Participations au Rendez-Vous des Plumes – Septembre 2021

Bonjour à tous !

Une rentrée du Rendez-Vous des Plumes plus calme, projets à foison obligent, organisée sur le thème « Il était une fois« . Trois sources d’inspirations dessinées proposées sous forme de trois vignettes, qui vous ont donné des ailes ! Merci pour vos participations poétiques…

Les textes ne sont relus qu’au moment de leur publication, et ce uniquement dans le but de vérifier qu’ils ne contreviennent pas au règlement de l’atelier d’écriture. Si le cas devait se produire, le texte ne serait tout simplement pas publié, sans autre recours possible de son auteur. La Petite Boutique des Auteurs n’est pas responsable des coquilles, fautes d’orthographe, syntaxiques ou grammaticales éventuellement présentes dans les textes qui participent au Rendez-Vous des Plumes.
Merci d’en prendre note avant lecture.

Amelia

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· Texte de Guillemette Loyez ·

Il était une fois une rencontre. De celle qui peut changer une vie.

Il faisait gris, très gris ce jour-là. Impossible de se rappeler la saison, seulement que tu ressentais des frissons au-dedans de toi. Même en mettant un pull, même en buvant un café que tu as été obligé de te réchauffer parce que tu prenais un temps infini à le boire. C’est bizarre les jours comme ça. Impossible de te mouvoir, juste pour l’essentiel. Enfin, façon de parler, tu le sais bien parce que … récupérer ton mug de café, ton préféré, le gris-bleu que tu as acheté sur un coup de tête, #madeinchina, ce n’est pas vraiment essentiel, le énième mug qui a rejoint tous les autres. En plus tu le sais que c’est mal… le coût des transports, le travail des enfants… alors oui tu étais en train de te perdre dedans, repris soudainement par ton éco-anxieté, le nouveau mal du siècle (après ou avant le Covid dans le classement… tu ne sais plus…de toute façon tout est lié). En tout cas, tu te sentais seul, tellement seul… rien à faire, tête penché sur ton café, ton esprit vagabonde passant du gris de ce jour-là au noir de ton café…

Et puis soudain, une toute petite lumière dans ta tasse.

L’impression alors qu’on te tend une main, que du noir tu vas repasser à la lumière. Et que quelque chose va être possible. Quoi ?! Tu doutes, mais quand même tu as envie d’y croire. Serait-ce l’effet du café, une drogue pour certains, un élixir pour d’autres, voire même le carburant du quotidien. Tu t’en moques un peu à vrai dire. Le café c’est ta vie. C’est ce qui met de la couleur dans ta vie, parce que même le gris, c’est une couleur, tu le sais que tout à l’heure ça ira mieux. D’ailleurs, tu la sens cette main qui t’agrippe. Elle est douce et ferme en même temps. Elle ne te tire pas, elle vient t’accompagner. Tu le sais pour l’avoir déjà mille fois vécu.

Mais pour l’instant tu nages dedans. Noyé dans le gris qui veut te laisser dans le noir de ton café, tu t’étires, il y a ce petit quelque chose qui t’attire… tu réalises que c’est un son d’abord. Une voix ensuite. Une mélodie ? Non, ce n’est pas de la musique. C’est ce qui te donne à toi envie de marcher tous les jours. Les histoires des autres. Celles de ceux que tu croises au quotidien et dont tu imagines tout. Celles que tu entends à la radio car oui ce son qui t’emmène petit à petit vers la lumière, c’est de ton poste de radio qu’il vient ! Tu avais oublié que c’est toi même qui l’a allumée. Comme ton café, tu as besoin de ces voix. C’est ta musique. La musique de la vie, la rencontre avec les histoires de vie de tout un chacun.

Un café et une rencontre radiophonique, voilà ton essentiel. Te voilà qui nage dans le bonheur. »


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· Texte de Jean-Charles Paillet ·

Pour une main tendue
un sourire une voix
au bord de la vie
pour un autre regard une attention
d’une brindille d’espoir
allumez un feu de joie

Pour l’enfant qui joue
insouciant du lendemain
pour la porte ouverte
la joie d’un repas en famille
entre amis
pour toute cette chaleur
entretenez le feu de joie

Pour que jamais ne s’éteigne l’amour
et que les heures vous tiennent en éveil
jusqu’à la vieillesse
chantez et dansez
dansez la vie et sautez
par-dessus tous ces feux de joie


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· Texte de Leanna Michel ·

Frénésie étoilée

Quand tu t’empares de moi, frénésie étoilée
Ce « il était une fois », cette rêverie imagée
Que tu glisses, ardemment, au cœur de mes pensées
Tient mes sens en éveil, et mes nuits captivées

Et soudain tu t’enfuis, te sens-tu écorchée ?
Mais moi je reste ici, fiévreuse et attristée
La ferveur devient honte, les reflets opposés
Tout l’espace devient lourd, le silence plus épais

Et pourtant, sans un bruit, tu reviens me trouver
Et si parfois j’hésite, je te pardonnerai
Peut-être que cette nuit, je capitulerai
Mais quand reviendra l’aube, je me relèverai


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· Texte de Marino Zéli ·

Oiseau de nuit

Il était une fois, une femme au bord d’un pont.

Juchée sur la rambarde, l’air hagard, on devine un poids invisible sur ses épaules. Elle ne sourit pas. Ne pleure pas non plus. Le flot de ses pensées ne trouble pas ses traits figés.

La vie nocturne bouillonne pourtant autour d’elle. Le Paris-by-night recrache ses ouailles des derniers métros. Des éclats de rire alcoolisés résonnent. Quelques notes de musique s’échappent d’un balcon. On y aperçoit un vieux musicien en costume qui joue un air très lent de contrebasse. Le vent glacial emporte ses notes dans les rues voisines. Les couples d’un soir déambulent dans le froid en attendant qu’une voix salvatrice brise la glace : « On va chez moi ? ». L’hiver a cette vertu de rapprocher les êtres quand la nuit devient pesante.

Il serait toutefois naïf de ne voir qu’une parenthèse de douceur au milieu des volutes de brouillard. Ces dernières cachent des formes endormies sous d’épaisses couvertures. Accroupie sur le trottoir, une infirmière en route pour son service ausculte un jeune homme allongé sur le bitume humide. Les employés précaires se pressent d’un bout à l’autre de la capitale pour nettoyer les bureaux de gens qui les ignorent. Un chassé-croisé étonnant se déroule en ville : les fêtards peinent à regagner leurs domiciles tandis que les travailleurs peinent à s’en extraire. Les existences s’entrechoquent sans se regarder, cruel paradoxe d’un siècle si connecté.

Mais tout ça, le bon comme le mauvais, la bassesse ou le courage, la beauté et le sordide, Clara s’en fout. Plus que s’en foutre : elle ne le voit pas.

Alors qu’on devine les premières lueurs d’un ciel chargé, elle reste plantée au-dessus de l’eau, probablement bercée par les remous de la Seine. La soirée avait pourtant bien commencé. Son nouvel amant organisait une fête dans leur appartement. Des amis à lui sont venus, quelques copines à elles aussi. Une chose en entraînant une autre, les petits amuse-gueules disposés par Clara sur la table du salon ont été remplacés par des sachets d’herbe et de coke. Elle s’accommode de la présence des substituts de bonheur, même si elle n’y a jamais pris goût. Malheureusement pour elle, ce détonnant cocktail rehaussé de vodka pure a plongé son nouveau copain dans un état inédit. Il est rapidement devenu grossier en la dégradant devant ses amis hilares, allant jusqu’à dévoiler des détails qui ne devraient jamais sortir de l’intimité d’un couple. Elle s’est alors mise à l’insulter, à pleurer, puis à l’insulter encore. En une poignée de secondes, l’horreur s’est invitée sous les moulures de l’appartement. Un cendrier en verre éclata contre le mur. L’amant au sourire enjôleur devint un prédateur qui bondit sur sa proie pour lui asséner des coups au visage. Les quelques personnes présentes réussirent à l’écarter de force. La proie effrayée s’enfonça dans la nuit sans que personne ne puisse la rattraper.

Du haut de son perchoir, la face tuméfiée et impassible, l’oiseau autrefois si gai ne chante plus.

Pour la seconde fois de sa vie, elle a regardé le mal dans les yeux en sentant ses coups meurtrir sa chair. L’attente fut longue et douloureuse avant de réchauffer son cœur auprès d’un nouvel être aimé. Ce dernier a rouvert une blessure profonde, de celles qu’on ne refermera plus.

Le jour caresse enfin l’horizon bouché. L’ombre sur le pont a disparu.

La nuit prochaine sera différente de celle écoulée. Certes, le ballet des invisibles reprendra. Des petits drames ponctués de grandes joies animeront les rues glacés. Les soulards crieront leur désespoir aux avenues sourdes. Les clapotis de la Seine accompagneront encore les contrebassistes insomniaques. Mais une présence muette modifiera légèrement l’atmosphère des lieus. Elle alourdira l’esprit des humains qui traverseront ce pont. Rien de perceptible, à peine un courant d’air dans la nuque. Juste de quoi ressusciter une silhouette frêle perdue dans la nuit.

L’oiseau sans aile est tombé dans le fleuve.


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· Texte de Nsanzimana ·

Un grain de café joyeux

Il était une fois un grain de café,
Son rire communicatif désarmait,
On l’approchait pour finir charmé,
A croire qu’il était plus que parfait

Pas très loin se trouvait un gens
Qui n’aimait pas le café même au lait,
Il trouvait son goût désobligeant
Et ses remontées le faisaient râler

Chacun se baladait sur le canal
Après la sainte sieste dominicale
Lorsque leurs yeux se croisèrent,
Leurs sourires s’admirèrent

Le temps s’arrêta inopinément,
Le décor s’effaça dans leur brume,
Ils se sentaient léviter assurément,
Mains jointes tels deux plumes

Depuis le bonheur les submerge,
Le temps passe sans les abimer,
Ils érigent une petite auberge
Où réunir un trésors inestimée

Heureusement gens ne plaida
Jamais qu’il n’aimerait d’arabica,
Il s’exalte tout en restant délicat
Au grain joyeux nommé Saïda.


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· Texte de Raphaël Ailleurs ·

L’homme nuit

Il était l’homme fait nuit, s’invitant dans mes songes et glissant au creux des ondes. Il était l’homme recouvert de pluie, flottant où l’on ne sait, quelque part dans la profondeur de mes cieux. Il était celui que je n’ai jamais vu mais qui pourtant à mes côtés se baignait dans le lit des rivières calmes et cristallines. Il était celui qui n’a pas de visage et qui pour moi en a un, le reflet de la lune dans le lagon, la blancheur des cierges, et le calme toujours dans la tempête, au long des étreintes solitaires et cotonneuses. Il était avec moi, me donnant la main lorsque plus rien ne devait me porter, m’enveloppant de son voile, et m’offrant ses baisers d’étoile dans la langueur estivale. Il suffisait de prêter attention à mes soupirs pour que l’homme nuit dise tout de ce qu’il était, il me confiait alors tout de ce qu’il devinait, et je laissais voler au delà de mes rêves le langage que me soufflait sa présence, râles, soupirs ou mots malles. Il était mon souffle, le plus profond, mes rêveries les plus douces, l’abandon qui m’efface, la jouissance qui m’emporte, le sommeil qui me dérobe, l’inconscience faite loi, donation à sa foi. Il était avec moi. L’homme nuit. Il était en moi. Où que je sois, il était là à chacune de mes respirations, soutenant ma poitrine, insufflant le désir, brise marine, mon assise et son vertige.

Il l’était.

L’homme nuit ne m’a jamais dit d’où il venait, qui il était, ce qu’il souhaitait. Et ce soir, je sais qu’il ne sera plus caché dans mes interstices, pas plus que dans l’échancrure de mes racines ou la naissance de mes baisers. J’ai sondé les méandres de mes lacs, ceux d’eau douce et de sel, j’ai plongé sous les torrents, dragué le limon, soulevé les galets, arraché les fausses fougères, fouillé les vallisneria et cherché au creux des nymphéas. Je ne l’ai pas trouvé et je n’ai pas osé crier son nom car il ne saurait, quoi qu’il en soit, répondre à ces voix-là. Je n’ai trouvé de mot, je n’ai trouvé de trace, je n’ai trouvé son parfum, aucun reflet, aucune vibration, pas plus que de raison, aucun chant sous les vents, aucune empreinte sur les chemins de traverse, aucune mélodie qui me disait qu’il était. Un jour il fut là, toujours désormais, je le sais, le voici retourné à sa nuit, me laissant seul affronter la lumière et le quotidien des vivants.


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· Texte de Marina Leridon ·

Une douce rencontre

Il était une fois un jeune garçon prisonnier d’un géant. Celui-ci, prénommé Orion, n’était pas méchant mais ne pouvait se résoudre à libérer cet enfant qui représentait pour lui un véritable porte-bonheur. La peau couleur ébène qui l’avait tant intrigué au début était devenue pour lui signe de chance. Depuis qu’ils habitaient ensemble, l’homme était heureux. Tout lui souriait.

Le petit n’était pas réellement malheureux mais s’ennuyait ferme. Une de ses occupations préférées étaient d’explorer les restes de festin abandonnés sur l’immense table. L’odeur qui se dégageait des tasses lui faisait à chaque fois légèrement tourner la tête. Il rêvait de goûter le breuvage mais n’osait pas se pencher. Il ne comprenait pas comment des cercles aussi parfaits pouvaient se dessiner à la surface. Parfois, un quartier de lune, tout blanc, apparaissait comme un clin d’œil.

Un jour, il bouscula une tasse et l’anse l’assomma. Il perdit connaissance et fit un rêve étrange. Il nageait au milieu d’une mare dans le plus simple appareil. Une clé de sol flottait parmi ce qui ressemblait à des cheveux. Une douce mélodie envahissait alors ses oreilles et le transportait loin de tout, dans une autre dimension. Il nageait lentement pour tenter d’attraper la clé. Mais celle-ci s’éloignait toujours plus. Alors il se tournait sur le dos pour contempler le ciel. Il resta si longtemps que, la nuit tombée, les étoiles lui envoyèrent des milliers de minuscules fragments tous plus brillants les uns que les autres.

Il se sentait bien : léger, libre, apaisé.

Soudain, une main attrapa la sienne pour le tirer hors de l’eau. Il se débattit faiblement. Il ouvrit les yeux. Il se trouvait allongé sur la longue table. Tout était renversé. Une grande main tenait sa petite menotte avec douceur. De grands yeux bleus se penchaient sur lui, l’air inquiet. Un sourire illumina le charmant visage.

— Bienvenue parmi nous !

Éberlué, il regardait tout autour de lui. Il ne se souvenait que de la clé de sol qu’il ne voyait nulle part. Il n’avait jamais rencontré cette femme. Était-ce une fée ?

Elle le prit dans ses bras.

— Je m’appelle Sidé. Je suis la femme de ce gros ours qui t’effraie tant. Je suis maintenant de retour et vais prendre soin de toi.

Le petit garçon se blottit contre elle, rassuré par les battements de son cœur. Il commençait à se dire que ce pourrait être agréable de vivre dans ce château.


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· Texte de Vincent Caillaud ·

L’esprit des arts

Qui suis-je vraiment ? Je ne ressens plus rien, toujours dans le mouvement pour ne rien percevoir.
Un instant d’arrêt suffit pour me noyer… Parfois, je me demande pourquoi poursuivre.
Où l’existence perd tout cap, la solitude intérieure semble universelle et infinie.
Ne discerner que la nuit et décrocher la lune pour seul espoir famélique.
Douleur de la réalité, l’esprit s’évade et quitte le corps englué.
Approcher les « comment ? » par un nouveau regard.
M’échapper de l’accoutumance des « pourquoi ? ».

Sensation étrange de déserter sa propre enveloppe.
Un instant d’hésitation, l’âme libérée éprouve la rupture.
Puis vient la perception, la compréhension, une main tendue.
Et une pincée d’étoiles s’illumine, des milliers de raisons de poursuivre.
Ressens la douceur de cette main que tu tiens, la rencontre entre le corps et l’esprit.

Accorde-toi une chance, accepte cette constellation d’espoirs, fais confiance à ton être intérieur.

Tout devient si calme, si léger, l’air pénètre les poumons et gonfle la poitrine qui retrouve la vie.
Et pourtant, reste le doute que tout retombe et que l’angoisse reprenne son oppression sur toi.
Minutieusement, les filaments ténébreux s’insinuent, et s’infiltrent au plus profond de ton être.
Piégeant ce qui élève l’âme, la possible évasion, cette capacité humaine unique, pouvoir créatif.
Oublie l’appréhension, abandonne ces poids qui te fixent, et plonge totalement dans l’inconnu.
Ramène à toi ce qui te construit, ce qui te révèle sans artifices et ce qui fait naître la confiance.
Entends-tu l’inspiration artistique t’appeler ? L’existence prendre sens et le sourire se dessiner ?


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· Texte de Dorothée Fourez ·

Il était une fois

Il était une fois le noir
Il était une fois la lune
Il était une fois l’espoir
Il était une fois une clef
Marc dans le café
Marre sans reflets.

Il était une fois le blanc
Il était une fois Neptune
Il était une fois l’enfant
Il était une fois des fées
Mains de fraternité
En bout de poignées.

Il était une fois le gris
Il était une fois le monde
Il était une fois la vie
Il était une fois Trébizonde.
Union sans couleur
Mariage en douceur

Il était une fois
Nuages envolés
Eaux troublées.
Entre marée cyanogène
Et continent de plastique
Entre traversée inhumaine
Et frontière tactique.

Il était une fois
Dans l’indifférence
La Faune et la flore en péril
Des Peuples en souffrance
Tous dans le même baril.

Il était une fois des chants
Il était une fois des mots
Un message comme une prière
S’envolant de notre terre
Affronter un nouveau bing bang
S’échapper des flots
Goûter à l’instant
Et vivre entre Yin et Yang
Dans la ronde incessante
De nos éphémères attentes.


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· Texte de Tuy Nga BRIGNOL ·

Le sablier, symbole du temps qui passe

Symétrie frappante
avec deux parties parfaitement identiques
L’une étant en bas et l’autre en haut
Ce qui est en haut
est comme ce qui est en bas
Le sable coule et coulera toujours
dans le fin canal reliant les deux parties
grand message de durée et de fugacité de la Vie
de la condition humaine en général
et des cycles immuables dans l’Univers


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· Texte de Maïté Mapangou ·

La jeune fille au sablier

La jeunesse ne regarde pas assez le temps qui passe et pleure de voir que le sable ne se vide pas assez vite. Pauvre jeunesse qui veut gober la vie ! La vieillesse regarde trop le temps qui passe et pleure de voir que le sable s’est vidé bien trop vite. Pauvre vieillesse qui n’a su savourer la vie !

Mais vivre sans rapport au temps est impossible, même au fin fond de la forêt ou du désert. La vie n’est que du temps qui passe, au rythme des horloges biologiques ou au rythme des horloges mécaniques. On y est assujetti quoi que l’on fasse, quoi que l’on pense. Le reste n’est qu’illusion : le passé qui n’est plus rien et l’avenir qui n’est pas encore quelque chose. Sauf dans nos pensées ! J’existe par mes pensées…Mais ma pensée n’a pas de consistance… Sauf si je la concrétise en l’écrivant ! Voilà comment prendre la bonne mesure du temps pour qu’il ne passe pas sans laisser de trace.

« Il était une fois un être pensant… ». Comme cette jeune fille au sablier qui aurait mieux fait de prendre un papier et une plume pour noter ses réflexions plutôt que de méditer en regardant le sable s’égrainer pendant que s’écoule sa vie !

Oui je dois écrire. Chacun doit écrire. Regardez Anne Frank : elle a écrit au jour le jour ses petites pensées de jeune fille encore innocente, poursuivie par la bêtise et la méchanceté humaine. Et aujourd’hui elle est immortelle. Ou Amélie Nothomb : elle raconte un peu chaque année des parts de sa vie, de son enfance au Japon à ses problèmes d’adaptation ou ses tensions familiales. Et aujourd’hui elle est une star mondiale de l’écriture.

Vais-je devenir immortelle à mon tour si j’écris dans un carnet ce qui me passe par la tête ? Mes réflexions sur la condition humaine et mes soucis quotidiens ? Mon demi-siècle au Gabon, le métissage de mes enfants et mon retour dans le Rouergue paternel? Hum ! Je ne crois pas que cela soit suffisant.

Mais d’abord, il me faut définir une chose : mon but est-il d’écrire pour fixer le temps et l’expérience de ma vie, ou est-ce celui de devenir connue, si ce n’est célèbre ? C’est sûr, on n’écrit pas de la même manière pour soi ou pour les autres, ni sur soi ou sur les autres. Pour être honnête, il faudrait donc cacher ses écrits afin qu’ils ne soient diffusés que post-mortem. ?

Mais alors on ne saurait jamais ce que l’on valait comme écrivain, conteur, poète, romancier. On ne pourrait savourer les effluves de la notoriété ni souffrir des relents de l’indifférence.
Sincèrement, pourquoi écrire si ce n’est pour être lu ? De son vivant de préférence …Même sans rien attendre en retour. C’est bien pour cela qu’il existe une multitude de sites d’impression de livres « à compte d’auteur » et de sites de ventes pour e-books. Chacun peut se repaître d’avoir été publié, édité, diffusé.

Le reste fera son chemin tout seul… ou stagnera. Tout le monde n’est pas Sagan, Duras ou Nothomb!

L’important, dirai-je à ma jeune fille rêveuse et perplexe est de ne pas laisser s’écouler le temps qui passe sans rien faire. Bouge-toi ! Va, cours, vole et écris ta vie !


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· Texte de Sandrine Drappier ·

— Amina, Amina …Mais où es—tu encore ?

De son perchoir, Amina entend sa mère mais ne bouge pas. Couchée dans le foin entreposé au—dessus de l’étable, la jeune fille rêve de territoires inconnus. C’est un sentiment étrange qu’elle ressent depuis peu. Alors qu’elle est née ici, à la ferme, qu’elle aime observer la nature, écouter le bruit du vent dans les arbres et patauger dans l’eau des ruisseaux, elle se sent de plus en plus attirée par des envies de bout du monde et d’inconnu.

Les cris de sa mère devenant de plus en plus insistants, elle se résout à se lever et à descendre l’échelle de meunier juste au moment où celle—ci entre dans l’étable.

— Amina, tu vas finir par me rendre folle, mais regarde—toi, tu es toute froissée ! Ce n’est pas raisonnable pour une jeune fille de ton âge ! Tu me désespères, un vrai garçon manqué ! Allez, viens maintenant, dépêche-toi, ton père nous attend dans la voiture.

Plus tard, dans la soirée, la mère d’Amina rejoint sa fille dans sa chambre où elle lit.

Elle reste près d’elle un moment sans rien dire puis :

— Tu sais, Amina, je sais ce que tu ressens, cette impression de vide dans ta vie. Mais, je sens que tu auras un destin exceptionnel et difficile aussi. Profite de la vie simple que nous t’offrons ici. Ne cherche pas à brûler les étapes trop vite.

Amina perçoit toute la gravité des propos de sa mère, même si elle ne comprend pas très bien où cette dernière a voulu en venir.

Et le jour de ses dix-huit ans arrive. Ses parents ont organisé une grande fête d’anniversaire pour Amina. Tous ses amis sont là. Pendant la soirée, elle croise le regard de ses parents pleins d’émotion. Elle leur sourit, heureuse, sans comprendre pourquoi ils semblent tristes.

Mais quelques heures plus tard, c’est comme si le sol se dérobait sous ses pieds. Après que tous ses amis soient rentrés chez eux, ses parents l’appellent dans la cuisine et là, elle se retrouve nez à nez avec un ours blanc. Et en plus, il se met à parler. Il s’appelle Hakim et lui révèle que Serge et Blandine Hacquard ne sont pas les parents biologiques d’Amina. En fait, elle est la fille des reines Hordia et Rodia de la planète Zircia …Quelque part dans l’univers. Elle ne saisit pas bien où, trop d’informations se bousculent dans sa tête. Hakim apprend à Amina que son destin est de sauver la planète Zircia d’une terrible malédiction. Alors, après avoir dit au—revoir à ses parents, dans un état second, presque en état de choc, elle se laisse entraîner par l’animal. Elle marche longtemps avec lui et, elle ne sait comment, elle arrive sur cette planète inconnue où elle est pourtant née, et dont elle n’a aucun souvenir.

Zircia ! Ici, tout est bleu ou noir très profond, selon les moments de la journée….Il doit faire -25° au moins, le sol est recouvert d’une glace épaisse et pourtant Amina ne perçoit pas le froid. Il n’y a aucune habitation, ni aucun habitant. Seules des roches et des étendues d’eau. C’est comme si la vie s’était figée.

Hakim conduit Amina devant la stèle des deux Mères immergées, les créatrices de Zircia. Les deux femmes sont figées en statues de pierre au milieu d’un lac, mains jointes, leur regard incliné vers le fond de l’eau. L’ours lui révèle alors l’histoire des deux planètes jumelles. L’une habitée par les hommes, l’autre par les femmes jusqu’à ce qu’un conflit de moindre importance éclate et brise le lien entre les deux communautés. Ces dernières ont vécu de nombreuses années sans plus jamais entrer en relation. La population étant de plus en plus âgée, elles ont compris qu’elles allaient disparaître puisque plus aucun enfant n’était conçu. Cependant, les Pères et les Mères, aussi butés les uns que les autres, refusèrent de faire le premier pas. Alors, Craithos, le père de l’Humanité, se mit en colère et jeta à chacune un sortilège. Il figea les deux planètes dans un immobilisme éternel puis envoya les deux derniers enfants des rois et reines sur terre. Puisque leurs parents n’avaient pas su être raisonnables, ce serait à eux qu’il reviendrait de prendre une décision à leur majorité.

Amina regarde la stèle. Et petit à petit, les souvenirs enfouis remontent à la surface. Elle se rappelle de son existence, ici. Comment la vie sur la planète était paisible et harmonieuse. Il faut absolument briser la malédiction mais comment faire ? Elle scrute ses mères afin de trouver la solution mais rien ne se passe, aucune illumination, et puis c’est comme une évidence. Comme un signe envoyé. Elle comprend que la solution se trouve au fond de l’eau, une sorte d’huile noire et épaisse. Amina se tourne vers l’ours. Il lui explique que c’est à elle seule de faire cette partie du voyage. Alors elle enlève la cape qui recouvre sa longue robe bleue achetée tout spécialement pour la fête de ses dix—huit ans qui lui semble désormais si loin et pénètre dans l’eau. Au fur et à mesure qu’elle avance, les yeux fermés, elle se sent happée par la matière, comme engloutie. Lorsque ses pieds touchent une bande de terre, elle se décide à ouvrir les yeux. C’est un autre univers composé d’arbres et de petite végétation. Il ne fait pas sombre grâce à une planète qui envoie des halos de lumière. Dessus, elle peut apercevoir une stèle comparable à celle des Mères immergées, mais avec des pères cette fois.

Soudain, son regard est capté par une lueur vive, au pied d’un arbre. Amina s’assoit. Elle tend la main et découvre un sablier lumineux. Elle le tourne et le retourne et, petit à petit, un visage apparaît. C’est un jeune homme aux yeux fermés. Derrière lui, on peut voir de longs pitons rocheux qui semblent de plus en plus familiers à Amina comme si elle connaissait, elle aussi, cet endroit.

— Bonjour, Amina, je suis Ithan, prince de Zircia. Je suis le fils des Pères immergés et nous devons, toi et moi, prendre une décision importante. Si nous acceptons d’unir nos pendentifs et donc nos destinées, alors nos deux planètes renaîtront. Les mères et pères immergés resteront statues afin que nous n’oubliions jamais que nos décisions souvent stupides peuvent créer des catastrophes et nous deviendrons les nouveaux dirigeants de Zircia qui ne formera alors plus qu’une seule planète réunifiée…. Amina, instinctivement, porte la main au collier que ses parents lui ont offert pour ses dix ans. C’est une émeraude simplement entourée d’un fil de fer tordu en or. Elle regarde le collier d’Ithan. Il est identique au sien. Machinalement, elle tend sa main vers le jeune homme quand ….

— Amina, Amina, lève—toi, il est l’heure de partir en cours…Tu vas encore être en retard !

Amina ouvre les yeux et se retrouve allongée dans son lit à la ferme. Il lui faut un moment pour recouvrer ses esprits. Ce n’est pas possible ! Ce rêve avait l’air si réel. Et là voici revenue dans sa petite vie morne. Elle en est presque déçue. Néanmoins, elle se dépêche de partir en cours.

Plus tard dans la journée, la classe est interrompue par un nouvel élève. Il s’appelle Ithan. Leurs yeux se croisent et il semble bien à Amina qu’il s’agit du même jeune homme que dans son rêve et il semble bien à Ithan qu’il s’agit de la même jeune fille que dans son rêve.

Une histoire d’amour va naître. Mais bien plus que cela. Amina et Ithan se sont découvert une passion commune pour les pierres précieuses. Quelques mois plus tard, ils intègrent tous deux la prestigieuse école Boulle à Paris. Ils apprennent à dompter les métaux et les pierres précieuses jusqu’à en faire des bijoux délicats. Ils deviennent des joailliers recherchés partout dans le monde pour la qualité de leur travail. Ils ne tardent pas à devenir parents et donnent naissance à des jumeaux, un garçon et une fille.

Il leur arrive souvent les nuits de pleine lune de s’asseoir sur un banc, au fond de leur jardin. Ils regardent les mille lumières de la voie lactée et se demandent si, quelque part, il existe une planète sur laquelle les êtres, hommes et femmes, ont ressuscité et ont réappris à vivre ensemble en totale harmonie. Ils aiment à penser que oui.


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· Texte d’Amelia Pacifico ·

Tu me l’as si souvent montré, Dada, que j’ai l’impression de l’avoir vécu.

Les odeurs de souffre, de terre brûlée et de sècheresse. Le goût métallique du sang versé et des armes qui défouraillent à tour de bras. Le bruit assourdissant des forces armées qui ont rapidement cédé face à un envahisseur beaucoup plus fort qu’elles. Le son des sirènes, constant, régulier, qui est devenu rassurant : si vous l’entendiez un jour de plus, ça voulait dire que vous étiez encore vivants. Les rafles impromptues, les gifles quotidiennes, les souffles coupés… quand l’état protecteur est devenu plus inquisiteur que l’envahisseur lui-même. Comment expliquer que ce dernier ciblait une partie de la population sans que personne ne parvienne à savoir selon quels critères ? La paranoïa a vite pris le dessus et fait le reste du travail… Les champs dévastés par les frappes, de l’envahisseur comme des derniers Rafales, antiquités à l’allure d’escargot face à des engins dont vous n’auriez jamais soupçonné l’existence. La lutte, les uns avec les autres, puis les uns contre les autres, pour finir par briser le manichéisme de cette fin du monde tel que vous le connaissiez programmée par plus grand que vous, que nous.

La vie aujourd’hui, sur cette planète en lévitation qui ressemble comme deux gouttes d’eau à ta chère, ta tendre Terre, est pourtant bien différente de ce que vous y avez traversé. Je manque de mots, mais les images, notre nouveau mode de communication, le seul que j’ai jamais connu au regard de ma naissance ici-haut, se succèdent à un rythme effréné. Je t’avoue, Dada, que les mots ne m’ont jamais manqué, puisque je ne les ai jamais connus, mais ce soir, là, à ton chevet, j’aurais aimé en sentir la volupté entre mes lèvres, la complexité dans mes pensées et le soulagement dans leur délivrance. J’aurais voulu vivre ces vibrations que tu me transmets lorsque tu m’en « parles », cette sensation de plénitude, de ne faire qu’un avec l’autre lorsque la lumière s’allume dans son regard, ce plaisir de rire, chanter et crier, comme je vous « entends » le faire en pensée. Dada, tu me quittes parce que ton heure est venue, mais je te promets que ces mots dont tu as réussi à conserver l’essence alors que nous sommes privés de la parole aujourd’hui par l’envahisseur-créateur qui nous a installés ici, je les transmettrai jusqu’à ce qu’il n’en reste que des filets de voix…


Merci à tous pour vos participations et lectures ! Rendez-vous dans très peu de temps pour le défi d’octobre !

A bientôt 💋

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