyan
Dame nature s’exhibe sans fard
Entourée d’un écrin de nénuphars
Le silence creuse des sillons.

Au milieu des prés et champs
Les scarabées ont l’air de roupiller
Nul ne vient les chatouiller
Sous le regard du soleil couchant.

D’un pas rêveur, je suis le brouillard
J’écoute le frémissement du bois
Je contemple les fruits qui choient
Sur un sol humide et criard.

Le soleil demeure tapi dans l’ombre
Les pétales habillés pour l’automne
Ornés de couleurs rouges et jaunes
Ouvrent le bal dans la pénombre.


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Air – Automne – Pétale – Cyan – Scarabée

· Texte d’Elodye H Fredwell ·

Peut-on cesser d’aimer ?

Peut-on cesser d’aimer ?
C’est la question que je me pose alors que je traverse le carrefour, lancée à pleine vitesse sur mon vélo. Elle tourne encore un instant, telles mes jambes qui suivent l’élan des pédales. C’est peut-être une question bête, je me dis. Elle me turlupine pourtant. Elle me turlupine tellement qu’elle devient obsession avec ses relents sérieux et monotones. Quand j’essaye de la chasser, elle reste là, à attendre que je lui trouve une réponse. Mais je n’ai pas de réponse. Comment pourrais-je en avoir ?
Je prends une profonde inspiration et laisse l’air entrer dans mes poumons, puis en sortir, libérant mon esprit le temps de quelques secondes. Je profite du calme mental octroyé par ma respiration pour observer les alentours. J’ai beau passer rapidement devant la nature environnante, j’observe l’automne prendre ses marques, étaler ses palettes de couleurs chatoyantes et rassurantes. Quelques feuilles tombent et certaines rappellent les pétales des cerisiers du Japon. Je me laisse guider, cette image en tête, cheveux aux vents, mains agrippées au guidon, dans le but d’atteindre mon objectif : le lac, pour y découvrir ses teintes bleues avant le coucher du soleil.
Alors que je prends de l’élan avant une montée ardue, je me rends compte que la question est restée dans un coin de mon esprit. Et malgré mes efforts, je ne trouve toujours pas de réponse adéquate. Peut-être que la légèreté de l’eau me permettra de savoir ce que j’en pense, au fond de moi.
Autour, la luminosité s’affaiblit tandis que des dizaines d’arbres s’alignent au bord du chemin. La fraîcheur du début de soirée m’atteint et me fait frissonner. Et à ce moment, je ne pense qu’à toi. Ton visage s’impose comme une évidence alors que mes souvenirs me ramènent à notre balade, des années plus tôt, sur ce même sentier. Mon cœur s’emballe et ma respiration se saccade. Reprends le contrôle, je me dis. Ne te laisse pas perturber.
Alors que la luminosité particulière des anciennes carrières de marbre me parvient, la question me revient. Je ne la chasse pas, cette fois, alors que je descends de mon vélo et avance entre les rochers vers une eau pure. Je pose mon véhicule et m’assois à côté, une idée derrière la tête. En retirant mes chaussures, un mouvement attire mon attention. Un scarabée aux reflets bleus marche tranquillement. Ne sachant pas ce qu’il l’attend s’il continue ainsi son chemin, j’avance ma main vers lui et lui indique une nouvelle direction, un sourire aux lèvres. Je le regarde s’éloigner, libre et vivant, et pousse un soupir ; un peu de compagnies, quelle qu’elle soit, me feraient le plus grand bien. Mais la seule dont je profite est celle de cette interrogation qui ne veut pas me quitter.
Les pieds dans l’eau fraîche, je ferme les yeux et prends le temps de me concentrer sur ce qui me trotte depuis mon départ.
Peut-on arrêter d’aimer ?
Je veux dire, quand on a aimé incommensurablement une personne, peut-on vraiment dire « je ne t’aime plus » ? Peut-on passer à autre chose ? Si la vie sépare réellement les deux personnes, qu’aucun lien n’est conservé… Mais même dans ce cas-là, peut-on réellement cesser de ressentir ces émotions ?
Je ne trouve pas de réponse qui me plaît. En répondant non, c’est simple, précis, clair. Mais ce « non » sonne terriblement faux. En même temps, un oui ne me convient pas non plus. Il me crie une vérité à laquelle je ne suis pas prête à croire. Une vérité qui me ramène à toi.
Je pousse un soupir et laisse mes pieds patauger dans l’eau. Peut-être que ce que je recherche est juste là, sous mon nez, et que je ne suis juste simplement pas assez en phase avec moi-même pour le voir. Ou alors, peut-être ai-je encore besoin de grandir pour le comprendre ? L’amour est compliqué, je me dis. Et pourtant, c’est la plus belle et la plus pure des émotions.
Je ferme les yeux et écoute les bruits environnants. Le son du vent dans les arbres derrière moi s’allie aux chants des oiseaux qui traversent le ciel. Le soleil se couche, je perds la notion du temps, méditant avec douceur pendant cet instant volé à mon quotidien.
Quand le soleil touche l’horizon, je sais qu’il est temps de partir. La question s’impose de nouveau à moi et je l’esquive, refusant d’altérer ces dernières minutes de plénitude avec des interrogations existentielles. Je me lève, sèche rapidement mes pieds en les balançant au-dessus de l’eau et remets mes chaussures. Je récupère mon vélo et prends la direction du chemin qui me ramènera chez moi. Enfin, c’était ce que je m’apprêtai à faire avant de me figer. Je cligne des yeux, ne sachant si je suis dans un rêve ou une réalité. Tu n’as pas l’air de savoir non plus. Alors que mes yeux croisent les tiens, clairs et brillants, mon cœur rate un battement. Tu souris. Il s’emballe. Mes mains sont moites. Mon corps tremble. Je sens les papillons dans mon ventre. Et je souris, à mon tour.
Finalement, je l’ai, la réponse à ma question.


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Air – Automne – Pétale – Cyan – Scarabée

· Texte de Philippe Botella ·

Goût de cyanure.
Comme un air de fin de règne
C’est déjà l’automne !
……
Pour sa méridienne
Le soleil a convoqué
De nombreux nuages.
……
Un nuage menace
Et la feuille rousse, qui tremblait,
Tombe en s’attardant.
…..
Nuage vagabond
Fait cligner la lune surprise
Comme un œil de bœuf.
……
Serpent qui ondule
Le crapaud soudain devient
Muet, vert de peur.
……
Une fleur se fane
L’ enfant est peiné ;.
S’en moque le temps.
…..
La pluie fait briller
Et glisser les gris trottoirs,
Comme cire de chaussures.
……
Des sorcières dansent,
L’étang, apeuré, se fige,
Et la lune pâlit.
……
Jour de brume,
Nuit de pluie,
Joies d’automne.
……
Le vent souffle fort
Et le bel oiseau s’enrhume.
Au sol une plume.
…..
Sacrée goutte d’eau,
Goutte vraiment de trop
Vois, la mer déborde.
…..
Le goéland dort
La mer lave sa blanche écume
Et la nuit soupire.
…..
Pleine est la Lune
Et le caniveau goulu
Sans une paille la boit.
……
Bien morte saison,
Pleurniche le blond koto.
Car voici l’automne.
…..
Il pleut !Il pleut tant !
Tellement que même l’eau
Comme moi, se mouille.
……
Note de musique.
Et même la pluie s’arrête pour
Venir l’écouter.
……
L’ours lisse son poil
Et ferme ses yeux car demain
L’hiver sera là.
…..
La mer ride au large
L’aurore se couvre de brume
Un bulot qui chante…

La mer se déride
Et l’aurore soulève sa brume
Chante le bulot.
……


Et pour terminer cette sélection, je vous présente le mien, hors concours :

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Air – Automne – Pétale – Cyan – Scarabée

· Texte d’Amelia Pacifico ·

Alecia se tourna et se retourna dans son lit.
Une brise faisait voleter les voilages de sa fenêtre ouverte sur un été indien inattendu. Le bouquet de fleurs et de feuilles séchées posé sur sa table de nuit laissa s’envoler quelques-uns de ses éléments dans un tourbillon élégant et hypnotique.
La saison avait coloré depuis longtemps les arbres de teintes chaudes qui contrastaient avec le bleu criard du ciel diurne. De minuscules insectes irisés parcouraient les airs dans un ballet féerique qui donnait le tournis si le regard s’attardait un peu trop sur leur danse enivrante.
Les codes n’étaient plus les mêmes, et Alecia ne parvenait pas à s’y résoudre.
Héritière d’une histoire vieille de mille ans que les femmes de la famille se transmettaient avec soin pour ne pas perdre le Savoir, la jeune fille sentait au plus profond de ses entrailles qu’elle devrait lutter pour donner ce Fluide.
Poursuivre la tradition multiséculaire d’un Ordre établi selon des règles qui prônaient des Elites tombées lors du Renversement était une hérésie, elle le savait.
Pourtant, dans cette heure du jour qui n’entend que la respiration de l’herbe balancée par le vent léger, au cœur d’une atmosphère étouffante qui faisait perler de jolies gouttes de sueurs à son front, elle rouvrit les yeux, et prit sa décision.


Merci à tous pour vos participations et lectures ! Rendez-vous dans quelques semaines pour le défi de juillet-août !

A bientôt 💋

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