Participations au Rendez-Vous des Plumes – Octobre 2021

Bonjour à tous !

Un problème technique a rendu cette publication invisible sur le blog alors qu’elle apparaissait comme « publiée » pour moi, j’en suis désolée. Je vous souhaite une bonne lecture maintenant que l’on m’a alertée du problème que j’ai pu résoudre !

Un nouveau thème, « Au féminin » vous invitait en octobre à imaginer un texte de moins de 8 000 signes en écoutant l’une des trois sources d’inspirations musicales soumises lors de l’appel à textes. Merci à tous pour vos participations !

Les textes ne sont relus qu’au moment de leur publication, et ce uniquement dans le but de vérifier qu’ils ne contreviennent pas au règlement de l’atelier d’écriture. Si le cas devait se produire, le texte ne serait tout simplement pas publié, sans autre recours possible de son auteur. La Petite Boutique des Auteurs n’est pas responsable des coquilles, fautes d’orthographe, syntaxiques ou grammaticales éventuellement présentes dans les textes qui participent au Rendez-Vous des Plumes.
Merci d’en prendre note avant lecture.

Amelia

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· Texte de Sandrine Drappier ·

Travelling avant

C’est comme un film au ralenti. Comme une histoire en suspens, un soir de pluie. Travelling avant sur une femme qui rentre chez elle, seule, dans une grande maison pleine de souvenirs. Elle est dans la cour, encore, comme si elle hésitait à ouvrir la porte. Ah quoi bon, puisqu’ils sont partis vivre loin d’elle. Flash-back. Lui dans la cour avec ses valises. Ses deux fils, sur le quai de la gare, partant faire leurs études à l’autre bout de la France. Et puis elle se décide à entrer presque à regret. Se souvenir encore un peu des jours heureux….
Profondeur de champ. Elle erre dans les pièces vides, regarde le jardin abandonné, la vieille balançoire sur laquelle plus personne n’ira. C’est triste une balançoire abandonnée. Elle se dit qu’elle devrait vendre cette maison, prendre un appartement, effacer toute cette mémoire encombrante, se reconstruire une vie rien qu’à elle…et puis elle n’y arrive pas comme s’il restait, au fond d’elle, encore un peu d’espoir qu’ils reviennent.
Elle va dans la cuisine, débouche une bouteille de vin, boit à même le goulot. Son rire, comme un écho, résonne dans tout ce grand vide. Elle balance ses escarpins dans le couloir carrelé, s’installe sur le sofa en cuir blanc. Elle ouvre un livre, le repose, met de la musique pour emplir l’espace. Agnes Fredenberg emplit la pièce. C’était leur chanson, Peace, un air trop triste pour des amoureux mais ils aimaient se blottir l’un contre l’autre et l’écouter en fermant les yeux. Depuis qu’il est parti, c’est la seule musique qu’elle peut tolérer. Flash-back…un feu de bois dans la cheminée, il lui avait fait l’amour dans cette pièce, un soir d’hiver. Elle allume la télé, réduit le son au minimum. Pose ses doigts sur la table laquée. Il y a de la poussière mais elle n’a plus d’énergie pour la faire. Pour qui ? Pour quoi ? Elle s’essaie à quelques pas de danse, Se sent ridicule. Elle s’ennuie. Regard caméra long.
Elle pourrait appeler des amis, leur faire un bon repas, elle pourrait mais elle ne le fait pas. Surtout ne pas penser à son mari avec sa maîtresse à l’autre bout de la ville. Elle n’a pas grand-chose à lui reprocher. Juste l’amour parti au fil du temps. Il a commencé à prétexter des rendez-vous de travail, le soir tard, elle a fait semblant de compatir, elle a juste un peu fermé les yeux, pas suffisamment pour ne pas sentir les parfums étrangers, ni ne pas voir les cheveux longs sur ses vestes, les traces de maquillage sur ses cols de chemise. Un matin, ils n’ont juste plus réussi à faire semblant. Il est parti.
Travelling arrière. Elle se lève, quitte la pièce en laissant les lumières allumées. Le bois de l’escalier craque sous ses pas un peu trop lourds ce soir. Elle ouvre une à une les portes des chambres des enfants, comme pour s’assurer qu’ils ne sont pas là. Flash-back. Elle revient de la maternité avec ses deux bébés. C’est le printemps. Il fait très beau. Lui, en jeans et chemise, riant de bonheur, tout heureux de lui montrer la pièce enfin terminée.
Elle entre dans sa chambre, enlève ses vêtements. Se regarde dans le miroir. Elle est encore belle, harmonieuse, pour son entre deux âges, elle pourrait plaire. Refaire sa vie. Elle n’en a pas envie. Elle reste longtemps sous la douche, l’eau comme un cocon sur sa peau que plus personne ne caresse. Elle semble lasse, ce soir. Elle se sèche rapidement, revient vers le lit et se glisse sous la couette. Dormir pour ne plus penser, pour ne plus regarder en face toute cette solitude. Long plan séquence. Elle se tourne et se retourne dans ce lit trop grand pour elle. Elle a surtout envie de l’appeler, juste entendre le message sur son répondeur, juste entendre sa voix, pour pouvoir s’endormir.
Finalement, elle se relève et retourne dans la salle de bains. Elle se farde les yeux de noir, un smocky-eye comme ils disent dans les magazines qu’elle a arrêté de lire et dont elle tourne les pages sans enthousiasme, comme si déjà, ils ne s’adressaient plus à elle. Fait son teint et ses cernes. Termine par du mascara sur ses cils. Ne pas trop en mettre à son âge. Elle vaporise sur sa peau nue un parfum capiteux, mélange de musc et de patchouli. Les effluves emplissent la pièce. Elle se sent mieux. Comme une mue. Comme si elle enfilait une peau trop tôt abandonnée. Elle sort une robe de son armoire, une près du corps, rouge, et la passe sans mettre de lingerie. Elle relève ses cheveux, dégage sa nuque, une pince pour les attacher. Et puis du rouge sur ses lèvres, beaucoup. Elle est prête. Un dernier regard caméra long dans le miroir. Elle se trouve jolie, désirable. Surtout ne pas penser. Elle a juste besoin d’amour ce soir, d’un corps d’homme caressant ses courbes. Juste besoin d’un peu d’amour, même s’il n’est pas vrai. Même si ce n’est qu’une illusion pour quelques heures.
Travelling arrière. Elle roule dans la ville, toute éclairée de lumières aveuglantes, jusqu’au centre. Entre dans un grand hôtel. Va s’installer au bar. Elle ne regarde ni à droite, ni à gauche. Elle attend. Le premier qui l’accostera remportera la mise. Elle commande un Martini, blanc. Et puis un deuxième. Elle entend une voix derrière elle dire au barman « un whisky pour moi, on the rocks, et le verre de la dame, s’il vous plait ». Elle attend un peu avant de se retourner. Elle lui sourit. Profondeur de champ. Le temps de terminer leur verre et déjà ils se dirigent vers l’ascenseur. Ils en sortent essoufflés, sa robe à elle déjà froissée. Il lui prend la main, la conduit jusqu’à la chambre. Referme la porte derrière eux.
Elle se donne toute entière. Comme un personnage créé de toute pièce, une autre, un double, peut-être une femme fantasmée. Un peu plus sauvage. Un peu moins sage. Juste enivrée par ses sens, par un instinct un peu bestial. Elle pense un instant à une louve, puis oublie de penser. Elle reste un peu après la jouissance et puis elle se lève, fait semblant de ne pas voir la main qui essaie de la retenir, reprend sa robe, l’enfile, lui fait un petit sourire triste en partant. Descend dans le hall. Elle prendrait bien un autre verre mais cette fois, le bar est fermé. Elle quitte l’hôtel. Dehors, elle est un peu saisie par le froid. Elle s’arrête, regarde la nuit autour d’elle. Elle respire comme pour reprendre de l’air. Pour emmagasiner toute cette vie. Pour qu’elle lui tienne chaud.
Elle a repris sa voiture, dans la nuit noire, et ne peut s’empêcher de faire un crochet par l’immeuble de son mari. Elle ralentit, puis s’arrête. Les lumières sont éteintes. Il doit dormir. Un instant, elle les imagine faire l’amour. Elle ne la connaît pas, elle aimerait mettre un visage sur elle. Elle se dit que demain, il faudra qu’elle appelle ses fils. Depuis qu’ils sont partis, ils n’appellent plus guère, c’est toujours elle qui le fait. Ah, la jeunesse !
Elle redémarre. En arrivant dans sa rue, elle actionne le portail électrique. Avance la voiture jusque devant le perron. Travelling avant sur une femme, la quarantaine bien dépassée, debout, seule, devant un bel hôtel particulier. Lentement, elle ouvre la porte de sa maison. Se dit que c’est bon de rentrer chez elle. Après. C’est comme un film au ralenti. Comme une histoire en suspens, un soir de pluie.


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· Texte de Jean-Charles Paillet ·

A une jolie danseuse

Parler de tes jambes
s’élevant comme des flammes
quand tu danses

Parler de tes cuisses
où mon regard s’égare
comme le vol d’un goéland
en pleine tempête

Parler de la jeunesse de tes seins
qui s’élance sous ta robe
de ton ventre la trame de ma vie
de ta peau toujours soyeuse
d’une aube à une autre

Parler de ta beauté
qui me révolutionne
pour mieux m’en souvenir
jusqu’au sommet du temps


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· Texte de Vincent Caillaud ·

Un moment à elle

La porte claque, signalant le verrou, la séparation, la division d’un cœur. La fougue des petits êtres disparus laisse un vide immédiat. Ma main se pose contre le mur, la fatigue alourdit mon corps, les épaules s’affaissent et le regard se perd dans la solitude de l’instant.
Mes pieds quittent les escarpins à talon aiguille et glissent sur le parquet, m’emportant langoureusement dans l’appartement. Les sensations d’abandonner, d’être abandonnée font naître la frustration et l’angoisse de ne pas se montrer à la hauteur face aux nombreuses obligations. Je me perds.
Les yeux retrouvent la vue et la conscience, m’apercevant, face au miroir de la coiffeuse. Une impression désagréable de ne pas me reconnaître, d’observer la femme que l’on souhaite connaître, l’étrangère, la sans-vie.
Je prends un coton sur lequel je verse une onde de lait démaquillant, et me l’applique sur le visage. Le contact frais me libère les pores et me donne l’impression de respirer à nouveau, un apport de légèreté et d’insouciance qui m’enlève un poids de conscience sans fin.
Mon regard s’illumine au fur et à mesure que je perds mes couleurs, factices, artificielles. J’ôte ce masque d’apparence, celui qui me rend désirable et belle pour les autres, celui qui m’emprisonne et m’oublie intérieurement pour exister extérieurement.
Ces quelques secondes deviennent des minutes, le vide obscur s’éclaircit doucement. Je sens mon estomac se dénouer avec minutie. Mais la sensation d’oppression reste toujours présente et m’enserre profondément.
Je quitte le coton pour décrocher en un mouvement fugitif, le soutien-gorge qui m’emprisonne de ses armatures. L’air pénètre automatiquement mes poumons qui se remplissent de liberté. D’une douce souplesse, je fais glisser les bretelles sous la robe et extirpe la pièce de soumission que j’expulse un peu plus loin.
Un instant, une pause, un regard dans ce miroir. Enfin, le reflet devient familier, je reconnais mes traits tirés, les marques du temps, du travail et de l’angoisse constante de plaire, de ne pas décevoir.
Mes premières pensées se révèlent négatives, repoussantes et dévalorisantes, une désillusion. Mais je passe un coton imaginaire pour effacer la programmation sociétale. Les mots se font timides, mais ils restent présents, je les sens en moi.
J’ouvre le compartiment secret de ma coiffeuse pour en sortir un cahier et un stylo. Je tourne les pages, lisant quelques extraits au passage, et progressivement les étoiles naissent en moi, la voûte de mon esprit s’illumine.
J’atteins la première feuille immaculée, tire la chaise pour y prendre place, m’y reprenant en plusieurs fois pour détenir la position parfaite, celle qui permet la liaison entre le cœur et l’âme dans une parfaite osmose. Le maintien du stylo suit la même logique maniaque, laissant le temps à ce que les ténèbres s’amenuisent encore.
Un titre, la plume effleure le papier, un flash, mon big bang. J’éprouve le champ électrique qui vient connecter tous les points isolés. Une immense toile d’araignée lumineuse se dessine dans mon esprit et bientôt, les voici qui arrivent… les mots.
La main glisse sur la feuille dans une musicalité envoûtante, la peau s’échauffe aux frottements, les doigts se crispent et deviennent rapidement douloureux dans cette frénésie libératoire.
Le monstre qui vit en moi, la frustration, la colère qui me plonge dans tout ce mal sort, me quitte au fur et à mesure que l’encre se fige dans les fibres naturelles. Oui, je sens les tensions, les torsions disparaître. Je ne sais pas ce que j’écris, je ne peux dire ce qui me porte, mais j’affirme que ce moment m’appartient, pour moi.
La dernière lettre s’allonge sur le bas de la page, l’impression d’un freinage soutenu à la fin d’une course à toute vitesse. Mon halètement confirme la sensation d’intense effort. Je me sens moite, l’odeur de la transpiration qui apparaît, mais ce qui me marque le plus, cette tâche humide qui s’étend sur le papier. Je redresse la tête et constate les larmes qui glissent timidement dans les nervures de ma peau.
Un instant d’extrême intensité, où l’esprit renaît et expie ses pensées pécheresses, les images dégradantes et fausses de ce qui doit être.
Je découvre un grand sourire naturel, ouvrant la porte aux réflexions saines, portant la réalité, et remplissant le vide. Je suis une mère sensationnelle, je possède un travail de rêve, un homme attentionné, je suis une femme, la femme, celle que je voulais être, celle dont je suis fière. Quel magnifique sourire, je me découvre merveilleusement belle. Oui, je suis fière de moi.


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· Texte de Marina Leridon ·

La femme
Elle la regarde, appuyée contre le mur. Son corps est dans la pénombre. Les lampadaires éclairent son visage. Une main négligemment passée dans les cheveux, elle esquisse à peine un sourire. Elle tente de l’aimanter par son regard. Rejoins-moi.
Elle n’ose pas bouger de peur de rompre le fil ténu avec lequel elle est sûre de l’attirer comme une araignée avec sa toile. Son cœur bat lentement, tendrement, comme s’il la soutenait dans ses certitudes.
La soirée est chaude. Une belle journée d’été se termine. Les étoiles apparaissent dans le ciel. Elle n’ose pas les regarder de peur de la perdre, elle.
Des gens passent près d’elle. Des hommes la regardent, hésitent. Puis passent leur chemin en voyant son air décidé. Elle dégage une aura d’assurance qui éloigne quiconque envisagerait de l’aborder.
L’objet de sa convoitise boit une bière assise à la terrasse du café d’en face. Visiblement, elle attend quelqu’un. Regarde à droite, à gauche. Scrute les ruelles. Mais jamais dans sa direction, comme si elle avait deviné sa présence.
Sa petite robe noire la rend presque invisible. C’est volontaire. Elle aime par-dessus tout l’observer discrètement.
Elles se voient tous les jours au bureau. Les autres les considèrent comme des collègues proches, voire des amies. Elles déjeunent souvent ensemble. Se racontent des potins mais toujours à la limite de l’intime. Le soir, elles partent chacune de leur côté.
Elle rentre dans son appartement. Abandonne son tailleur pantalon sur le parquet et enfile sa tenue préférée. Elle ressort aussitôt pour se poster dans le renfoncement d’une porte cochère en face de son immeuble. Ses ballerines noires ne font aucun bruit alors qu’elle la suit dans le labyrinthe des ruelles de leur quartier.
C’est la deuxième fois qu’elle s’installe à cette terrasse. La première fois, un homme s’est approché d’elle. Il lui a adressé trois mots et est parti.
En repensant à cette scène, son cœur s’accélère. Elle s’impatiente, ne comprend pas pourquoi elle ne la rejoint pas.
Soudain, un homme arrive. Elle l’accueille avec un grand sourire, soulagée. Il s’assied sur la chaise libre à côté d’elle. Ils échangent des mots, sûrement des banalités et soudain leurs regards se fixent l’un à l’autre. Plus aucune parole ne sort de leur bouche. Ils sourient béatement. La vie autour d’eux leur échappe.
Devant ce spectacle, qu’elle ne comprend pas, elle se fige. Son corps ne répond plus. Son bras tombe le long de son buste. Ses jambes flagellent. Elle reprend ses esprits juste au moment où leurs mains se croisent par-dessus la table.
Il se penche maladroitement, presque timidement, pour déposer un baiser au coin de sa bouche. Tout son corps se tend vers lui. Ils se lèvent en chœur, s’enlacent, disparaissent dans la pénombre.
Sa bouche est ouverte en un cri muet. Ses mains couvrent ses yeux écarquillés. Des gouttes de sueur apparaissent sur son front. Ses jambes la lâchent. Ses genoux atterrissent brutalement sur le bitume du trottoir. Elle ne ressent pas cette douleur-là. Des sanglots déchirants sortent de son corps tremblant. Sa tête, alourdie par le chagrin, tombe au ralenti sur ses jambes. Elle est l’image même du désespoir.


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· Texte de Tuy Nga Brignol ·

Les Muses de l’Inspiration

L’inspiration est un élément intangible mais indissociable du processus de création. Toute création, qu’elle soit de nature artistique ou scientifique est liée aux Muses qui nous inspirent.
Les Grecs de l’Antiquité croyaient que toute création était motivée par des déesses qui étaient l’incarnation littérale de l’inspiration. Elles étaient les filles de Zeus et de Mnémosyne. Il existe deux croyances différentes concernant le nombre de Muses. La première dit qu’elles étaient au nombre de trois, intervenant dans les domaines du Soin, de la Mémoire et du Chant. La seconde croyance attribue, d’après le philosophe Platon, l’intervention de neuf Muses différentes dans les domaines de l’Histoire, de la Musique, de la Comédie, de la Tragédie et du Chant, de la Danse, de l’Élégie, de la Poésie Lyrique, de l’Astronomie et de l’Éloquence. Les Muses, donnent l’étincelle de la créativité. Elles jouent le rôle de médiatrice entre les Dieux et le poète, entre les Dieux et l’artiste ou tout autre créateur intellectuel. Il s’agit ici d’interaction concrète entre l’art et le sacré, entre l’art et la religion, entre la spiritualité et le mythe. C’est l’œuvre d’art dans laquelle interviennent concrètement l’émotion, la dévotion et l’inspiration.
Les femmes, les compagnes, les maîtresses des artistes jouent souvent le rôle de « Muses », de sources d’inspiration, de tremplins à imagination, de véritables sujets de création, d’énergie artistique. L’Histoire de l’Art est composée de créations directement liées à l’inspiration créatrice que telle femme suscitait chez l’artiste.
Les Muses peuvent aussi prendre des formes très diverses pour stimuler le processus créatif. Les personnes que nous rencontrons, les idées intrigantes, les films, les livres, la nature et les idéaux culturels ont tous le potentiel d’éveiller notre esprit imaginatif.
Nous pouvons avoir une Muse qui nous accompagne tout au long de notre vie, plusieurs Muses qui nous inspirent simultanément, plusieurs Muses qui vont et viennent selon les besoins ou une Muse unique qui nous touche brièvement à des moments spécifiques.
Lorsque nous sommes touchés par nos Muses, nous comprenons au plus profond de notre cœur que nous sommes capables de produire notre propre style. Nous savons que nous avons trouvé notre Muse lorsque nous rencontrons une force qui nous donne le courage d’élargir le champ de notre créativité. La présence de cette force va effacer nos doutes et nous motiver à donner forme à nos pensées et à nos sentiments.
De nombreuses personnes traversent la vie sans avoir conscience de la présence de leur Muse. Si notre Muse continue à nous échapper, nous pouvons néanmoins prendre certaines mesures pour augmenter nos chances de tomber sous son influence inspirée. S’entourer de personnes qui nous soutiennent, garder toujours un stylo et du papier à portée de main, s’engager dans un processus de développement personnel pour mieux se connaître pourrait contribuer à nous permettre de trouver notre Muse.
Une fois que nous l’aurons identifiée, abandonnons-nous à son inspiration créatrice. Peu importe ce que nous serons amenés à créer, nous constaterons que ni la peur ni la critique ne pourront pénétrer le merveilleux bonheur qui accompagne l’acte d’accueillir une idée pour la transformer en quelque chose à partager autour de nous.


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· Texte d’Hélène Quiaios ·

Fort est celui qui le voit

Frêne si tu as du bouleau
Pour hêtre sans chêne

Quand être saule
Te sapin peu le moral


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· Texte de Léanna Michel ·

Diane et Vénus

Il y a fort longtemps, ou pas tant que ça, qui sait ?
Vivait une jeune nymphette, suivante de Diane chasseresse
Et cette toute jeune nymphette aimait les jeux d’archers
Que la déesse lunaire organisait aux bois

Et comme la jeune nymphette, comme toutes les nymphes, grandit,
Un jour fut-elle appelée par Vénus l’Olympienne :
« Tu es assez âgée, si tu en as l’envie
Revêts une tunique longue, et deviens l’une des miennes »

En entendant ces mots, et cette proposition
La jeune nymphe eut grande peine à s’empêcher de rire
« Quitter Diane, ma déesse ? Tu as perdu raison
Ce que font tes prêtresses ne sont pas mes passions »

« Car Vénus », lui dit-elle, « Enfin, ne sais-tu point,
Que des nymphes qui te suivent, je suis très différente ?
Mes semblables et moi-même éclipsons tes suivantes
Nous ne sommes pas comme elles, nous sommes meilleures de loin »

Mais les saisons passèrent, et la nymphe découvrit
De manière progressive, et à son étonnement
Que les gestes et les arts de Vénus et ses filles
N’étaient pas si frivoles, et voire même amusants

Elle décida d’apprendre, se sentant à la traîne
Ce n’était point facile, mais elle persévérait
Et en y repensant, amèrement regrettait
Le dédain qu’à Vénus, elle avait adressé

Car après réflexion, de quel droit avait-elle
Moqué les vénutiennes durant ses jeunes années ?
Elle souhaitait, elle le sait, sans doute se démarquer
Et peut-être, secrètement, jalousait-elle ces belles ?

Peut-être aussi, à tord, s’était-elle apeurée
Vénus et ses suivantes n’étaient-elles pas féroces ?
C’est sûrement, à vrai dire, l’image qu’elle en avait
Et donc, par précaution, souhaitait s’en distancer

Peut-être enfin, c’est vrai, s’était-elle fourvoyée
Vénus et ses suivantes n’étaient donc pas futiles ?
C’est sûrement, tristement, l’image qu’on leur prêtait
Et elle, par précaution, souhaitait s’en détacher

Et elle persévéra, continua d’apprendre
Mais de nombreuses questions torturaient ses pensées
Comme : trahissait-elle Diane, sa déesse adorée ?
Ou : pouvait-elle toujours aimer les jeux d’archers ?

Perdue dans ses questions, au plus haut point confuse
Elle se demandait où, chez qui trouver réponse
Et pensa à Pallas, dont la tête de Méduse
Ornait le bouclier de cette déesse rusée

Et Pallas, bienveillante, accepta son désir
Elle permit à la nymphe d’exprimer ses questions
Et de toute sa splendeur, de ses yeux horizon
Fixés sur la jeune nymphe, lui adressa ces dires :

« Contrairement aux grands mythes, Vénus et Diane, tu sais
Ne sont pas constamment des déesses ennemies
Tu peux bien entendu, et sans honte, admirer
Les travaux de Vénus et de toute sa lignée

Et de même, oui, tu peux, sans avoir à rougir
Porter la tunique courte et chasser dans les bois
Nul besoin de renier tout ce que tu désires
Et fais ce qu’il te plaît, n’en sois plus aux abois

Il me semble également, même si tu n’en dis mot
Que tu crains le courroux des déesses et des leurs
Un peu trop comme ceci, pas assez comme cela
Au fond, pour qui changer : pour ces autres ou pour toi ?

Et cette question, jeune nymphe, je ne puis y répondre
Ce qui te conviendra, toi seule le trouvera
Mais essaie, sur ce point, de ne point te morfondre
Évolue sereinement, suis tes désirs et joies »

Et depuis cette rencontre, à compter de ce jour
La jeune nymphe persistait à apprendre et grandir
Et même sans détenir toutes les réponses, c’est dire
Respectait ses sœurs nymphes, ce quelque soit leurs choix

Ainsi, quand elle voulait, allait-elle découvrir
Les métiers des suivantes de Vénus, et leurs joies
Et avec les chasseresses, allait-elle parcourir
Dans des jeux endiablés, les forêts et les bois


Et pour terminer cette sélection, je vous présente le mien, hors concours :

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· Texte d’Amelia Pacifico ·

Un pas, puis un autre. Un pas après l’autre. Un jour après l’autre. C’est ainsi que la vie s’écoule, grains de sable empêtrés dans un récipient en verre beaucoup trop petit pour contenir tout ce qui en fait l’essence. Les joies, les peines, les émerveillements, les déceptions, les sourires, les larmes, les inattendus, les convenus.
Un pas, puis un autre. Un pas après l’autre. Une semaine après l’autre. C’est ainsi que les gens aiment, forts de ces émotions qui font chavirer leurs estomacs, emportés par l’élan de l’infini, de l’impossible qui n’existe pas, du « pour toujours » et « à jamais », des « mon amour » et des « bébés. Insouciants, empruntés, libérés, casaniers.
Un pas, puis un autre. Un pas après l’autre. Un mois après l’autre. C’est ainsi que se transmettent les souffrances d’une âme à une autre, d’un cœur à un autre, par ce fil invisible qui fait notre généalogie, ce lien incassable qui perdure en dépit des négligences, des maltraitances et de l’indifférence. L’histoire de l’une qui se répète dans celle de l’autre, qui pose sa trace dans celle du suivant, et teinte irrémédiablement celle de celui qui vient tout juste de naître.
Un pas, puis un autre. Un pas après l’autre. Une année après l’autre, comme ces rides au coin des yeux, ces bourrelets autour du ventre, ou ces cheveux gris, tenaces, témoins silencieux de ce qui compose l’existence. Des traces de ceux que nous étions, définitivement partis vers d’autres horizons, de l’imaginaire, de la nostalgie, des remords ou des regrets. Une histoire « poupée russe » qui se déleste des couches devenues trop jeunes pour se concentrer sur l’essentiel, soi.
Un pas, puis un autre. Un pas après l’autre. Une vie après l’autre. Un souffle, un clignement de paupière, un hoquet, un soupir, un cri de surprise, un coup d’œil, un claquement de doigts, un murmure, un cheveu remis sur l’oreille, un regard échangé, un douceur sur la langue… une seconde, microscopique, qui contient toute une vie.


Merci à tous pour vos participations et lectures ! Rendez-vous dans très peu de temps pour le défi de novembre !

A bientôt 💋

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