Participations au Rendez-Vous des Plumes – Juillet-Août 2021

Bonjour à tous !

Cette session estivale du Rendez-Vous des Plumes proposée autour du thème « vacances » a été une véritable réussite ! Vous deviez vous inspirer de l’une des inspirations présentées sous forme d’incipit, d’ambiance ou de photographie, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles vous ont inspirés ! Merci infiniment pour ce succès qui met du baume au cœur en cette rentrée… place aux textes !

Les textes ne sont relus qu’au moment de leur publication, et ce uniquement dans le but de vérifier qu’ils ne contreviennent pas au règlement de l’atelier d’écriture. Si le cas devait se produire, le texte ne serait tout simplement pas publié, sans autre recours possible de son auteur. La Petite Boutique des Auteurs n’est pas responsable des coquilles, fautes d’orthographe, syntaxiques ou grammaticales éventuellement présentes dans les textes qui participent au Rendez-Vous des Plumes.
Merci d’en prendre note avant lecture.

Amelia

bike chain number one

· Texte de Philippe Botella ·

Et l’écume de la mer :

L’écume de la mer formait comme une dentelle,
De celles qui étincellent aux yeux des jouvencelles,
Et l’écume se répand, et je les vois sourire,
Et l’écume se retire, et je les vois mourir.

Sous le soleil d’été, les jours tant attendus
S’écoulent à l’abri des paroles entendues
À la radio, hier, sur la route des vacances,
Entre la ville grise et la mer qui commence.

Les jeunes enfants s’amusent à taquiner les crabes
Tandis que les parents ressemblent à des nababs
Et les adolescents exposent toutes leurs armes
Comme autant de beautés et comme autant de charmes.

Et la mer les jalousent. Elle écume de rage
Et se jette en furie en faisant des ravages
Dans ces châteaux de sable à son bord érigés
Pas des mains laborieuses que réchauffe l’été.

Mais le bambin s’en moque ; il se vengera bien
D’un pipi bien pesé lors de son prochain bain
Et lui dérobera des coquillages dorés
Que sa mère jettera, bientôt, décolorés.

Puis l’Amour planera par dessus les ados
Aux poitrines fleuries et aux si fiers abdos
Sous les yeux attendris des parents assoupis
Revoyant des images ressortant de l’oubli.

Le soleil, fatigué, va rejoindre sa chambre
Et le ciel, un instant, prend les couleurs de l’ambre
Et dans les yeux mi clos d’une belle jouvencelle,
L’écume de la mer forme comme une dentelle.


bike chain number one

· Texte de Marina Robert ·

Le rêve

L’écume de la mer formait comme une dentelle.
Les vagues me poussaient sans violence vers elle.
Le soleil me chauffait mais ne brûlait pas
Mes pieds se mêlaient aux grains de sable
J’avais tout ce lagon pour moi,
Comme seule au monde sur une île déserte
Pas de surfeurs à l’horizon ni de touristes se baignant
J’étais entourée de sable et de palmiers ;
Ici il n’y avait ni galets ni odeurs de marée,
Seulement quelques coquillages.
Tous mes sens en éveil :
Ma vision était bleue à l’infini au-delà du sol blanc ;
Il n’y avait pas de mouette hurlante, ni de cigales mais,
J’étais comme hypnotisée par le son des vagues
Qui m’entraînait vers le large.
J’entrais doucement dans l’eau tiède.
Quand tout à coup, un son m’a effrayé…
Le réveil a sonné,
Je devais me lever pour aller travailler
Mais je revois toujours ce paysage
Je ne sais pas quel était cet endroit
Mais cette palinopsie est paradisiaque.
J’ai décidé de réaliser ce rêve
De tout quitter pour rechercher cette plage.


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· Texte d’Hélène Quiaios ·

Grain de sable et chagrin bleu

L’écume de la mer formait comme une dentelle
Sur mon décolleté qui s’en est éperdu
Ses délicats motifs nacrés en bulles de sel
Recouvraient joliment mes seins nus

J’étais allongée sur le sable comme une étoile
Attendant la venue d’un matelot meurtri
Qui oserait m’élire comme le guide de son âme
À travers les ciels inquiétant de ses nuits

Quand je me suis endormie sur le sable chaud
Les baleines discutaient de mon fardeau
Puis la lune s’est allumée en veilleuse de nuit
A bordés de son reflet sur l’eau mes soucis

Je me suis réveillée sous les cris du soleil
Jacassant sur mes yeux clos par le sommeil
Que les coraux m’avaient conçue une robe
Cousue au fil fin et doré de son aube

Puis les poissons sont venus chanter
Mon air fluet de renaissance
Des vers qui ne m’ont jamais quittée
Tout le reste de mes vacances :

« La peine a dérobé à ton cœur
Ses vieux souliers du passé,
Pour que tu cherches avec ardeur
Meilleure chaussure à ton pied. »


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· Texte de Bertrand Caron ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle,
Et ma serviette flottait comme une rebelle.
Je sentais les vacances s’affranchir des soucis,
Un ciel clair illuminait le poids de ma vie.
J’ingurgitais le souffle de ce renouveau,
Cette belle impression de mettre au caniveau,
Toute cette session-règne du tripalium !
De voir surgir enfin le bon temps de l’otium !

Je regardais la plage où nage
Furtivement, l’aérosol
Des grains de sable tous en rage,
L’envolée sous le vent, du sol.
Et puis je divaguais; mes yeux
Clignaient le beau ciel satisfait.
Je me disais : Ici, c’est mieux !
Temps suspendu, aucun délai.

Les rochers s’égaillaient, les valeureux gaillards,
Et les enfants devant, riant au sons paillards,
Des vagues tenaces toujours intéressées,
A recouvrir sans cesse tous les crustacés.
Une voile flottait et dans son jeu de quilles,
Je vis passer un peu de moi dans tout cela :
J’étais seul à nouveau, pensant à cette fille
Que je n’attendais plus, qui pourtant arriva.

Cette ombre était passée, fugace,
Le temps d’une grande marée.
Le chant du coq strident passé,
La dentelle effacée, hélas,
Il ne reste que cette bave,
A ma gauche, un grand pont crachait,
Dans l’océan les eaux usées,
Mes sentiments, dans une salve.

Remontant les marches de l’escalier en bois,
Pénétrant au calme de la vaste forêt,
Qui giboyait de pins et semblait aux abois,
Tellement les maisons, partout, la tapissait,
Je m’accrochais au bar comme un mauvais récif,
Un coup de téléphone pour héler l’absente,
Posais un message, coup de dés décisif ?
Sans espoir ni remord je dévalais la pente.

En bas de cette dune,
Mes enfants m’attendaient,
A leurs petits secrets,
Et moi à ma fortune.
Ma serviette est posée,
Dans le coffre fermé,
Roule sans amertume,
Avalant le bitume.


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· Texte d’Alexandra Yon ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle.
Le maïs peinait à pousser pensa Gabrielle.
Les agneaux gambadaient dans les près- salés.
A Cayeux, les cabanes nous attendaient.
Le phare, au loin, du regard nous suivait.
Notre chienne aimait chercher des os de seiche
et derrière les tracteurs courir comme une flèche.
Sur les galets petits, des amas de couteaux s’ étaient constitués.
A Abbeville, nous arrêtions boire en terrasse un café.
A la fermette, nous vidions nos cœurs et nos têtes.
Là-bas, nos vacances étaient chouettes !


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· Texte de Didier Colpin ·

SÉRÉNITÉ

« L’écume de la mer formait comme une dentelle. »
Cousue au gré du vent
Une beauté délicate
Dans un charme émouvant
Venait nouer mon âme et la mettre sous son aile…

De la sorte isolée oubliant la grande ville
Toute une émotion
D’une douceur adéquate
D’une absolution
Œuvrait à l’éloigner du grand monde que futile…

Loin du temps le ressac me caresse le visage
-Tout mon être frémit-
Il est comme un télépathe
Chassant le tsunami
Qu’est toujours le bureau dans une course sauvage…

Se joignant à l’écume -extraordinaire osmose-
Des oiseaux dans l’azur
Par une intime sonate
M’indiquent un lieu sûr
Où je me sens léger -magique métamorphose-…

Ainsi pour quelques jours océan ciel et vacances
Nous montrent le secret
-Qu’un sublime émoi relate-
Du simple qui dit vrai
Qui sait nous transcender sans vaines grandiloquences…


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· Texte de Marie-José Bernard ·

Enchantement

― L’écume de la mer faisait comme une dentelle, ourlant la plage de sable blanc d’un élégant galon. Le soleil dardait ses milliers de rayons vers la merveilleuse étendue d’azur, créant des reflets irisés charmant nos regards, tandis que la musique des vagues berçait doucement nos esprits somnolents…
Nous étions si bien, allongés sur cette plage, riant joyeusement lorsque de facétieuses vaguelettes venaient nous chatouiller les orteils, et invectivant gentiment Poséidon qui, malicieusement, les poussait vers nous de la pointe de son trident…
Conjuguant ses efforts à ceux d’Hélios et de Poséidon, Éole dispersait vers nous une légère brise qui nous rafraîchissait telle une caresse et nous étions si bien que nous serions restés là, étendus sur le sable, notre vie durant !

Lorsque nous n’étions pas à la plage, nous faisions de longues promenades dans une forêt toute proche, nous laissant charmer par les joyeux trilles des oiseaux, ou bien nous faisions des randonnées dans les collines avoisinantes. Une fois arrivés au sommet, nous ne nous lassions jamais d’admirer le paysage qui nous entourait : quelques chaumières en contrebas, la forêt et ses arbres centenaires aux feuillages aux mille tons de vert, et, plus loin, cette mer d’un bleu profond qui nous attirait inexorablement vers elle et nous invitait de loin à la visiter…

Nous ne résistions pas longtemps à l’appel des sirènes nichées au creux de chacune de ses vagues et nous redescendions bien vite de notre colline. Nous prenions à peine le temps de déposer notre équipement et de nous changer dans la cabane que nous avions louée sur la plage, et nous plongions de nouveau avec délices dans l’eau réchauffée par le soleil…

La mer nous choyait comme si nous étions ses enfants, nous enveloppant de ses vagues tièdes en prenant garde à ce qu’elles ne fussent ni trop hautes, ni trop fortes, et nous ne ressentions aucune peur à nous laisser flotter sur le dos, les yeux mi-clos, nos corps réjouis se grisant des caresses du soleil, du vent à peine perceptible et des vagues…

Quelle félicité ! Mes premières vacances dans cette île paradisiaque où je rencontrai ton grand-père furent les plus belles et les plus mémorables vacances de toute ma jeunesse, mon petit !

― Et après, Grand-Mère ? Comment étaient tes vacances ?
― Elles n’ont jamais cessé d’être aussi merveilleuses que les premières, ma chérie. Ton grand-père et moi, nous nous mariâmes sur l’île et nous y passons toutes nos vacances depuis. Je pense que nous ne nous lasserons jamais de retrouver tous les ans cette mer d’azur et ce soleil éclatant…
D’ailleurs, mon petit doigt me dit que cet été, nous partirons tous en famille pour « notre » île ! Tu verras, Lise, tu seras enchantée par tes vacances et tu ne voudras plus partir !

Les années ont passé…Les yeux fermés, étendue à l’endroit même où se tenait ma grand-mère lorsqu’elle avait mon âge, comme elle, je me laisse bercer par le chant des vagues et caresser par les rayons du soleil en évoquant son souvenir…

Comme elle, c’est ici que j’ai rencontré l’homme de ma vie, que je l’ai épousé et que je suis en vacances perpétuelles, puisque j’ai choisi de vivre dans « son » île bien-aimée…


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· Texte d’Aurore Nivelle ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle,

L’écume,
La mer,

Le blanc,
La blancheur,
La douceur,
Immaculée.

La vie,
La vraie,

Au fond de soi,
Tout au fond de soi,

A l’extérieur et à l’intérieur.

L’écume,
Les nuages de mousse sur la mer et dans la mer.

Au-dessus de la mer,
Le paradis blanc,
Le paradis terrestre,
Le paradigme,
La beauté immaculée.

La vraie,
La vie,
Au fond de soi, tout au fond de soi.

La fluidité,
La légèreté,

Le nacré ensoleillé sur les vagues de la mer.

La houle,
La brise légère,
Le vent et,
Cette mousse mousseuse et frivole.

La mer,
Les vagues,
Le soleil.

Tout un décor de féérie,
Tout un décor,
Tout un paysage,

Tout en-dehors et en-dedans,
Toute une énigme.

Cette écume formée et déposée sur la mer comme une dentelle,
Comme une borderie,
Comme une crème,
Comme une mousse,
Nacrée et soyeuse à la fois,

Tout à la fois,
Tout dans la soie,
Tout un enchantement,
Tout un émerveillement,

De voir et d’admirer cette écume sur cette plage et sur la mer,
Sur ce sable blanc.

Alors voilà que cette écume vole et se dépose sur le sable,
Alors voilà que cette écume virevolte au-dessus du ciel bleu,
Juste au-dessus de l’eau,

Toute une danse,
Toute une mécanique,
Tout un mécanisme,
Toute une folie légère,
Toute une admiration,

De voir ce spectacle et cette beauté,
Tant de beauté,

Tout à profusion,
Tout à diffusion,
Tout à partager.

Tout,
Le tout en tout,
Toute une beauté,

Admirable !
Incroyable !

Incroyablement beau cette magie de la nature donnée ici-bas,
Toute une réalité, si réelle et si irréelle à la fois.

Tout un mirage,
Comme si on était dans le désert du Sahara,
Comme si on voyait un oasis d’eau,
Alors que cette écume se trouve là devant nos yeux,
Tout devant nous.

Devant nous,
Tout devant,
Au-dedans et au-dehors,
Toute une vision réelle et bien là.

Tout en tout,
Tout venu pour nous,
Et partout,
Tout déposé devant nos yeux.

Pour être vue et admirée,
Pour être vue l’espace d’un instant,

D’un instant présent,
Présent à soi,
Présent au temps,
D’un temps donné,
Magique et féérique à la fois,

A la surface de la mer et de l’océan,
A la surface,
Tout à la surface de soi et de l’extérieur.

Tout ici-bas
Tout ici-là,
Tout devant à l’horizon,

Le nouvel horizon,
Le bel horizon d’écume et,
La mer tout au loin.

La mer,
Un océan d’eau, de lumière et d’amour.
Une étendue d’eau,
L’infini,
L’infinitude,
Une immensité.

Les bateaux au loin,
Tout devant,
Qui voguent vers une nouvelle contrée,

Vers un nouveau paysage,
Vers une nouvelle destinée,
Et l’écume déposée les y emmène par ce beau mirage.

Au rivage,
Le long de la mer,

Tout au long,
Tout devant et,
Tout au loin,
Le paradis,

La vie,
La vraie,
L’écume d’eau,

Pour accomplir une mission,
Celle de voguer,
Celle de naviguer,
Celle de voyager,

Celle de découvrir le monde et son cœur intérieur,

Grâce à la mer et à l’océan.

Tout devant,
A l’horizon,
La vue,
La mer,

L’écume d’or et d’argent,
L’écume toute blanche,
L’écume toute ensoleillée,
L’écume toute lumineuse,

L’écume dorée,
L’écume nacrée,

L’écume scintillante,
L’écume.

Toute une force,
Toute une force de vie,

Tout un élément de l’existence,
Toute une nature,
Toute une force de la nature,
Tout un élément de la nature,

Naturellement,
Posément.

Une parenthèse somptueuse dans ce paysage magique,
Manifesté,
Manifestement,

Qui reflète sur cette eau bleue,
Sur cet océan,
Sur cette mer.

Cristalline et nacrée cette écume déposée.

Ce dépôt tout transparent et tout blanc,

Tout en finesse,
Toute en raffinement,
Toute en beauté,
Tout en magie,

Pour rêver l’espace d’un espace temps et,
Pour agrandir l’espace du temps et du cœur,
Au cœur de l’océan et de la mer,

Pour s’imaginer ainsi voguer vers de nouvelles contrées,
Et aller à la rencontre des marins,
Des pêcheurs,
Des navigateurs,
Des explorateurs de l’extrême,

Pour ainsi se créer de nouveaux paysages,
Et ainsi voguer avec et sur l’écume de la mer.

Pour le plus grand bien de tous et de personne à la fois,
Juste pour être,
Juste pour être soi,
Juste pour être avec les autres,
Juste pour être en connexion avec la nature, tout autour de soi,
Juste pour ouvrir son cœur à plus grand que soi,

Aux éléments naturels et,
A leur splendeur,
A leur image manifestée devant nos yeux.

Le temps d’une évasion,
Le temps des vacances,

Tout simplement,
Carrément,

Pour mettre du baume sur son cœur,
Rempli par tant de beauté et par toute cette beauté manifestée,

Manifestement,
Réellement.


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· Texte de Jacques Grange ·

Savoir faire

L’écume de la mer formait une dentelle.
Ils en en habillaient leur nudité.

Ils riaient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.

Ils plongeaient à nouveau
Qittant cette »broderie  » maritime,
Reprenant les flots clairs.

Ils aimaient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.
Lle corps à corps était doux et serein
Puis
Dur et beau
En soupirs et étreintes
Sans contraintes.

Ils désiraient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.

Les peaux ne faisaient qu’une
Ou deux,
Quelle importance !

Ils chantaient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.

Les mains couraient,
Les lèvres brillaient,
L’onde ruisselait
Entre eux,
Sur eux,
Pour eux.

Ils virevoltaient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.

Le temps ne comptait plus,
C’était bien fait pour lui.
Ils ne pensaient pas à l’éphémère,
À quoi, ça sert ?

Il y aurait une fin de vacances
Quelle importance!

Chaque minute, chaque seconde,
Chaque parcelle d’épiderme et de bonheur,
Ils savouraient
Puisque c’était ce qu’ils savaient faire.


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· Texte de Sylvie Gremmel ·

La plage

L’écume de la mer formait comme une dentelle,
Éphémère et fragile comme un voile nacré.
Le blanc, l’azur et l’ocre, délicate aquarelle,
S’offraient à mon regard, pure œuvre de beauté.

Le babil du ressac, apaisante ballade,
Semblait bercer mon âme au rythme des marées.
La brise et les oiseaux, jouant leur sérénade,
Tissaient avec la mer de douces mélopées.

Oubliés les soucis, chassés par le soleil !
Enterrés les dossiers sous le sable brûlant !
Une profonde paix, un bonheur sans pareil,
Très loin de la routine et du réveil hurlant.

J’offrais tout mon visage aux chauds rayons solaires,
Je plongeais sous les eaux au milieu des poissons.
A chaque crépuscule aux couleurs incendiaires
Mon cœur se délectait de merveilleux frissons.

Vacances…
Ah ! Que ce mot est doux, sa saveur est unique.
Il évoque ces heures pleines d’insouciance,
Sereines flâneries sous un ciel romantique
Ou explosions de joie, de rires et de danse.

Vacances…
Ah ! Que de souvenirs, parenthèse magique,
Jours et nuits éclatants comme un rêve d’enfance…
Je voudrais arrêter l’horloge symbolique
Qui mesure le temps et sa constante avance.

Rester sur cette plage, vacancière éternelle,
Respirant l’air marin aux fragrances iodées,
Dans ma bulle d’azur, entre mer, terre et ciel,
Des perles d’eau salée sur mes paupières fermées.


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· Texte de Vincent Caillaud ·

Entre vous et la marée

L’écume de la mer formait comme une dentelle.
Voilà ce qui constitue ma première pensée à mon arrivée dans le hâble.
La chaleureuse caresse du soleil se mêle à la brise humide, emportant tout, conscience et raisonnement. Pendant un instant, je ne sais plus qui je suis ni d’où je viens, j’appartiens totalement à ce lieu, à ce trésor qui se répand devant moi.
Je m’étonne à sentir les galets sous mes pieds, sans avoir le souvenir de m’être déplacé. La bouche s’ouvre et les yeux suivent le mouvement. Je tourne sur moi-même et ne sais plus où donner de la tête. Ces roches douces, polies par la mer, je les imaginais blanches et râpeuses comme celles que nous apercevons dans les commerces. Et voilà que je découvre une œuvre d’art, des milliers même. Des pierres de toutes tailles, de toutes couleurs, formes, nuances… Je me baisse pour en ramasser une, de la forme d’un buste féminin. Noire comme la nuit, enlacée d’un trait blanc qui semble voleter, réalisant plusieurs fois le tour comme un soupçon de lait que l’on verse dans le café, comme un tendre câlin qui fait disparaître toute noirceur de l’âme.
Cette fois, je suis saisi par la fraîcheur de l’eau qui recouvre mes pieds. Quand me suis-je avancé ? Peu de touristes autour de moi, quelques jeunes qui se lancent en canoé, et des plongeurs, plus loin sur la magnifique jetée de pierre ocre qui s’avance vers la mer. J’imagine que le vaste bleu se répand partout derrière elle, qui s’élance comme un protecteur, cassant les vents et la force des vagues. Oui, tout semble paisible ici, rien ne représente la violence, un monde à part.
Le son de légères ondulations me berce, incroyable mélodie enivrante ponctuée par quelques cris des mouettes. Elles paraissent danser sous cette symphonie, montant et plongeant sous le souffle de la vie. Quelle grâce, passant dans la lumière du soleil, puis planant dans ce bleu qui semble se refléter dans cet océan de tendresse.
Le contact se montre revigorant, je sens l’énergie s’introduire en moi depuis mes pieds. Tout paraît si propre, si naturel que cela en est surprenant, mais où en sommes-nous arrivés…
Je plonge les mains dans l’eau, formant un réceptacle pour emprisonner un peu de cette fraîcheur. Je l’approche de mon visage et respire profondément pour m’immerger totalement dans l’ambiance. L’odeur particulière du varech m’enivre. Est-ce là l’émanation de la liberté ? L’histoire de tous ces corsaires, de ces marins et pêcheurs qui se véhicule dans ce parfum appétissant ? Une envie de goûter la mer, de manger des huîtres qui en ont toutes les saveurs.
Un bateau revient justement à quai, près de la jetée et je suis de nouveau pris, l’incompréhension m’envahit… Il remonte la pente avec sa vingtaine de touristes qui ont réalisé le tour de la baie d’ici jusqu’aux horizons de Cherbourg. L’Archimède, le nom du grand scientifique, bien adapté à ce navire hors du commun qui se hisse de lui-même hors de l’eau par une pente douce. Je découvre, subjugué, les roues qui le propulsent sur la route. Mes yeux se posent sur les deux marins, tout sourire, le teint hâlé et le charisme que transmet l’épreuve de la mer. Oui, voilà de vrais aventuriers, des personnes qui vivent réellement la vie et qui ont des valeurs, des principes, des histoires à partager.
Je me tourne à l’opposé pour observer les landes qui se dessinent sur le pourtour marin. Des criques hérissées de roches qui ne permettent pas la navigation, les fougères qui envahissent le paysage, se mélangeant à l’ajonc. J’imagine la plante dorer tous les environs au printemps, je me projette l’image, m’amusant à nuancer avec la colline mauve que j’aperçois. La bruyère a pris ses droits en ces lieux et apporte la touche pastel au tableau, oui, j’imagine l’aquarelle qui mettrait en valeur toutes les teintes de cette merveille.
Le fort sur le led-heu, envahi par les ronces, accueille de nombreux randonneurs sur son flanc sous la chaleur implacable de notre astre, mais surtout sous la vue imprenable de ce trésor naturel. Une envie irrépressible de me plonger dans cette prouesse physique, dans ce dépassement de soi, qui à chaque pas émerveille davantage et libère de tous les poids.
Voici que mes souliers et mes chaussettes baignent dans l’eau. La marée est joueuse et ne se signale pas, elle danse et approche doucement, pour prendre tendrement. Les galets ont engourdi mes pieds, la douleur de quitter ma position sonne comme une meurtrissure, une souffrance de m’arracher à ce lieu, cette ambiance qui me redonne vie.
C’est le cœur léger que je retrouve ce minuscule sentier longeant la Vallace, le petit ruisseau qui serpente entre les maisons en pierre de schiste. Les hortensias s’épanouissant de multiples teintes dans des proportions gargantuesques, comme toute la nature ici présente.
J’entends le crissement des cailloux sous mes pieds nus, le gazouillis des oiseaux, j’observe les libellules qui fleurtent avec le cours timide, des feuilles immenses d’une rhubarbe géante couvre le camping municipal qui ne revête d’aucune nuisance. Je franchis le petit pont de bois, passant de l’autre côté de ce filet glissant entre les roches érodées et les racines sculpturales des arbres. Cette impression de me trouver à des milliers de kilomètres de la France, dans le Pacifique, et pourtant Omonville la Rogue n’a jamais été aussi proche de moi.
Un accident de route, un hasard qui prend le sens d’un signe du destin. Le changement d’itinéraire qui nous porte au bout de la péninsule, dans une terre de vie, de paix et d’extase.
Des sonorités remplissent le silence, quelques notes, une voix amplifiée par un micro, puis trois autres qui s’y ajoutent. Cela sonne bien, je sens le rythme du groupe me faire danser. Un concert organisé sur le port, quelle bonne idée, et les paroles me viennent comme un message : « Ma vie partagée, entre vous et la marée, vous pouvez m’appeler, faut pas me retenir… »
J’envisageais de déguster ce magnifique espadon à la plancha dont je me montre friand, et pourquoi pas quelques moules associées à une excellente bière locale. Mais je ne peux résister à la symphonie, à l’ambiance et à ses paroles qui se révèlent pour moi, car oui, je me sens devenir marin, je me découvre de plus en plus appartenir à La Hague, être Cotentin.
La vie parmi les hommes se montre souvent si difficile et lourde en tout point. Ici, pour la première fois, je m’allège, la mer emporte mes peines, le vent aspire mes tourments, la bruyère égaye mon cœur, les galets marquent mon existence physique, la marée me berce de tendresse.
Bientôt viendra le temps du départ. Etrangement, cela ne me provoque aucune tristesse, aucune oppression ou angoisse, et même plutôt un doux sourire. Parce qu’au fond, je sais que mon esprit ne quittera plus jamais ces lieux, et que mon corps reviendra rapidement le retrouver, comme la marée rentre toujours à sa plage de galets.


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· Texte de Claire Sauvage ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle
J’observais ma grand-mère, assise sur le rocher
De ses vieilles mains, pourtant usées, toutes ridées
Avec dextérité, elle créait des merveilles.

Tout comme le paysage inspirait la prodigue
Je voyais le napperon prendre forme doucement
Tandis que les picots s’agitaient prestement
Sous le soleil d’été, à l’ombre de la digue.

Elle était magicienne du fil et de l’aiguille
Et chacun de ses gestes faisaient briller mes yeux
Qui de temps à temps s’élevaient hauts vers les cieux
Pour voir l’étrange ballet des mouettes qui rient.

C’est là que nous passions toute l’après-midi
En attendant que les bateaux reviennent au port
Je l’admirais, patiemment, encore et encore
En dégustant les crêpes au doux coulis de fruits.

Ma grand-mère se levait pour le voir apparaitre
Et je glissais dans le panier avec grand soin
Son œuvre d’art que l’on ressortirait demain
Elle souriait, l’apercevant sur la jetée.

Mon grand-père était là, elle allait le rejoindre
Tandis qu’un vent léger dans sa coiffe crochetée
Faisait voler les mèches de ses cheveux tressés
Il l’embrassait tendrement avant de l’étreindre.

Ainsi s’écoulaient les mois d’été, paisibles
Dans un coin de Bretagne, chez mes grands parents
J’aurais toujours au cœur ces souvenirs d’enfant
Qui aujourd’hui me portent, une force tranquille


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· Texte de Christophe Condello ·

L’été en janvier

Tout est immense
le soleil en hiver
tant d’innocence
un paradis sans enfer
c’est l’été en janvier

volent les anges
dans les argousiers
et le chant des mésanges
dans l’aurore extasiée
c’est l’été en janvier

dans les nuits chaudes et blanches
avant l’aube balbutiée
aux contours de tes hanches
dans une écume de dentelle
doux parfum de pureté
un avant goût de ciel
soupçon d’éternité
c’est l’été en janvier

il me pousse des ailes
mon âme est balancelle
tout est joie et lumière
caresses et brasiers
rouges et roses trémières
les tourments incendiés
c’est l’été en janvier

nos coeurs peuvent s’enflammer
à l’horizon des voiliers
vagues bleues et marées
sous le souffle du désir
les heures galvanisées
sont remplies d’élixir
voyage de pensées
voyage de pensées

c’est l’été en janvier
dans le blé, la clarté
c’est l’été en janvier
le mal éradiqué
c’est l’été en janvier
sourire à tes côtés
c’est l’été en janvier
l’avenir envisagé


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· Texte de Emma Rolland ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle…
Derriere, les maisons de granit
et tout autour, le vent.

L’écume de la mer, en napperon humide
environnait mes pieds
caresse froide, odeurs de sirènes.

L’écume de la mer, maille effilochée
m’entraine parfois si loin
au-delà des rivages

L’écume de la mer, tambour battant
cache parfois, dans ses oublis
des merveilles abandonnées.

L’écume de la mer, satin mordoré
quand les algues perfides
s’ accrochent à nos doutes.

Fraicheur de l’écume
suaire illimité
au doux bruit de coton.


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· Texte de Marina Leridon ·

La tempête

L’écume de la mer formait comme une dentelle. Le vent de suroît venait de transformer l’étendue plate et calme sur laquelle nous voguions. Des vagues de plus en plus grosses se formaient. Notre bateau tanguait au gré du vent.
Nous étions partis en début d’après-midi pour profiter de notre dernier jour de vacances. L’ancre jetée, nous nous baignâmes. Mon cousin Léo et moi plongeâmes à la ren-contre des habitants de ce magnifique océan.
Décidée à profiter à fond de cette journée, je m’allongeai sur le ventre à l’avant et humai l’odeur fraîche et iodée, pendant que Léo se mettait à l’abri du soleil dans la cabine. Le suroît était le bienvenu en cette chaude journée d’été. Des gouttelettes se posaient sur mon visage, aussitôt sé-chées par le vent.
L’écume semblait danser sur les vagues et dessinait des formes blanches plus ou moins étendues. À peine entre-vues, elles disparaissaient. Je m’amusais à deviner quels animaux peuplaient cette masse bleue.
J’imaginais que chaque tache était un poisson qui s’amusait à sortir de l’eau pour me saluer.
Le mouvement du bateau me berçait et je m’endormis. Des poissons argentés m’accompagnèrent dans mon rêve.
Je les voyais sauter au-dessus de l’eau de tous les côtés. Bientôt, ils m’effleurèrent en passant par-dessus le bateau. Ils devinrent de plus en plus gros. Des dauphins argentés s’approchaient de la proue et sifflaient à qui mieux mieux comme s’ils voulaient discuter avec moi. Un véritable dia-logue s’instaura. Nous échangions sur la beauté du ciel et de la mer. Une baleine apparut au loin. L’air expulsé par ses évents donna l’illusion d’un jet d’eau. Les dauphins se retournèrent tous en même temps et nagèrent vers la ba-leine. Ils l’entourèrent et l’escortèrent jusqu’au bateau. L’énorme cétacé se mit à chanter en approchant. Elle me fixait dans les yeux. Les dauphins reprirent leur sifflement. Tous s’accordaient pour me faire une offrande musicale. J’étais émerveillée et leur répondit en chantant tout dou-cement, puis de plus en plus fort.
Une vague plus forte que les autres me réveilla. Je sursau-tai : je touchais presque l’eau tellement je m’étais penchée pour chanter. Je me redressai et regardai autour de moi. Pas trace de dauphin, ni de baleine ! Mon rêve si réel n’était qu’une illusion.
Le vent avait forci pendant mon sommeil et la mer était de plus en plus forte. Je me relevai mais peinai à me tenir de-bout. De gros nuages gris obscurcissaient le ciel. Des touches d’écume blanche tranchaient sur le gris-bleu de la mer. Il était temps de rentrer. Nous nous dirigions vers la terre.
Le long de la côte, au loin, je voyais la mousse se fracasser sur les rochers. Un napperon en dentelle semblait monter vers les nuages. Les rochers étaient recouverts de cette mousse blanche qui se transformait parfois en boules de coton, si légères qu’elles continuaient leur route sur la terre ferme, poussées par les rafales.
J’aimais la sauvagerie de la mer pendant la tempête. L’air était encore tiède. Les vagues balayaient mes jambes en passant par-dessus le bastingage. Le capitaine maniait la barre de gouvernail avec professionnalisme, expérimenté qu’il était. Il ne le disait jamais mais je savais qu’il aimait le gros temps, quand il devait se mesurer aux éléments. Une petite balade sur une mer d’huile ne lui apportait aucun plaisir.
Habituée depuis mon plus jeune âge à naviguer avec lui, je ne pouvais pas non plus me passer de ces luttes marines. C’était plus fort que nous. Il nous fallait notre dose d’adrénaline. Nous sortions presque par tous les temps, au grand désarroi de ma mère qui nous crut morts plus d’une fois.
Il m’apprit à barrer. Mais je préférais de loin rester sur le pont et profiter des embruns.
Mon cousin était toujours réfugié dans la cabine, apeuré. Je voyais mon père sourire en s’arcboutant pour retenir le gouvernail. Il était dans son élément, heureux. Je m’accrochais au bastingage pour ne pas passer par-dessus bord. Les vagues déferlaient sur le pont et entrainaient mes pieds. Je résistais, heureuse. Je riais face à la mer. Elle était une composante de ma vie.
Nous longions la côte. Le retour était plus long qu’il n’aurait dû l’être. Mon père profitait à fond de la tempête et ne suivait pas la ligne la plus droite pour rentrer. Nous finîmes par approcher du port. L’entrée fut périlleuse. Le bateau était bringuebalé de droite et de gauche. Le maître de bord réussit malgré tout son entrée comme un chef et nous pûmes accoster. Léo sortit enfin de la cabine : il était blanc comme un linge et vacillait sur le ponton.
Mon père et moi nous regardâmes d’un air entendu : nous venions de vivre un nouveau moment de complicité sur la mer !


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· Texte de Léo Guy ·

L’écume de la mer,
Formait une dentelle,
Une robe légère,
Dont les drapés si frêles,

Vivent et meurent sans fin,
Éternels renouveaux,
De ces habits marins,
Fluides oripeaux,

Je souhaite me vêtir,
Et cacher mon corps nu,
Qui souffrant le martyr,
Toute l’année qui fut,

A besoin pour survivre,
De ce tissus iodé,
De cet air qui enivre,
Et qui fait voyager.

Dans l’ourlet d’une vague,
Je veux plonger mon cou,
Et me faire une bague,
De la lame qui s’échoue.

Dans le sable brulant,
Noyer tous les ennuis,
Et dans le flot roulant,
M’absoudre sans un cri,

De tous ces moments creux,
De l’existence vaine,
Ce bonheur malheureux,
De la vie quotidienne.

La fuir en revêtant,
Un costume solaire,
Un tailleur d’océan,
Une robe de mer.

Je suis villégiateur,
En changeant d’apparence,
Je deviens l’empereur,
Du royaume Vacance.


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· Texte de Maxime Herbaut ·

AU CIMETIÈRE D’AMFRAQUES

L’écume de la mer formait comme une dentelle. Une fois par an, à la Toussaint, nous chaussions nos noires bottes de pêcheurs et enfilions nos jaunes cirés de vieux loups de mer pour aller rendre visite à nos vénérés ancêtres au cimetière d’Amfraques. Nous n’emportions ni potées de fleurs, ni vases, ni bibelots funéraires d’aucune sorte : le lieu ne s’y prêtait pas. Dans la voiture, nous n’avions avec nous que notre courage, notre sens des valeurs familiales, et aussi, pour les plus jeunes du moins, un certain mélange d’appréhension et de curiosité morbide des plus galvanisants.

Amfraques n’était qu’un maigre bourg plus ou moins maritime – guère plus qu’un hameau, en vérité – une sorte de finistère sans attrait particulier, dépourvu de port, de commerces, et même de plage : une longue rue insipide et solitaire, qui prenait vaguement naissance quelque part au milieu des polders, et s’achevait comme une phrase vide de sens sur les points de suspension d’un petit archipel rocailleux battu par les flots. Le rocher d’Amfraques, qui était le plus imposant de ces récifs, émergeait des eaux sablonneuses tel un gigantesque madrépore, sorte d’énorme éponge calcifiée qui pointait au creux de la baie étroite et semblait scruter le ciel à la manière d’un œil cyclopéen surgi des profondeurs. C’est sur cet îlot hirsute – plutôt une presqu’île, d’ailleurs – que s’accrochait le cimetière d’Amfraques.

Les horaires de visite étaient généralement (dé)fixés par les marées : selon le jour, l’heure et le coefficient, le sentier qui donnait accès au cimetière était praticable ou immergé, et tout dépendait alors des caprices de l’éphéméride. Pour un bref aller-retour, pas de problème ; en revanche, pour une visite prolongée, comme un enterrement (si l’on peut considérer le rocher d’Amfraques comme une « terre »), il n’était pas rare de voir un cortège arrivé à pied repartir en chaloupe. Quand la Toussaint était clémente, l’excursion et ses risques modérés avaient un caractère assez ludique, voire même un certain charme, ne laissant en rien soupçonner les terreurs abyssales des Toussaints difficiles, dont les violents coups de tabac et les lames redoutables rendaient le casque et le gilet de sauvetage indispensables.

Constamment soumis aux intempéries et à la pression des courants, le cimetière avait de longue date perdu toute ressemblance avec ce que l’on entend habituellement sous cette appellation : l’érosion avait graduellement réduit l’écart entre les reliefs naturels du récif et les rebords taillés des pierres tombales, si bien qu’il était devenu quasiment impossible de les distinguer. On n’y voyait ni croix, ni statuaire, ni autre forme de symbole : tous les monuments censés rappeler nos chers disparus, émoussés par le ressac, rongés par le sel, polis par les vagues, avaient fini par adopter le profil et la texture géologiques du promontoire sur lequel ils avaient été greffés. Les noms mêmes de nos bien-aimés défunts, ainsi que les éventuels portraits ovales fixés sur telle ou telle tombe, avaient été presque entièrement effacés. Ne subsistaient que de rares signes larvaires, embryons de hiéroglyphes, bâtons et courbes gravés çà et là, à même le roc, et quelques cadres ovales ébréchés ou jaunis par l’écume, à demi recouverts d’algues ou de varech, sur lesquels on devinait encore, en plissant les yeux, des taches un peu plus sombres qui avaient autrefois été des visages.

Tels étaient les vestiges de nos aïeux que l’on pouvait trouver à la surface accidentée du rocher, si ténus et clairsemés que la traditionnelle visite de Toussaint n’allait pas sans un certain nombre de problèmes très concrets : tout d’abord, impossible de repérer avec exactitude la tombe d’un ancêtre spécifique. N’ayant plus les noms pour nous guider, nous nous orientions simplement vers les tombes que nous nous souvenions (ou croyions nous souvenir) d’avoir visitées les années précédentes, et que nous avions quelquefois marquées d’un petit signe de reconnaissance, en espérant ne pas nous tromper. Cette méthode quelque peu hasardeuse avait parfois pour effet de nous entraîner vers une sépulture où se recueillait déjà une famille rivale, et où il fallait alors déterminer, à coups de botte si nécessaire, à quel clan la portion de rocher disputée revenait. L’absence d’indications nominatives nous conduisait aussi, par moments, à jeter un peu au hasard, sur tel ou tel piton évoquant la tombe recherchée, quelques poignées de pétales honorifères que les goélands s’empressaient de venir engloutir.

De surcroît, la cadence effrénée des marées contraignait le plus souvent les familles à chronométrer leurs visites de la manière la plus expéditive, se transportant avec célérité d’un monticule à un autre, se percutant les unes les autres à la faveur d’un renfoncement imprévu et s’empêtrant ainsi dans des querelles interminables, malgré l’impérieuse nécessité pour tout le monde d’en finir aussi vite que possible. En effet, si la montée des eaux vous surprenait, inutile de songer à quitter le récif : il fallait se résoudre à camper sur ses positions, aussi inconfortables fussent-elles, et endurer stoïquement la fureur des éléments jusqu’à marée basse. Alors, le petit sentier rocheux refaisait surface, et vous permettait enfin de regagner le monde un peu moins poisseux des vivants.

Mais les complications étaient parfois plus cruelles. Au sommet du récif s’érigeait une ancienne chapelle votive que les intempéries avaient émoussée en caverne, et qui semblait, de même que les nombreuses crevasses déchirant le sol, former une ouverture ou un passage vers l’intérieur du rocher. Nous nous prenions parfois à rêvasser, saisis d’une alléchante inquiétude, face à ces gueules béantes par où le rocher exhalait les vapeurs salines de ses macabres digestions, et si nos parents ne nous en avaient pas empêchés, nous serions sans doute descendus dans ces longs tunnels gorgés d’eau, noirs et glissants comme des anguilles, qui nous auraient menés à travers leurs méandres et leurs miasmes au ténébreux séjour de nos trépassés, ou à l’un de ses vestibules.

Il arrive qu’un enfant imprudent ou un vieillard fatigué dérape sur un rebord et se fasse emporter par une lame. Certains tombent du rocher dans la mer, d’autres basculent vers l’une de ces crevasses et s’abîment dans les profondeurs du rocher lui-même. À ceux-là on ne peut élever de tombe digne de ce nom (c’est que les places sont comptées au cimetière d’Amfraques), alors on plante un fanal ou un drapeau à l’endroit où l’on croit les avoir vu tomber – l’ennui étant qu’il faut dans ces cas regrettables s’en remettre entièrement aux indications des témoins, dont l’exactitude, quand il s’agit d’autochtones, n’a d’égale que la fantaisie. Toutefois, ces éphémères cénotaphes ne résistent guère aux rugueuses conditions climatiques du lieu, et bien malin qui saurait dire combien de ces drapeaux ont été arrachés par le vent et les vagues au fil des années, pour être emportés dans les fonds marins où ils ont rejoint les malheureux à la mémoire desquels on les avait élevés.

Avec ses fausses allures d’îlot volcanique, le rocher d’Amfraques attire aujourd’hui encore sans discontinuer les badauds et les curieux de tout poil. Bien entendu, la plupart d’entre eux restent à quai, et préfèrent l’observer de loin, depuis la terre ferme, munis de longues-vues et de jumelles. Ne s’aventurent à son bord que ceux qui ont des aïeux à y honorer. À une certaine distance, il est vrai que le spectacle vaut le coup d’œil : les geysers d’eau salée que le ressac fait jaillir par les ouvertures, comme une grappe de bouches édentées par lesquelles la mer vomirait son trop-plein (de quoi ?), les ombres furtives des visiteurs pris au piège qui se pressent d’un flanc à l’autre du récif en lançant des signaux de détresse fort divertissants, et les mouettes planant en cercles au-dessus de la scène avec des cris de vautours, humiliant à l’occasion un touriste sans méfiance d’une salve blanchâtre bien placée.

Sous le rocher ? Mystère et boule de plancton. Nous savons seulement qu’il est creux, criblé d’alvéoles inondées où flottent peut-être encore quelques os ayant appartenu à l’un ou l’autre de nos trisaïeux. C’est-à-dire, pour ceux qui restent, la majorité d’entre eux ayant probablement été balayés et emportés par les courants qui s’insinuent et refluent dans ses obscurs ventricules. Pour la plupart, ceux à qui nous venions annuellement présenter nos respects ne résidaient même plus sur les lieux à l’époque, et sont vraisemblablement éparpillés aux tréfonds des sept mers, un tibia ici, un cubitus là-bas, un crâne un peu plus loin. Peut-être était-ce déjà le cas avant notre naissance.

Autour du cimetière, les légendes vont bon train. Les vieux pêcheurs à la retraite, qui vivent dans la région d’Amfraques depuis des générations, prétendent que les boyaux du rocher s’enfoncent bien en-dessous des hauts fonds de la baie, et qu’un spéléologue un tantinet aventureux, s’il est bien équipé, pourrait en se faufilant par l’une des failles descendre jusqu’aux entrailles de la Terre. Curieusement, à ce jour, personne ne s’y est encore essayé. Ne remontent ponctuellement de ces siphons voraces, outre les rescapés de justesse, que de rares et intrépides gourmets rapportant dans leurs paniers une maigre provision de fruits de mer et de crustacés, avec en prime deux ou trois crabes entre les orteils.

C’est le lieu où les familles se resserrent, mais aussi celui où elles se dispersent irrévocablement. Ce sont nos colonnes d’Hercule, la limite trouble et houleuse où nos petites mers familiales s’ouvrent et se perdent dans un océan vaste et anonyme. On ne sait plus très bien d’où l’on vient, ni pourquoi, lorsqu’on se promène en trébuchant sur le rocher d’Amfraques, et l’on s’y invente des ancêtres, à défaut de pouvoir vraiment les retrouver. Souvent, les enfants s’ingénient à graver des noms fantaisistes sur les pierres tombales délavées, et c’est ce que nous faisons tous un peu, en cachette, du bout des yeux, quand nous nous y rendons. Plus qu’un lieu de repos pour les morts, c’est un port, une gare de l’après-vie, un pédiluve des grands fonds, et ceux que l’on inhume en cet endroit n’y séjournent guère : ils sont en partance, comme dans l’effervescence d’une salle d’attente, et savent qu’à la première tempête une vague les emportera vers d’autres horizons.

Oui, le rocher par ses innombrables bouches nous parle à sa façon, nous parle de mille et une choses que nous rêvons de savoir mais avons peur d’entendre : qui étaient ceux qui nous ont précédés, d’où nous venons, et plus encore, où nous irons ensuite. Nous n’osons pas toujours prêter l’oreille à ses incessants murmures.

Enfants, nous adorions lancer à pleins poumons nos appels en quête d’échos dans ses cavités ténébreuses, mais il faut bien reconnaître qu’aujourd’hui, nous ne serions plus si francs.


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· Texte de Catherine Dumont-Lévesque ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle. Les grosses vagues roulaient des moutons blancs au loin, près de l’île qu’on surnomme le grand Pèlerin. Si on plissait un peu les yeux, on pouvait apercevoir les phares de la Malbaie qui clignotaient sur les montagne bleues. Ici, au large de Saint-André, l’eau est saumâtre. Ça veut dire qu’elle est à la fois salée et douce. Les touristes du Kamouraska, petit comté du Québec, appellent le fleuve Saint-Laurent la « mer », et ce depuis 1813. Le journaliste Arthur Buies et sa clique d’intellectuels et de bourgeois venaient d’ailleurs passer l’été ici. Ce mois d’août, c’était à mon tour de m’y enraciner et d’aller me baigner dans les eaux glacées. Devant l’archipel des îles de Saint-André, il n’y avait que l’immensité du fleuve et moi. Je pensais m’installer pour deux semaines au Kamouraska, finalement j’y suis restée deux mois. C’était le premier été de ma vie où je me suis retrouvée bronzée. Je passais tellement de temps au soleil que mes cheveux ont décoloré et mes poils, blondi. Ma peau est devenue constellée de piqures de maringouins et de coups de soleils éparpillés. Tellement, qu’une épaisse toison est poussée sur mon épiderme sans que je m’en aperçoive. C’était la première fois depuis mes quatorze ans que je prenais des vacances. Je suis alors devenue une femme sauvage. Pieds nus dans l’herbe et dans la vase, la peau fraîche et salée d’une baignade dans le fleuve, échevelée, poilue. Il n’était pas question de retirer les traces que laissait cet environnement sur moi. Sans le savoir, j’avais besoin de ce contact cru avec la nature, avec cet endroit sauvage façonné par les vents du large. Avec la chaleur du soleil et la fraîcheur de la terre. Avec la brume et l’eau du fleuve, avec la fumée d’un feu de bois. Ma peau et mes cheveux se sont mis à sentir la boucane et la transpiration. Je m’endormais parfois au milieu de l’après-midi pour me réveiller en soirée, confuse et fripée d’avoir fait la sieste si longtemps. Je suis allée marcher sur les cabourons, ces anciennes îles qui ont émergé du fleuve il y a quelques millions d’années et j’ai senti se former en moi un amour profond pour cette terre balayée par les vents. Un amour du genre auquel on n’échappe pas. J’étais anéantie à chaque fois que je posais le regard sur le fleuve en sachant que cette vue me serait enlevée. L’horizon bleu m’appelait comme un visage connu et je dormais dehors à toutes les nuits. Je me réveillais dans la rosée et je trouvais le sommeil une fois le serin du temps tombé, après une journée de chaleur et de vent. Ce sont les rivages de Kamouraska qui m’ont appris la liberté et transmis cet ordre silencieux de ne jamais plus y renoncer. J’ai rencontré d’autres voyageurs sauvages. Leur peau sentait aussi l’air du fleuve, et leur cheveux drus, une odeur épicée, comme le pelage d’un animal. Probablement celle des chiens qui les accompagnaient jusqu’au bout du monde. Comme des plantes qui poussent au même endroit, nous nous sommes entortillés les uns autour des autres, le temps d’une saison. Leur corps résonnait dans le mien, parfois, un après-midi d’orage, comme un coup de tonnerre. Nous étions liés par une loi obscure de l’Univers, guidés par les esprits qui rôdaient sur les berges où nous campions. Enfin, j’aime le penser. Nous ne parlions pas la même langue, mais nous avions une manière secrète de nous comprendre, de nous appeler les uns aux autres. De nous toucher, aussi, de faire déployer le corps de l’autre et d’entrer en contact avec lui. J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps lorsqu’il fut temps de me séparer d’eux, du fleuve, des monadnocks . Je savais qu’un deuil impossible à éponger était en train de commencer. Comment guérir de cet amour perdu quand il nous a fait respirer comme pour la première fois, quand il nous a marqué la peau? Après cet été-là, il s’est mis à pousser des dreads dans mes cheveux, signe qu’il était temps que je les rase. J’ai jeté mes cheveux dans le fleuve et je lui ai dit adieu. Jamais je n’oublierai les tourbillons d’écume sur le Saint-Laurent, les nuits passées à écouter le son des vagues venues s’échouer sur les berges et la tendresse de mes compagnons. Et un jour je reviendrai.


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· Texte de Séverine Moreschi ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle. La plage était encore déserte à cette heure matinale et seuls quelques pêcheurs étaient là comme à leur habitude. Je n’étais arrivée que depuis quelques heures et j’avais pourtant l’impression que j’avais toujours résidé ici, ou plutôt qu’une partie de moi avait toujours été là.
Les prompts rayons du soleil de juin réchauffaient chaque parcelle de ma peau et mon corps tout entier, et bientôt mon cœur. La brise légère venait danser dans mes cheveux et s’engouffrer dans ma robe. Un frisson me parcourut.
Tous mes sens étaient en éveil et chaque odeur, chaque son venait tour à tour s’imposer à moi, m’envahir, me bouleverser, m’enivrer et puis repartir et s’échouer comme les vagues, pour laisser la place à un autre.

Je goûtais chaque sensation avec intensité et nostalgie. Je longeais la corniche et je parcourus la rade des yeux. Comment avais-je pu oublier tout cela ? Je me sentais revivre. Tous les souvenirs m’apparurent tout à coup, tout se bouscula en moi. Étrangement, tout ce qui avait pu être enfoui, oublié pendant toutes ces années s’empressait soudainement à reprendre vie. Je ressentais une forme d’urgence à être là, dans ce doux chaos des émotions.

Je sentis mon corps peu à peu s’envelopper d’une infinie douceur, du cocon chaud et réconfortant de l’enfance. Une joie nouvelle s’installa en moi et fit toute la place.

Mes pieds mouillés s’enfonçaient dans le sable à mesure que je dépassais le fort. Le sable n’était pas encore brûlant comme à la mi-journée. L’odeur des embruns me chatouillait les narines et se mêlait au chant persistant des cigales. Les branches des pins parasols remuaient doucement et semblaient caresser les nuages.

Grisée par cette sensation de plénitude, je m’approchai de l’eau. La mer tout entière s’offrait à moi. Mon cœur s’emballa. Une irrémédiable envie me gagna. A mesure que j’avançais dans l’eau un large sourire se dessina sur mon visage. Je pénétrais alors de plus en plus vite, je courais et le flot intense des vagues glissait entre mes doigts. Quand l’eau atteignit ma taille je m’abandonnai alors et elle me prit dans ses bras. Cette étreinte avait le goût du sel ou peut-être était-ce celui de mes larmes. Je crois ne pas avoir éprouvé de joie plus forte depuis qu’elle n’était plus là.

Je tournai mon visage vers le rivage. Je devinai alors la façade de la maison, cachée derrière le grand mur de pierre. Je sortis de l’eau et m’approchai. Je reconnus d’abord les volutes du portail, puis les feuilles du cerisier qui jadis trônait fièrement dans le jardin. A la lumière de ma mémoire, tout se remit en marche un instant et ce jardin éteint et abandonné reprit vie. Je vis le pigeon Titi se poser sur le haut mur, j’entendis le caquètement des poules, chaque arbre et chaque plante se mit à se redresser et déployer ses feuilles et fleurir sous mes yeux ébahis. Je poussais la lourde porte en fer rouillé et pénétrais dans l’enceinte de cette maison qui m’avait vue grandir. Je ne le savais pas encore, mais après ce séjour je ne serais plus jamais la même.

J’avais l’étrange et agréable sentiment que je progressais dans un monde qui m’était tout à la fois étranger et intimement ancré en moi. Mes doutes, mes craintes et les stigmates des douleurs passées semblaient s’échapper lentement mais sûrement, pour laisser la place à une profonde sérénité. Le calme après la tempête.

J’étais chez moi.


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· Texte de Ludivine Barillot ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle
Tes pieds nus dansaient dans le sable chaud
Ah ! Qu’est-ce que tu étais belle !
Et la moiteur estivale te couvrait de son manteau
Les mouettes chantaient des paroles inconnues
Et la ligne des bateaux au loin habillait l’horizon
Dans l’eau fraîche et salée tu t’es baignée nue
Avec ta peau laiteuse parcourue de frissons
Tandis que le soleil cédait doucement sa place à la lune
La plage se vidait des derniers vacanciers
Nous nous sommes retrouvés seuls dans les dunes
Avec comme pensée “C’est la fin de l’été”


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· Texte d’Anaïs Aubin ·

Une forêt dense
Où le scout campe la nuit
Ah ! Quel est ce bruit ?


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· Texte de Laetitia Aubert ·

Tribulations

L’écume de la mer formait comme une dentelle.
L’eau était froide. Je n’avais réussi à y mettre que les pieds, les yeux rivés vers l’horizon, dédaignant les vestiges artificiels d’un monde anéanti qui se dressaient, audacieux, à quelques mètres de moi. Je les ignorai, volontairement, farouchement.
Au bout de quelques secondes, malgré mes efforts, mon regard revenait se poser sur mes pieds, ou plutôt sur le sable où ils s’enfonçaient imperceptiblement. Un sable fin, couleur miel à cause des rayons du soleil pénétrant l’eau cristalline qui offrait des ondulations adamantines.
J’étais venue jusqu’ici pour y passer des vacances paisibles, reposantes. C’est ce que j’avais prétendu, en choisissant cette destination au bord de la mer, où l’écume s’étend sur le rivage comme un immense napperon confectionné avec soin par des mains habiles – qui d’autres que les Parques pouvaient avoir réalisé une telle beauté ?
Quel enchantement ces couleurs chatoyantes, ce soleil qui me léchait la peau, cette étendue à perte de vue offrant toutes les teintes de bleu, ce sable doré, pailleté, les ressacs de la mer !
S’assemblaient alors la beauté du paysage, la douceur de l’air, les embruns salés qui me chatouillaient, la déconnexion aux écrans, aux nouvelles du monde : j’étais plantée dans le sable, humant l’odeur des vacances.
Pourtant, j’avais menti.
Oui, c’était un lieu de vacances.
Oui, j’avais réservé la location, envoyé l’argent par sécurité.
Oui, j’avais choisi avec soin le lieu, la maison avec ses pierres et ses jolis volets bleus, petit cottage proche de la plage. J’avais insisté pour cette ville, près de cette plage, sans négociation possible.
Oui, c’étaient bien des vacances familiales où j’étais des plus coopérative, du matin jusqu’au soir, depuis notre arrivée. Je ne montrai rien. Je ne révélai rien. Mais je trouvais des excuses pour aller ailleurs, pour me baigner sur une autre plage, pour visiter les falaises. J’avais un but ; pour une raison inconnue, je prenais soin de retarder le moment. J’avais une raison d’être ici, mais je la gardais jalousement. Je ne voulais pas l’avouer.
Parce que j’avais menti. Pour venir. Pour me tenir là, les pieds en contact avec l’eau si fraiche de ce mois d’été, je ne pouvais plus empêcher mon esprit de s’égarer ; mon corps à moitié dénudé, chauffé par le soleil juillettiste, frissonnait, tandis qu’avec une infinie patience, je m’asseyais dans l’eau. Au bord.
L’écume se précipita sur moi pour m’envelopper, comme un voile de mariée, me saisissant sans tact, s’accrochant à tous les pores de ma peau, me faisant grelotter.
J’étais arrivée à bon port. Je me tenais là où je me l’étais promis des années auparavant, lorsque j’avais trouvé la photo glissée derrière le buffet du salon de mon grand-père, après son décès. Cette photo leva un voile sur un passé dont je ne savais rien. Voilà pourquoi j’étais assise, ici. Voilà pourquoi j’avais trouvé des prétextes ; parce que je ne savais rien, ou si peu sur lui, l’ancêtre courageux, au sourire radieux, debout devant la maison, en costume du dimanche, fier, si digne. Lui, dont on murmurait le nom, comme un secret jalousement gardé.
Parce qu’en temps de guerre, il avait fui son pays ?
Parce qu’au moment de la débâcle, il avait refusé de se rendre à la signature de l’armistice, en juin 1940 ?
Parce qu’il avait rejoint un dissident qui s’exprimait sur la BBC, depuis Londres ? Un parfait inconnu qui déclamait que « rien n’était perdu pour la France et que la flamme de la résistance ne devait pas s’éteindre ». Lui, un parfait inconnu, n’avait pas hésité à rejoindre De Gaulle laissant son épouse et son fils au village, seuls à affronter les regards accusateurs : il était un déserteur. Lui qui avait répondu à l’Appel. Personne n’avait compris alors.
Honte à lui.
Honte sur eux.
Je suis toujours assise sur la plage par où il est revenu, avec d’autres, cent-soixante-seize français autorisés à sauver leur pays.
Comment s’était-elle comportée avec lui, cette immense étendue si paisible aujourd’hui, quand il avait sauté de la barge, sans réfléchir, vaillant, en ce petit matin nuageux, un matin de juin triste et venteux ?
Sans doute son âme vibrait-elle de peur dans un chaos indescriptible ?
Cette même écume, ressac éternel, avait été pour lui un linceul, ici, sur cette plage où je me prélasse, touriste en apparence, touriste du souvenir.
Je restai dans l’eau, affleurée entre maintenant et autrefois, entre la vacancière insouciante qui claque des dents et le soldat dont le nom est gravé sur le monument aux morts, en amont, dans la ville. Lui que je voulais une fois dans ma vie venir saluer.
Car cette question se bouscule dans mon esprit depuis que l’eau me glace le sang : pourquoi n’avait-il eu droit qu’à quelques pas dans cette eau inhospitalière, sous les balles des mitraillettes allemandes, avant d’atteindre la terre promise ?
Avait-il été tué sur le coup ? Touché et entraîné par la lourdeur de son paquetage qui ne lui a pas permis de reprendre son souffle ? Avait-il souffert ? Pensé à ceux qui vivraient sans lui et ceux qui ne le connaîtraient jamais ?
J’ai retenu ma respiration. Sans m’en rendre compte.
Je suis en pèlerinage.
Je tente de créer un lien avec ce qui n’est plus, avec le soldat noyé, le disparu, celui qui dort quelque part sous cette masse qui le cache comme un trésor.
Il est si loin de nous désormais que j’ai pourtant la sensation qu’il est sous chaque grain de sable que ma main enserre, sous chaque petite vague qui tente de m’effaroucher de sa fraicheur.
Je scrute toujours l’horizon, ma vue se floute ; je reste là, à espérer un signe de lui, un souvenir qui me relierait à lui. Je suis en quête de ce qui n’existe plus, de ce que le passé a balayé, que le sable a enfoui.
Autour de moi, la vie suit son cours, bruyamment ; les enfants jouent, les adolescents courent se jeter avec fracas dans l’eau, les petites mamies marchent de long en large pour soulager leurs jambes, certains paressent sous un parasol, d’autres lisent. Le temps s’écoule, insensiblement.
Moi, je suis une statue de chair ; l’écume se colore sous mes yeux, elle se pare de pourpre, les corps tombent, les balles fusent ; je ne peux pas bouger, je ne peux pas me boucher les oreilles. Je les vois qui passent autour de moi, avec difficulté, certains claquent des dents, d’autres chutent, m’éclaboussent, d’autres hurlent, se tenant le ventre. J’ai du sang dans les yeux.
Je ne suis plus capable de faire la différence entre le présent et le passé ; son absence pèse sur mon cœur, prêt à éclater. Je ne supporte plus de ne pas savoir, d’avoir découvert son existence quand ceux qui le connaissaient ne pouvaient plus rien me raconter. Je me sentais ingrate face à son sacrifice.
Et je culpabilisais : où sont donc les vacances que j’ai promises aux miens ?
Je ne peux pas bouger.
J’attends.
Le cœur prêt à bondir de ma poitrine.
Je l’aperçois, à quelques mètres de moi, il crie à l’aide, l’eau remplit sa bouche avec lenteur et étouffe ses cris, sa blessure est béante et le sang s’étale autour de lui. Le froid l’envahit. Il flotte. Sans vie. Je n’ai pas fait un geste pour le rejoindre.
Je sursaute.
Je pousse même un cri.
De frayeur.
Un cri qui m’arrache à mes visions et me ramène sur la plage de mes vacances.
Un corps s’est blotti contre le mien ; non, il s’est jeté sur moi, sans pudeur, sans délicatesse, avec un rire sonore qui me fait aussitôt sourire.
C’est mon fils, l’impatient.
Il veut faire un château de sable.
Occupation sacrée des vacances pour un enfant de quatre ans. Et j’ai promis des vacances. Je ne peux continuer de mentir ainsi.
Je me lève, le portant dans mes bras, ses yeux plongent dans les miens.
L’espace d’une seconde, pour la toute première fois, je reconnais soudain ce regard.
Mon fils nous ramène, le disparu et moi, vers le monde des vivants ; il est le pont entre ce qui n’est plus et ce qui sera.
L’avenir nous ouvre les bras.
Sans jamais oublier ceux qui se sont sacrifiés pour qu’un monde meilleur puisse leur survivre.


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· Texte de Paul Lautier ·

L’OMBRELLE

L’écume de la mer formait comme une dentelle. Et cette dentelle étincelante éclaboussait de sa clarté la plage dorée tandis que la brise qui s’était levée plus tôt dans l’après-midi s’était maintenant renforcée ; la saison prendrait fin bientôt. Mais Dominique avait une impression confuse d’inachevé, un goût d’amertume diffus. Ces vacances auraient pu lui apporter bien mieux sans doute avant de se clôturer tel, par exemple, qu’un heureux dénouement dans sa relation avec Isaure.

A cette heure-ci, les estivants commençaient à se retirer comme la marée descendante. Dominique se sentirait ainsi suffisamment à l’écart des regards curieux, voire soupçonneux, pour être en compagnie d’Isaure et aurait alors peut-être assez de courage pour se laisser aller aux confidences, aux aveux.
Enfin, pour cela il fallait qu’Isaure daigne venir ! Car le temps passait sur la grève. De plus, le soleil ne chauffait même plus, vaincu déjà par la fraîcheur de l’air maritime. Isaure savait se faire désirer, mais cette fois-ci, l’attente s’éternisait. N’avait-elle pas dit pourtant la veille : « Demain nous pourrions traverser la Mer du Nord si tu le veux bien, il paraît qu’il y a de beaux jardins en Angleterre. » Et Dominique d’avoir répondu un peu bêtement : « Je nous trouverai bien une cabine de luxe. C’est ce qu’il faut pour une telle expédition ! »
— Ne pourrais-tu pas toi-même nous y amener dans ton propre bateau ? Tu viens chaque été ici, me semble-t-il ? Tu dois savoir naviguer…
— Soit ! Mais le voyage risque d’être un peu long sur une de ces embarcations, même toute voile dehors.
— Cela n’est pas grave pourvu que tu sois à bord, avait ajouté Isaure avec un sourire énigmatique, avant de conclure : Donc à demain, Capitaine, sur un ton empli de promesses, en disparaissant derrière son ombrelle qu’elle faisait rouler comme toujours sur son épaule.
Non, décidément, au souvenir de ce bref échange, il était impensable qu’Isaure se soit défilée. Cela n’était pas dans son genre. Elle ne paraissait pas non plus être une provocatrice et ne s’amuserait jamais à donner de fausses espérances.
Cependant, depuis hier soir, aucune nouvelle de la belle Isaure, ni même de sa famille ! Cette dernière, informée par quelque indiscret aurait-elle ramené à Anvers la jeune étudiante à l’avenir rayonnant, précipitant l’échéance de cette doucereuse période de dilettante susceptible de la corrompre ? Dominique n’osait y croire. Isaure était certes issue d’une famille bourgeoise typique de cette fin du XIXème, soucieuse de sa réputation et fière de sa réussite, mais il n’y avait eu aucune matière à quelque scandale que ce fût. Rien n’aurait autorisé ses parents à rapatrier leur fille en urgence, au risque d’attiser des soupçons. A moins qu’Isaure ne se soit trop épanchée auprès des siens.
« Mais non, bon sang, je me fais des illusions. Que veux-tu qu’Isaure ait pu dévoiler au juste ? Il ne s’est rien passé entre elle et moi… malheureusement. Cesse d’y croire et attends. »

Dominique passait tous les étés sur ces plages resplendissantes à perte de vue, ses parents y louaient l’une des villas triomphantes aux toits coniques qui jouxtent la promenade des élégantes. Son frère cadet se joignait à eux au début de la période avant de retourner à son internat à Bruxelles dès la mi-août. Mais ces quelques jours en sa compagnie étaient toujours profitables à Dominique car lui permettaient de s’affranchir un peu sa timidité ; son frère était plus frondeur, plus accessible aux autres aussi. D’ailleurs, c’est par son entremise que Dominique avait pu enfin aborder cette année la belle Isaure qui, au seuil de sa majorité, le cap désormais franchi de ses vingt ans, affichait la glorieuse allure d’une jeune femme épanouie dans presque toute sa féminité. Dominique la revoyait dans sa robe saute-en-barque aux tons pastel qui semblait changer de couleur au gré de la tonalité du jour. Sa silhouette longiligne était indissociable de cette ombrelle qu’elle portait sur l’une ou l’autre de ses épaules menues et de sa coiffe aux vastes rebords. Celle-ci était par ailleurs ornée de rubans flottants qui se mêlaient parfois aux boucles rebelles de sa chevelure d’un blond tout aussi éblouissant que le sable doré. Mais au-delà de ce physique avantageux immédiatement perceptible, Isaure avait un charme plus secret qu’avait su déceler Dominique au cours de leurs promenades parmi la foule -certes toute relative- sur les planches longeant la plage. En dehors de son aspect d’élégante juvénile, Isaure avait une conversation non convenue qui dépassait celles des jeunes filles fréquentant habituellement les stations balnéaires.

Comment pourrions-nous donc voguer vers le grand large dans de telles coques de noix ? se fit la réflexion Dominique en scrutant les derniers bateaux qui, face à ses yeux plissés, s’ébattaient encore toute voilure déployée sans guère dépasser toutefois la zone pélagique.
Plus loin, un peu en retrait de la mer, une jeune fille jouait avec un modeste cerf-volant, un losange en tissu blanc, encadré simplement sans fioriture ni moindre décoration. Elle paraissait seule, ou plutôt semblait s’être échappée d’un groupe d’autres enfants qui se trouvait à proximité, accompagné de quelques domestiques et gouvernantes. Ces garnements s’adonnaient à des jeux tapageurs dans l’indifférence totale de la première. Dominique se rappela sa propre enfance, lorsque ses paires fuyaient sa compagnie, lorsque la solitude persistante lui était encore douloureuse. Dominique avait envie d’aller la conseiller, la rassurer, mais se ravisa évidemment en se rendant compte de l’absurdité de sa démarche.
Le cerf-volant décrivait de magnifiques arabesques, piquait parfois dangereusement vers le sol et rasait la plage avant de regagner de la hauteur en dessinant de nouveau des boucles entrelacées, imprimées dans l’azur. En fixant celui-ci, Dominique réalisa qu’il avait viré sur le bleu foncé ; la soirée s’invitait, la luminosité oblique des rayons du soleil devenait plus orangée, puis mordorée. Les derniers bateaux rentraient. La jeune fille esseulée elle aussi réintégra son groupe.
Isaure n’était pas venue. Mais Dominique resterait sur le sable, le bord de mer en solitaire, c’était bien aussi finalement, sans estivant, sans bruit mis à part les flux et reflux des vaguelettes et les cris des derniers goélands.
Comme elle vint finalement depuis l’Est, son ombre ne la précéda pas. Isaure avançait pieds nus sur le sable silencieux, se déhanchant gracieusement, sans accentuer toutefois sa démarche. Dominique qui continuait à scruter l’horizon vers la mer, comme pour guetter la prochaine sortie des eaux d’une nymphe ou de quelque autre créature mythique ne la vit approcher.
— Tu m’attends depuis longtemps ?
— Depuis le début, fit Dominique sans se laisser surprendre.
— J’ai préféré attendre qu’il y n’ait plus personne, j’avais pourtant, crois-moi, très envie de venir plus tôt. Mais tu veux sans doute rentrer maintenant…
— Oui, mais avec toi…
— Je t’avais promis de partir au large.
— Peu importe le moyen, nous pourrions avoir l’impression de nous échapper même à pied, pourvu que nous soyons ensemble.
— Le soir te rend romantique, fit remarquer Isaure.
— Je suis mélancolique. Mais ce n’est pas la fin de la journée qui me rend ainsi… plutôt la fin de notre séjour.
— Je suis venue justement pour y apporter une fin audacieuse, ma chère, fit Isaure radieuse, en tendant la main à son amie pour la relever.
Ce premier contact charnel les fit légèrement roussir toutes deux, mais le crépuscule leur dissimula réciproquement cette culpabilité conventionnelle. Impatientes à se mettre bientôt à l’abri de tout regard médisant ou délateur, les deux jeunes femmes s’éloignèrent discrètement du rivage en se tenant intimement la main sous l’ombrelle bienveillante et finement dentelée de la belle Isaure.


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· Texte de Léanna Michel ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle
Elle s’accrochait, ornant fanons et sabots
Pour les touristes présents à cette fête annuelle
Quelle belle parade que ces chevaux fendant les flots !

Sous la drache familière ou le soleil ardent
Sous la grêle acérée ou le vent tourbillonnant
Avec ou sans public, mais toujours accompagnés
Les montures et pêcheurs récoltent les crustacés

Voyant les cavaliers parés de leurs cirés
Les enfants éblouis s’imaginaient aussi
Prendre de la hauteur sur ces fiers équidés
Et s’aventurer loin sur les fiefs ensablés

Et même si aujourd’hui, de paardenvisserij
Ne permet plus vraiment de remplir les corbeilles
Au moins ce patrimoine a pu rester fringant
Et du côté tourisme, provoquer des merveilles

Une fois la fête finie, les séjours achevés
Les visiteurs d’un jour ou d’une période plus longue
Alors prenaient la route, rejoignant leurs foyers
En laissant derrière eux la mer et la plage blonde

Si vers la fin d’été, la digue était déserte
Les vacanciers savaient que lorsqu’ils reviendront
Sur les plages verraient-ils une ancienne tradition
Qui, ce malgré les siècles, a su rester alerte !


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· Texte d’Iris ·

« tout feu, tout flamme »

L’écume de la mer
formait comme une dentelle,
qui m’enferme et qui serre
de plus belle.

Le corps mordu par le soleil,
la tête perdue dans les étoiles,
peu à peu je me réveille,
dans ta toile.

Le feu qui brûlait ce pays,
je l’avais aussi dans le cœur.
Éteindre l’un je suis partie,
mais l’autre me fait tout aussi peur.

Mer Egée s’est parée d’or
dans la baie d’Alonissos
Séparée de toi encore,
il ne reste plus grand-chose

pour ramener à bon port
cet enfant pris par Chronos,
notre amour que tu dévores
jusqu’à l’os.


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· Texte de Dorothée Fourez ·

Des Mers

L’écume de mer formait une dentelle,
Légère comme une plume,
Elle grondait tel un gospel.
Dans cette clameur bouillonnante,
Elle enroulait ses vagues dans la lumière originelle,
Elle embrumait les pastels de l’eau,
Elle créait une toile arachnéenne,
Un travail de fée en fil d’argent
Qui retenait mon voilier entre ses bras.
Dans ce capharnaüm,
Je me sentais légère
En mer Égée
Je me laissais porter
Dans la vie des ères
Et quand son calme devenait ire,
Je m’accrochais pour ne pas disparaître.
Sa mousse bouillonnait,
Je sentais les embruns
De l’océan indien,
Le doux parfum d’inconnus festins.
Je satisfaisais mes envies
En apprenant d’autres vies,
Et me laissais porter aux douceurs des Dieux.
J’humais ce goût de sel,
Je goûtais cette odeur iodée
Me laissais emporter dans sa brume
Avec pour seul phare une chandelle.
Je percevais son irréel immortel
Belle en bleu de mer,
Au royaume des sirènes,
Je plongeais en eaux translucides.
Dans les jardins coralliens,
Un ballet aquatique m’attendait
Mon corps frissonnait
À ces rencontres d’un autre type
Entre récifs et requins
Et puis la lente nage des tortues,
Paix de l’esprit dans cet aquarium géant.
Voyage en inconnue,
Voilier sous le vent,
Odeur de paradis, ciel orangé,
Sable blanc, Fleur de Tiaré,
Palmier et cocotier,
Évasion aux accords de Ukulélé.
L’écume de mer formait comme une dentelle
Et gardait dans ses ajours,
Le champ de secrets bonheurs


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· Texte de Sandrine B Holder ·

« Sérénité »

L’écume de la mer formait comme une dentelle
Sur les bords des rochers où elle s’était déposée.
Le vent avait faibli après cette nuit de folie,
Mille tourbillons éphémères de fines bulles d’air
Balayées, dispersées, semblaient désormais apaisés.

Sur la jetée, mes pensées vagabondaient au gré
De mes envies, de mes désirs inassouvis,
Je rêvais de bagatelles, de quelques étincelles
Dans cet havre de paix et de sérénité,
Loin des vicissitudes d’une vie de solitude.

Par chance et un joli concours de circonstances
Je m’étais retrouvé embarquée
Vers cette contrée de toute beauté.
Nulle connaissance pour troubler mes vacances
Seule, sans bagage, ni arrimage.

Je déambulais, ivre de liberté
Les pieds enfoncés dans le sable encore frais
Les algues au bord de l’eau effleuraient ma peau
Et quelques coquillages prisonniers du rivage
Emergeaient de leur sommeil aux rayons du soleil.

Les vagues déferlaient sur un tempo crescendo
Des effluves salés ravivaient mon palais
Je me sentais revivre, revigorer, prête à sourire
Le silence tirait sa révérence
La plage s’animait au fil de la journée.

Charmée par les senteurs et toutes ces couleurs
Qui s’offraient à ma vue sans retenue
Je profitais de cette parenthèse méritée
Goûtant aux loisirs avec grand plaisir
Me délectant de chaque instant.

Lorsque la grisaille s’installe les jours de travail
Mes yeux voguent à nouveau vers ce lieu
Et mon esprit se libère de l’ennui
Des tracasseries de la vie.
Les prochains congés sont désormais programmés !


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· Texte de Jean-François Joubert ·

La sardine de Sardaigne…

« L’écume de la mer formait comme une dentelle. »
Tempête au dehors, tout fout le camp quand le vent se lève et élève l’esprit de ses élèves. Nous croisons des ombres, de la lumière noire, et sur le tableau arrière de nos mémoires. Stop ! Nous nous arrêtons, petit cours de navigation, pèlerinage. Je m’arrête petit poisson né de la lune, je suis sardine. Je cours. Je nage. J’abois, parfois et il est difficile de me classer de me sortir de la sottise du troupeau, si facile d’oublier de m’assaisonner, le temps d’une valse ou d’un quatrain : mille feux, mille yeux, mille feuilles, pour être heureux, mille ou peut-être un autre chiffre magique tel le cent. Ce soir, je pleure car un hameçon me coupe le son, ma bouche s’ouvre sur un gouffre, je voudrais m’asseoir, je voudrais voler mais je n’ai pas d’ailes, tout juste quelques écailles dans cette eau froide. La bande circule sans sens, plein de peur sous vos coques de noix, et une noisette de beurre salé pour me cuire la peau, et l’arroser d’huile pour une friture parfaite à conserver pour les jours de fêtes, si tendre pour remplir l’assiette, je n’aurais pas dû manger votre vomis, mon âme s’évade, douce cavalcade.


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· Texte de Jérôme Mbonjo ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle
il pensait à ses enfants et à sa belle
il luttait en devoir et desir et résiste sans souffir
comme une midinette qui dit non pour mieux s’offir
il se jetait à l’eau en oubliant les requins
d’un pas tremblant et pataud
voyant la mer et l’horison lontain
balayer ces toutes idéaux
il liberait la bitte d’amarage
son rafitot prend le large
au début il voyageait sur les mer les plus facile
vérifieait que tout fonctionneait comme avant
mais l’eau trouble offre les plus belles cible
et il entendait le chant des cormorrants
comme des savoreux gémissement
il eu oublier la terre et sa raison
il avait besoin de plus de frisson
quitte à etre pris pour un fou
il se jettea dans l’océan et remous
la ou les vibration sont plus intense
même si il n’aurais plus un beau ciel
les sensations y était plus dense
il se jetea dans ce beau bordel
En quete des fruits de mer les mieux défendu
il combattait ses paires et les plus grande vague connus
il savorait l’intant malgré les haut-de-coeurs
se metait à nu sans aucune pudeur
il visitea les zones les plus humide
et ceux malgré le poids de ses rides
il cherchait les mythique sirénes
alors les quand dira t’on
parlait de peche aux ton
son temps est compté et cela l’amenait
parfois a faire une escale et à rester à quai
ou il guetteait la moindre ouverture
de partir dans une belle aventure
mais ce soir pourtant il est pas trés gai
lui qui était devenus si bon marin
le voila redevenu proprigétaire terrien
se rappellant avec effroi son train-train
de ces réunion qu’il fallait diriger
de ses enfants qu’il fallait nourrir
de sa femme qu’il fallait chérir
de ses associés qu’il fallait flatter
de ses sourires qu’il fallait forcer
de l’image qu’il fallait préserver
de ses clients qu’il fallait contenter
de ses masques qu’il fallait porter
de ses taches qu’il faillait faire
de son ame rebelle qu’il fallait taire
de ses aventures qu’il fallat oublier
Oublier jusqu’au retour des hirondelle
et que de nouveau l’écume forme de la dentelle


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· Texte de Dominique Bodson ·

Peinture de vacances

L’écume de la mer
Formait
Comme une dentelle.
Et les parfums de sel
De sable
Et du vent
Pesant de la respiration des cordes sous l’archet
Emplissaient l’air.
Sautillant sur les vagues
Les gouttelettes irisaient
Les rires d’enfants
Et jouaient dans leurs cheveux.

Navigant de haut en bas
Les cris des oiseaux
Montaient dans le ciel
Et dégringolaient
Jusque sur la plage
Glissant sur les ailes étendues des mouettes.

Brutalement
Un froid tourbillonnant s’abbatit.
Le soleil
Cherchait l’échappatoire
Derrière le rideau noir ;
Le charbon du ciel
Ecrasait la plaine.

Je vis de loin
Tomber la pluie
Triste et fatiguée.

Elle se joignit à la mantille blanche
En un duo magnifique.

Mes pinceaux tracèrent
Des lignes joyeuses :

« L’eau sautille
Frétille
Arrose les terres arides
Tourbillonne
Et danse
Une cadence.

Le sable mouillé
De larmes
Se fait dur sous les pas pressés

Les doigts s’enfoncent
Dans la masse
Humide
Et ne ramènent rien. »

Puis
La pluie s’envola
Comme elle était venue
Accrochée aux nuages.

Plus tard,
S’ensevelit l’orange du soir
Loin derrière la mousse blême
Emportant avec elle
Le jour,
Ramenant la paix :
Mouvement de marée
Ressac éternel
Pendule entêtée.

Journée calme
Solitaire
Heureuse
A se fondre dans l’univers :

Des vacances !


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· Texte de Janine Malaval ·

TABLE 13

Biarritz, été 1938
L’écume de la mer formait comme une dentelle. Sous le soleil encore haut dans le ciel azur les estivants se prélassent, les enfants jouent en maillots rayés. A l’ombre de la marquise du Flore, les vacanciers dégustent leurs apéritifs. Deux hommes font leur apparition. Le garçon de café drapé dans son grand tablier les conduit à la table 13.
Jean les observe en sirotant son verre de limonade. Son regard scrute les deux hommes dont l’aspect sévère rompt curieusement avec l’univers bigarré de la plage et ses promeneurs endimanchés, tandis que des baigneurs téméraires s’ébattent dans les vagues.
Vêtus d’un semblable costume dont le noir souligne l’élégance, les deux hommes ont ôté leur chapeau melon, épongeant discrètement leur front où perle la sueur. Ils ont accroché leurs cannes à leur siège et semblent se disputer.
— Nous sommes trop en avance. Elle avait dit 18 Heures.
— Il ne faut jamais faire attendre une dame, surtout de la haute société, répond son compagnon qui tire de son veston une montre gousset.
Le garçon de salle dépose deux verres de Bartissol dans lesquels tintent des glaçons nageant sous des tranches de citron. Les deux hommes savourent lentement leur cocktail en contemplant la plage qui se dénude sous l’effet de la marée descendante, alors que l’horizon barre le ciel traversé de filaments de nuages.
— Bonsoir Messieurs, claironne une voix. Puis—je me joindre à vous ? Les deux hommes sursautent, surpris par l’arrivée d’un individu corpulent, de petite taille, la soixantaine épanouie, souriant malicieusement comme s’il avait surpris deux collégiens en flagrant délit de paresse.
— Mais faites—donc Monsieur, Monsieur ?
— Tut tut tut, pas de noms s’il vous plaît ! Je suis attendu à la table 13, celle—ci si je ne m’abuse. Nous sommes donc ici pour la même raison. Mission secrète.
De son poste Jean, petit garçonnet de sept ans, observe ce personnage qui porte un costume en lin écru à la coupe parfaite. Une gravure de mode. Le chapeau est assorti au complet, le nœud papillon est impeccablement ajusté. Rien n’est laissé au hasard, pas plus la généreuse moustache que la canne à pommeau, les souliers richelieu recouverts de guêtres, la chemise et la pochette de la même étoffe. Il commande un whisky tout en devisant avec ses compagnons qui l’écoutent avec dévotion, fascinés par sa faconde.
Aucun d’eux n’a entendu le nouvel arrivant s’approcher, la main tendue pour les saluer. Il est suivi d’un chien, la truffe au vent, attiré par les odeurs alléchantes.
— Ravi de vous voir, Messieurs dit—il aux hommes en noir. Enchanté, Monsieur, je vous aurai reconnu entre cent, chuchote—t—il en s’adressant au petit homme. Nous voilà donc au complet pour examiner une question dont les agréments de Biarritz ne sauraient nous distraire.
— Pour ce qui est des plaisirs de la mer, votre mine bronzée vous trahit, répond le Dandy en riant. Vous êtes sportif, dit—il en détaillant la mince et athlétique silhouette du jeune homme ainsi que sa tenue de sport. Je devine que vous pratiquez la course, la natation, et sans doute le tennis. Le jeune homme acquiesce, s’installe et rappelle son chien assis aux pieds d’une dame dégustant un gâteau.
C’est alors que Jean l’aperçoit, immobile à l’entrée. Les regards convergent furtivement vers elle. Un maître d’hôtel la mène à la table 13. Les quatre hommes se lèvent ensemble comme mus par un ressort, tandis qu’elle prend place sur le siège avancé pour elle.
Elle est vêtue d’une robe toute simple, aux reflets moirés de vieux rose, mettant en valeur sa silhouette longiligne. Sur ses cheveux blonds cascadant en boucles gracieuses est perché un petit bibi de satin du même rose que la robe, la voilette en dentelle retombe sur son visage, dissimulant coquettement de très fines rides. La dame d’une grande beauté n’est plus si jeune. D’un geste calculé, elle découvre son front, révélant de grands yeux mélancoliques ourlés de longs cils. Les deux messieurs au chapeau melon se courbent à l’unisson, le jeune homme en fait autant. Seul le gentleman, plus audacieux, s’incline en saisissant la fine main gantée, débitant un compliment fleuri accueilli avec flegme. Elle prend la parole d’une voix grave, teintée d’un léger accent.
— Messieurs, si j’ai voulu vous rencontrer, c’est parce que votre réputation a franchi les frontières. Vous l’avez compris, j’ai besoin de votre aide. J’ai fait le pari que l’union fait la force, et qu’à vous quatre vous résoudrez l’affaire que je veux vous confier. En toute discrétion, s’entend !
Le silence se fait tandis qu’elle commence à parler tout en fumant languissamment. Elle est venue se reposer quelques jours à Biarritz, explique—t—elle, mais doit repartir demain à Paris. Durant son séjour, un individu lui a dérobé sa pochette au cours d’une promenade. Or cette pochette contient une lettre intime qui, si elle tombe dans des mains indélicates, ruinera sa réputation et celle de son mari. Elle essuie furtivement une larme qui perle à ses paupières.
— C’est très gênant de parler de cela, soupire—t—elle en reprenant le contrôle d’elle—même. Voyez—vous, il y a quelque temps, pour mon malheur, j’ai eu un moment d’égarement à l’égard d’un collaborateur de mon mari. Si cette relation venait à être connue, voire divulguée, le scandale serait énorme. La carrière de mon mari serait brisée. Vous connaissez ses ambitions politiques. Tout le monde ne parle que de cela, les gazettes ont les yeux braqués en permanence sur nous. Dans cette pochette il y avait aussi la lettre que je m’apprêtais à envoyer à cet… ami, où je faisais état de mes sentiments sans pudeur. J’ai manqué de prudence. Je me suis perdue. Voilà pourquoi Messieurs, j’attends que vous retrouviez au plus vite mon voleur et surtout ces lettres. J’implore votre aide et y mettrai le prix. Il n’y a personne au monde plus qualifié que vous pour mener cette enquête. Les quatre messieurs, flattés, opinent du chef, troublés par ces confidences.
— Coupez ! coupez ! tonne soudainement une voix dans un mégaphone. Tout le monde reste en place. C’est très bon mais on va la refaire.
Les conversations s’éteignent à l’écoute des instructions lancées par le porte—voix.
— Toi, le petit garçon à la limonade, tu arrêtes de reluquer Mademoiselle Dietrich, ça se voit à l’écran. Tu regardes ailleurs, la mer par exemple. J’ai besoin de la maquilleuse pour retoucher les crânes des Dupondt. Ça brille trop. Il faut aussi qu’elle recolle la moustache de Monsieur Poirot. Elle est bancale. Quant à vous Tintin, veuillez garder Milou près de vous. Il n’arrête pas de mendier des gourmandises.
Obéissant aux ordres du réalisateur, la maquilleuse se présente sur le plateau avec ses accessoires tandis que les techniciens procèdent à d’ultimes réglages. Le metteur en scène a choisi Biarritz pour tourner quelques scènes de son film et recruté ses figurants parmi les vacanciers. Milou profite de ce bref répit pour échapper à son dresseur et grimper sur les genoux de Marlène Dietrich. Elle le caresse gentiment, écoutant distraitement ses partenaires lui confier qu’ils aimeraient bien être à la place du chien. L’ambiance est détendue même si la concentration est toujours présente.

Biarritz, fin de l’été 1938
Jean déambule le long de la Grande Plage. Il passe devant le Flore qui a retrouvé son apparence habituelle. Soudain il l’aperçoit qui vient face à lui. Elle se promène au bras d’une amie. Il pense qu’elle l’a reconnu car elle lui sourit. Oubliant sa timidité, il va vers elle, l’aborde avec son plus beau sourire en l’appelant Marlène et lui demande un autographe. Elle signe complaisamment sur une page de son carnet. En échange il lui montre une photo qu’il garde dans sa poche.
— C’est moi sur la photo, explique—t—il. Je suis le garçon à la limonade qui vous regardait quand on a filmé sur la terrasse du Flore l’autre jour.
—Tu es ici en vacances ?
Il confirme. Avant de lui donner le cliché, il dessine un soleil et dans le ciel, un nuage en forme de cœur, rajoute : A Marlène, de la part de Jean acteur de cinéma en vacances.


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· Texte d’Axelle Scholtès ·

L’écume de la mer formait comme une dentelle. Perdue dans ses pensées, Maryse vit bientôt flotter un haut de bikini à sequins, comme un petit radeau pailleté. L’air se remplit d’un feu d’artifice de sifflements et de ricanements.
Elle se tourna vers ses amies, et seule Caroline eut une réaction. Blasée, évidemment.
– Tous des gros relous.
Sarah chuchota quelques mots pour elles trois.
– Tu voudrais pas leur éclater la tête ? Ça nous ferait des vacances.
Maryse sourit mais ne répondit pas. Elle avait confié à ses deux acolytes sa passion pour les arts martiaux qu’elle pratiquait depuis des années. Elle était ceinture rouge de taekwondo, mais avait demandé à Sarah et Caroline de le garder pour elles. Elle ne voulait pas attirer l’attention. Elle connaissait bien le comportement des mecs devant une fille douée pour la bagarre…
Le bateau les emmenait à toute allure sur l’île où ils allaient passer l’après-midi. Maryse, Caroline et Sarah avaient déjà prévu de se transformer en naufragées échouées sur cette île hostile.
Maryse poussa un soupir tout en admirant le dessin de l’écume à la proue du bateau. Heureusement qu’elles s’étaient trouvées, ces trois-là. Caroline était rousse, la plus âgée et la plus rigolote. Sarah était blonde et rêveuse. Maryse était brune, sportive et timide. Les autres jeunes de la colonie de vacances les avaient rapidement surnommées les Totally Spies. Leur humour douteux les laissait sans voix…
C’était vrai, elles étaient les plus jeunes, et on pourrait même ajouter, les plus naïves. Du haut de leurs 15 et 16 ans, elles s’habillaient simplement, de t-shirts amples et de bermudas. Pas de maquillage, peu de bijoux, préférant mettre en avant leur jeunesse plutôt que leur féminité.
Toutes les trois, elles s’étaient rapprochées pour faire face aux moqueries de ces imbéciles, tour à tour taquineurs ou harceleurs.
Maryse et ses amies étaient venues pour suivre des cours de planche à voile et savourer leurs derniers instants d’enfance. Eux semblaient avoir choisi cette colonie pour promener leurs hormones à la mer et s’envoyer en l’air à la moindre occasion.
– Hé, Maryse ! Ça va, t’as pas trop chaud ?
Le garçon, Ray Ban sur le nez, ricana en prenant les autres à témoin. Tout ça parce qu’elle portait un maillot une-pièce. Mais si ça lui évitait de finir à poil parce qu’un de ces couillons lui avait dégrafé son haut, elle ne voyait pas le problème.
Quelques minutes plus tard, la fille avait retrouvé son haut de maillot de bain et la proue du bateau s’échoua doucement sur la plage. Tout le monde se jeta à l’eau avec son sac sur le dos.

Le programme de la colonie était un jeu de rôles grandeur nature où le principal intérêt semblait être les costumes. Les filles s’étaient travesties en vahinés avec des colliers et des jupes de fleurs, et les garçons s’étaient couverts d’une longue cape avec une capuche tellement profonde qu’elle leur cachait entièrement le visage.
Refusant de se livrer à cette mascarade, Maryse et ses amies se fondirent parmi la foule de touristes débarquant sur la plage et s’évaporèrent dans la forêt de palmiers.
Elles savourèrent le goût de la liberté en courant sur le sable brûlant, en grimpant aux palmiers, en sirotant leurs gourdes de grenadine et en singeant leurs compagnons de colonie.
L’après-midi tirait à sa fin lorsqu’elles entendirent un coup de sifflet strident, les faisant sursauter. Elles avaient réussi leur coup : elles avaient complètement occulté la réalité. De naufragées sur une île déserte, elles redevinrent des adolescentes en une fraction de seconde.
Riant aux éclats, elles rassemblèrent leurs affaires et s’élancèrent sur le sentier en direction de la plage.

Dans sa précipitation, Maryse fit tomber son sac. Ses deux amies continuèrent leur course effrénée sans s’apercevoir de son absence à leur côté. Le charme de leur rire enfantin se rompit aussitôt. La pénombre du crépuscule l’enveloppa comme un brouillard. Tous les sens en alerte, Maryse perçut le bruit presque imperceptible d’un pied foulant le sentier ensablé.
Elle se retourna et se retrouva face à une silhouette entièrement dissimulée sous une grande cape. Un garçon de sa colonie.
Mais cette pensée ne la tranquillisa pas. L’atmosphère était pesante. Elle vit la silhouette déployer un bras dans sa direction pour la saisir fermement à l’épaule.
Finies les moqueries innocentes de ces derniers jours. Fini le cadre relativement rassurant fourni par des animateurs à peine plus âgés qu’eux. Fini l’environnement bon enfant de la colonie de vacances pour adolescents en mal de sensations.
Cette silhouette voulait la posséder comme un vulgaire objet qu’on trouverait sur la plage. La ravir, s’en emparer comme d’un trophée de chasse.
Maryse a quinze ans et quatre mois. Elle porte un t-shirt très ample et un short long qui cachent son maillot de bain. Son sac, toujours à terre, est couvert de porte-clefs et de badges, plein de couleurs et de strass. Dans son portefeuille, elle a emporté des photos de ses parents et de sa sœur pour les avoir avec elle pendant ses vacances.
Mais tout cela n’a plus d’importance en cet instant. Tout cela est balayé d’un revers de main quand cet homme lui décoche une claque qui l’envoie s’étaler dans le sable.
Non…
Le coup la laisse hébétée, elle se cramponne à sa conscience. Elle se redresse sur ses mains. Elle aperçoit du coin de l’œil la silhouette encapuchonnée s’apprêter à lui balancer le coup suivant. Le coup fatal qui l’immobiliserait définitivement, celui qui lui accorderait la victoire.
Non.
Cet homme ne la connaît pas, ne s’intéresse pas à elle, ne désire qu’une chose tellement bestiale qu’il ne réfléchit plus, se sert d’elle uniquement pour assouvir un interdit.
Mais elle, elle a quand même son mot à dire, non ? Elle, elle sait qui elle est. Elle sait qui sont les gens sur les photos dans son portefeuille. Elle sait pourquoi elle a des porte-clefs Bob l’Eponge et Garfield accrochés à son sac.
Elle s’appelle Maryse, elle a quinze ans et quatre mois, elle a une famille qui l’aime, elle affectionne les dessins animés et les BD, et elle est championne de taekwondo.
– NON !
Elle se relève en une seconde. L’homme s’abat de nouveau sur elle, tentant de la faire tomber avec ses jambes.
Dans un réflexe acquis après des centaines d’heures d’entraînement, elle lui décoche un coup de poing sur le torse pour le faire reculer, puis elle lui assène un violent coup de pied au flanc qui le met à terre.
Elle se penche pour ramasser son sac. Durant une fraction de seconde, elle distingue le tibia de son agresseur mis à nu dans sa chute, orné d’une cicatrice en forme de croix. Elle remise cette information dans son subconscient, elle s’en fout de ça, elle veut juste s’enfuir.
Elle s’élance à nouveau vers la plage en priant pour que l’adrénaline dans ses veines lui fasse pousser des ailes.

Déjà la rentrée. La fin des vacances s’était déroulée comme dans un rêve. D’abord à soupçonner tous les garçons du groupe, sans qu’aucun ne puisse être accusé, faute de preuve. Puis les adieux à Sarah et Caroline, le retour à Paris.
Et déjà Maryse était assise en classe, à son premier cours d’espagnol de l’année. Les tables étaient disposées en U et elle en occupait une des extrémités.
Toujours perdue dans ses pensées, son regard vagabondait sur ce qu’il y avait en face d’elle. Un sac, des chaussures, des jambes dénudées, une cicatrice…
Son cœur s’emballa. Elle était pétrifiée sur sa chaise, essayant de maîtriser sa respiration pour ne pas dévoiler son malaise à la classe entière.
Le garçon assis sur la rangée face à elle portait un bermuda qui laissait entrevoir ses tibias. Il avait étendu ses jambes devant lui, au risque de faire trébucher la prof.
La petite info remisée des semaines auparavant remonta à la surface comme une petite bulle et éclata.
C’était lui, assis tranquillement en face d’elle, dans sa classe de seconde.
Se sentant observé, elle le vit relever la tête, et leurs regards se heurtèrent, avec le même effroi d’être reconnu de part et d’autre.

L’année allait être longue.


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· Texte de Jean-Charles Paillet ·

Vos racines obstinées
enfouies dans la nuit souterraine
même en vacances
parcourent à l’aveugle
les secrets de la terre

D’une lente et puissante poussée
vous croissez sans vertige
avec l’ardent désir de durer
dans le temps et l’espace

Vos branches souveraines
comme autant d’échelles
s’entremêlent allègrement
dans un frisson d’ailes et de feuilles

Arbres des forêts si proches du ciel
vous vivez de sève et de lumière
mais votre écorce à chaque entaille
pleure sa langue originelle

À votre intime feuillage
le vent rêve de s’accorder
de prendre voix par vous
pour délivrer son message

Arbres des forêts plus anciens que l’homme
la patience est votre vertu première
vous nous apprenez à vivre debout
et à frôler le monde des songes


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· Texte de Claire Fenez ·

Le charme des ruines

Le t-shirt de Lucy lui collait complètement à la peau. La transpiration manifestait son inconfort sur chaque centimètre carré de sa petite stature. De ses doigts de pieds engoncés dans les chaussures de marche, jusqu’à la casquette qui s’humidifiait au contact de son cuir chevelu, aucun endroit de son corps n’était épargné par la moiteur. Pour un peu, la jeune fille en oubliait presque la beauté et l’incongruité de l’endroit. Habituée au climat tempéré de la région parisienne, elle avait du mal à s’adapter à la touffeur tropicale du Cambodge. Le voyage ne durait que deux semaines, mais aujourd’hui la climatisation du RER lui manquait. Ses parents et son frère avançaient devant elle sur une route sablonneuse, au milieu d’une jungle épaisse et d’une hauteur vertigineuse. Leur discussion était étouffée par les bruits des nombreux touristes présents, des motos et des tuktuks qui slalomaient entre les voyageurs, laissant Lucy dans ses habituelles rêveries. La petite famille avait décidé de passer plusieurs jours dans la ville de Siem Reap, pour se consacrer à la visite de l’un des plus grands sites archéologiques du monde.

Lucy s’était toujours imaginé les fameux temples d’Angkor comme les vieilles citées explorées par Lara Croft dans Tomb Raider. L’héroïne circulait dans la jungle à moto en tirant sur la faune agressive, progressait dans les ruines en résolvant des énigmes et en évitant des pièges mortels, puis exterminait une civilisation antique revenue à la vie. Lara s’emparait alors d’une relique magique dont le pouvoir pouvait détruire l’équilibre du monde si elle tombait entre de mauvaises mains et remettait de l’ordre dans ce chaos mystique. L’aventure était résolument solo, la musique d’ambiance n’étant perturbée que par les coups de fusil à pompe ou de mitrailleuses, hymne à la mort résonnant et quelque peu répétitif. Cependant, le climat tropical justifiait les tenues très courtes de l’héroïne.
Lucy n’avait pas cette audace. Tout autour d’elle, le décor restait fidèle à son imagination. La forêt s’était épaissie autour des temples khmers au fil du temps. Les lianes couraient sur les pierres, les fleurs se frayaient un chemin jusqu’aux plus hautes statues. Elle avait vu des arbres pousser entre des piliers, percer les toits et s’ériger triomphalement en plein cœur des édifices, comme si la nature pouvait engloutir toute velléité d’humanité. La jungle gardait cette aura de mystère et de virginité. Si seulement il n’y avait pas tous ces touristes pour gâcher le tableau !

Lucy pensa qu’il était difficile de les blâmer, puisqu’elle faisait également partie du cortège des curieux. Mais elle se désolait de voir les gens enchaîner les selfies au pied des temples sacrés. Elle maudissait les parents qui laissaient leurs enfants escalader, courir et hurler partout comme dans un parc d’attraction. Elle se révoltait en voyant les touristes faire la queue pendant des heures pour une balade à dos d’éléphant, les bêtes montrant tous les signes de la fatigue et de l’exploitation abusive. Même les singes avaient su tirer profit de la présence quotidienne des humains. Enhardis, ils volaient avec aisance les piques niques au détour d’une minute d’inattention, énième attraction qui ne manquait pas de déclencher l’hilarité. Pour Lucy, le lieu inspirait le respect, le calme et l’humilité. En réalité, la jungle était un territoire au sein duquel s’affrontaient deux entités : la nature dans tout ce qu’elle avait de plus magique d’un côté, et les humains dans tout ce qu’ils ont de plus grossier de l’autre. En résultait une cacophonie de sons, d’images et même d’odeurs, dans laquelle la jeune fille se sentait mal à l’aise.
_ À quoi penses-tu ma chérie ?, lui demanda sa mère en souriant.
_ Au fusil à pompe de Lara Croft.
_ Sérieux, railla son frère. On se retrouve dans l’un des endroits les plus beaux au monde et tu penses à tes fichus jeux vidéo ?
_ En fait les développeurs et les graphistes se sont inspirés de ces temples pour construire certains niveaux des jeux Tomb Raider. C’est drôle comme tout ça me paraît familier. Tu vois ce temple là-bas avec les jolies tours de chaque côté ? Je suis sûre de l’avoir déjà exploré !
_ C’est le temple d’Angkor Vat, lisait le père de famille. L’un des plus emblématiques et des plus vastes du site. Il parait que c’est aussi le mieux préservé et le plus grand site religieux au monde. Il a été érigé en hommage à la déesse hindoue Vishnou, mais depuis le XIIe siècle, c’est un temple bouddhiste.

En face d’eux, de l’autre côté du pont, se dressait une porte mystérieuse, qui laissait deviner au loin le sommet du temple. Les douves formaient un carré régulier de plusieurs kilomètres, bordé par un mur d’enceinte de même calibre. Les voyageurs furent surpris de découvrir à l’intérieur une immense plaine, sèche et grillée par le soleil. Le palais se tenait au bout du terrain, dans une teinte de pierre nacrée ternie par la végétation. On y accédait par un chemin rectiligne, qui desservait des pagodes en ruines. Au milieu de cette forêt grouillante de touristes épars, le site archéologique était d’une symétrie étonnante.
Lucy glissa un mot à sa famille et poursuivit seule son exploration. Arrivée au palais, elle grimpa les immenses marches, franchit des portes gigantesques, traversa des couloirs exigus et éventrés. Les murs étaient si épais qu’elle n’entendait plus la clameur des autres étrangers. Elle voulait laisser glisser sa main sur les reliefs et les restes de peinture, témoins de la proximité d’une civilisation antique, mais s’abstint, par peur de les détériorer. Elle se sentait si petite et si chanceuse à la fois. Elle voulait prendre le temps de ressentir ce flot d’émotions. Au détour d’un jardin de cairn, elle finit par trouver une petite tourelle dont l’escalier à moitié détruit décourageait les touristes de grimper. La jeune fille n’avait jamais aimé l’escalade, mais cet endroit était si intriguant qu’elle se laissa guider par curiosité. Après une ascension prudente, Lucy avait trouvé ce qu’elle cherchait. La tour n’offrait qu’une toute petite salle carrée, ouverte sur 2 côtés, à quelques mètres du sol. L’épaisseur des murs de pierre offrait à Lucy la solitude et la fraîcheur dont elle avait besoin. Elle soupira et se détendit enfin.
Le silence lui renvoyait ses pensées avec de l’écho. C’est impressionnant comme un endroit peut vous émouvoir simplement par la force de sa résistance au temps. Le respect, l’humilité, c’était des valeurs qu’on lui avaient apprises et qu’elle avait naturellement convoquées en franchissant les portes de l’enceinte d’Angkor Vat. Mais assise en tailleur dans cette tourelle, entourée par le poids des âges et les vestiges d’une civilisation antique, Lucy compris le sens du mot intériorité. Elle ferma les yeux pour solliciter toutes les images mentales qu’elle associait aux temples d’Angkor. Il y avait les jeux vidéos bien sûr, Tomb Raider, Uncharted, Dark Souls… Et puis les informations que son père leur lisait depuis le début du séjour, la connaissance qu’elle avait acquise de ce pays, de son histoire. Son propre imaginaire se mêlait à la réalité, s’inspirant du présent comme du passé. Quand les pensées se sont tues dans sa tête, la jeune fille avait acquis un sentiment de gratitude, ainsi qu’une ultime certitude. Ce voyage l’avait fait grandir. À sa façon, elle avait remis de l’ordre dans son chaos mystique personnel. Et elle continuerait à voyager pour sentir à nouveau ces émotions si fortes dans son cœur, avec la conviction non avouée qu’elle touchait du doigt la pureté des sages.


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· Texte de Nicolas Pellolio ·

L’emplacement était idéal. Je le choisis parce qu’il était composé de vallons, collines et rochers. Une parfaite combinaison offrant tout ce qu’il fallait à la construction de ma forêt. L’addition de ces éléments essentiels formait la somme qui servirait à son tour de base solide pour ma création. Environ trente-huit hectares de terrain vierge d’arbres…et de cours d’eau. Ennuyeux. Avant de commencer, il me fallait donc créer un lac, alimenté par une rivière. Je n’avais jamais rencontré une forêt ou un bois qui n’aime se refléter ou simplement plonger ses pieds dans un liquide transparent et frais. Ce fut fait. Le lac, de taille respectable, serait limpide près de son confluent et marécageux près d’une berge, là où pousseront les roseaux et les nénuphars. J’aurai ainsi les deux visages d’un lac. Il se nommerait « La Baigne aux Canards ». Cela les attirerait probablement et sinon, j’en placerai moi-même.
Ceci fait, il était temps de faire venir les végétaux, dont les arbres, arbrisseaux et arbustes. Dont acte. Je disposai sur la partie sud, la moins vallonnée, une chênaie à charmes et des hêtres. Sur les sommets des collines, des châtaigniers. J’agrémentai le tout de résineux divers et variés. Les buissons, épineux, fougères et herbes ne furent pas en reste. Sous les pins que je fis pousser dans la partie nord, sortit de terre le règne fongique noble : les champignons. Les bolets, véritables rois des bois, accompagnés de leurs inévitables enfants que sont les chanterelles, paraderaient fièrement entre les tours friables des morilles.
L’installation du vert végétal étant accomplie, je pouvais disposer les mammifères. Sangliers, renards et biches vinrent écraser de leurs sabots ou pattes les feuilles et brindilles. La terre humide et fraîche accueillit leurs empreintes, tels des tatouages temporaires. Quelques marcassins maladroits pouvaient désormais se rouler dans la boue.
A présent, il ne me restait plus qu’à disposer oiseaux, insectes et autres particules virevoltantes. Un nid douillet ici, un trou de pivert là. Quelques ruches suspendues gracieusement aux branches les habillèrent comme des pompons secs. Une imposante fourmilière, au croisement de deux lignes telluriques comme il se doit, amènera une touche de fascination.
Je considérai mon œuvre. Visuellement, tout cela était satisfaisant, mais il manquait cruellement quelque chose pour ne pas penser à la mort en regardant mon tableau. Je compris. Il n’y avait aucun son. Le silence semblait être la conséquence du passage de la faucheuse. Je mis alors en place un véritable orchestre symphonique. Les violons des pinsons, les violoncelles des merles, secondés par les accords de guitare des grillons, soutenus par les percussions des pas lourds des sangliers sur la terre sèche donnèrent vie à l’endroit. Ma forêt se mit à grouiller, bouger, onduler, pulluler et fourmiller.
Je demeurai longtemps à admirer la naissance et croissance de ce lieu. J’en étais le créateur et le seul témoin. Cela me remplit de félicité.


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· Texte d’Abolo Mvondo Julien Olivier ·

SOURCES

Une forêt luxuriante et sonore
Par ce matin ensoleillé
Avait planté un majestueux décor
Au pays de mes ancêtres pygmées
Qui m’accueillaient avec joie
Sous leur somptueux toit.

Un ahurissant folklore s’offrait à moi
Dans les tréfonds de cette vierge forêt
De l’oriental camerounais
Me laissant en émoi et sans voix.

Vacances, séjour paradisiaque
Fut ce dernier au rythme des battues,
Aux couleurs des vêpres ludiques,
A la sueur des corps dévêtus
Se trémoussant au son du balafon
Agrémenté de douces chansons.

Au-delà, Dame nature,
Dépouillée de toute polluante souillure
Me proposait un mélisme fin
Empreint de douceur matinale
Sur des jappements de chacals
Et des a Cappella de capucins.

M’en départir fut triste
Tant mémorable était ce séjour
Auprès de ce peuple altruiste
Grâce à qui je vis le jour.


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· Texte de Kevin Leduc ·

Vacances
Capucine était surexcitée. Elle allait vivre ses premières « vacances ». C’est en tout cas ce que ses parents lui avaient annoncé le week-end passé. Capucine savait qu’ils y pensaient depuis un moment déjà mais ces « vacances » coutaient chères.
Là, pour le jour J, ils lui avaient bandé les yeux le temps du trajet pour préserver la surprise. Après ce qu’il lui semblât être des heures interminables, elle put enfin retirer le bandeau qui obstruait sa vue.
Elle fut immédiatement saisie par la beauté de ce qui l’entourait : des grandes masses brunes aux mains multicolores, parfois rouges, jaunes ou orange, s’élevaient devant elle, des tapis verts se profilaient autour d’elle et de minuscules parapluies bruns jonchaient le sol. Elle apprit plus tard de ces parents qu’il s’agissait d’ « arbres », de « feuilles », de « mousse » et de « champignons ». Ces feuilles recouvraient également le sentier sur lequel ils se trouvaient.
Curieuse et enivrée par cette découverte, Capucine accéléra l’allure et se mit bientôt à courir. « Ne t’éloigne pas trop ! » lui cria sa maman. Trop tard, elle était déjà trop loin pour l’entendre. « Ne t’inquiète pas, chérie. Elle ne peut pas se perdre, il n’y a qu’un sentier de toute façon » la rassura Paul, son mari, qui avait été recherché, pour l’occasion, ses vieilles chaussures de randonneurs au fond de sa garde-robe. Paul et Catherine, sa femme, étaient très heureux de voir Capucine s’épanouir dans cet endroit qu’elle découvrait pour la première fois.

Essoufflée après avoir tant couru, Capucine fit une pause sur un petit rocher. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’elle prit réellement conscience du bruit qui l’entourait : des sortes de chants qui étaient différents de ceux qu’elle entendait parfois à la télévision ou à la radio avec ses parents. Elle se jura que ceux-ci n’étaient pas humains cependant. Peut-être provenaient-ils de ce qui était inscrit sur les pancartes tout le long du sentier : « cèdre », « bouleau », « fougère », « épicéa »,… Elle se dit qu’elle demanderait confirmation à ses parents plus tard.

— « Ça ne fait pas du bien de refaire une sortie comme au bon vieux temps ? De voir ces rais de lumière qui transpercent la canopée, d’entendre le chant des oiseaux, de sentir le vent sur notre visage ? » fit Catherine à l’attention de son mari.
— « Oui » répond-il de manière dubitative.
— « Je sais que ça ne remplacera jamais ce que l’on a connu dans le passé mais n’as-tu pas vu les yeux de Capucine brillés à la vue de ce décor ? »
— « D’avoir connu les forêts, les vrais, dans notre jeunesse m’attriste d’autant plus de me trouver dans cet endroit en fait. Je pensais que je serais content de retrouver cette verdure, ces odeurs, ces bruits mais tout ceci n’est au final qu’une piètre tentative de représenter ce qui était naturel. Ils n’ont même pas pris le soin de mieux cacher les haut-parleurs. » se lamenta Paul.

Lorsque ses parents la rattrapèrent, Capucine vit qu’ils n’étaient plus aussi enthousiastes qu’au début. On aurait presque dit qu’ils étaient tristes mais ça ne pouvait pas être possible. Pas en vacances.
— « Pourquoi n’y a-t-il pas d’endroit comme celui-ci près de chez nous ? » demanda Capucine.
— « Tu comprendras quand tu seras plus grande. » répondit laconiquement son père.
Cette réponse frustra Capucine. Après tout, peut-être était-elle déjà suffisamment grande pour comprendre mais son père ne lui en laissait pas la possibilité.
La fin du parcours se déroula dans le calme. Capucine tournait la tête sans cesse, toujours ébahie par ce qui l’entourait. Ses parents parlaient entre eux. Elle crut comprendre que son père se plaignait du prix des tickets et de la « privatisation de la nature » sans qu’elle ne comprenne exactement ce que cela signifiait. A l’approche de la sortie, elle profita d’autant plus de ces derniers instants. Son instinct lui disait qu’elle n’était pas près de revoir cet endroit avec ses parents.


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· Texte de Bernard Caron ·

L’artiste quitte la cime

Le chevalet posé au bord de la rivière,
L’homme au pinceau coloré dessine le ciel,
Assassine de violet le massif derrière,
Enrubanne les prés d’un vert circonstanciel.

L’artiste n’est plus jeune; une longue carrière,
Teinte sa renommée d’une langueur pastel,
Il finit sa toile, ce sera la dernière,
Il se sait condamné à toucher l’éternel.
Alors en cet instant, il se croit en vacances,
Son œuvre impécunieuse clora la romance,
Profite de l’instant, regarde les passants,

Qui roulent joyeusement sur les pentes brutes,
Tandis que lui, pensif, ne songe qu’à sa chute,
Se renverse dans l’eau, y plonge en souriant.


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· Texte de Tuy Nga Brignol ·

Acrostiche & Haïku

M ontagne en été à part les randonnées
O ffre plein d’activités stimulantes pour petits et grands
N ature zen à savourer loin de la grande foule
T oute la bonne fraîcheur des forêts à profiter lorsque le soleil tape fort
A ir de la montagne et villages de charme
G rands lacs, petits bassins d’eau douce pour baignades et bronzage
N ul ne peut dédaigner ce moment de retrouvailles
E nvironnement naturel exceptionnel pour toute la famille


Espace détente
vacances relaxantes
montagne en été


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· Texte d’Amal Bakkar ·

SUR LA ROUTE DES VACANCES : L’ESCARPIN

Il fait chaud. Direction le cœur des pyrénées, en pleine montagne. Grégory part en vacances avec sa femme à côté de lui, sa belle-mère et ses enfants derrière.

Quand tout à coup, l’homme sent sous son pied une chaussure de femme, un escarpin. C’est la panique. Il sait. Il le sait. Comment cet escarpin a atterri là ? Ce joli escarpin vernis ? Serait-ce cette fameuse nuit où…. Il aurait passé un bon moment avec….

Maintenant, comment va t’il faire disparaître cet escarpin ?
C’est panique à bord du véhicule.

Grégory en a des suées. La gorge serrée, il propose de faire une halte sur une aire d’autoroute histoire de se dégourdir les jambes, prendre un café et pour les enfants peut être aller aux toilettes.
L’arrêt permettra ainsi de trouver une solution.

Pour Mina, elle souhaite se rafraichir ainsi que la belle mère.

Voilà plus de vingt ans que Mina et lui se sont rencontrés. Un amour de vacances qui s’est transformé en union libre puis deux enfants : Thomas et Bérénice.
Depuis qu’elle est maman, sa place de mère lui fait oublier de prendre soin d’elle.
Un flash, puis il se souvient de leur rencontre quand elle prenait encore soin d’elle. Elle l’envoûtait avec son sourire ravageur et sa coquetterie hors pair jusque dans les sous-vêtements.

Aujourd’hui, le rideau est tombé avec cet escarpin dans la voiture qui est le signe de son comportement odieux de sa trahison.

Il entretient depuis plusieurs mois déjà une relation avec sa nouvelle secrétaire. Amalia est une jeune secrétaire sexy.
Réservations d’hôtels, restaurants d’affaires, tout était bon pour aller s’envoyer en l’air une après-midi de libre ou quelques heures juste histoire de décompresser pendant la journée de travail. Léa, la secrétaire, était forte pour çà. De faux rendez-vous calés sur le planning et c’était ni vu ni connu.

La voiture de Grégory est à l’arrêt.
Il attend que tout le monde descende. Quand tout à coup, il prétexte un coup de fil urgent et se débarrasse illico presto de l’escarpin rouge, en vérifiant bien que personne n’ai remarqué quoique ce soit.
Dans la précipitation, il se rend compte à la dernière minute que la belle mère est toujours dans la voiture. Elle dort profondément. A 78 ans, elle a une facilité incroyable à dormir quelque soit le lieu où elle se trouve, le moment donné.

Grégory réussi à jeter l’escarpin dans une benne à proximité. Tout va pour le mieux jusqu’au moment où Mina et les enfants arrivent. Bérénice renverse son chocolat chaud sur la jupe de sa grand mère qui se réveille dans un sursaut.

Il est temps pour la belle mère d’aller se rafraîchir. Elle récupère son bagage prêt d’elle. Puis, prend une une nouvelle jupe et se change, en prenant son temps, dans les toilettes de la cafétéria.
La belle mère sort de la voiture. Soudain, l’interrogation s’installe. On l’entend dire : ‘je ne comprends pas, je ne retrouve plus ma chaussure’.

Un chien aboie au loin avec une chaussure rouge dans la bouche récupérée dans une des poubelles de l’air d’autoroute.


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· Texte de Viviane Bregand ·

Amour invincible

Avec toi, rien ne peut m’arriver,
Je me sens sereine à tes côtés !
Si petite face à ton immensité,
J’aime convoiter tes sommets…

J’adore sentir ton odeur,
Profiter l’été de ta chaleur,
Te sillonner avec ardeur,
T’apprivoiser avec bonheur…

Quand je suis à tes pieds,
Tu me domines avec fierté,
Arborant avec sobriété,
Des atouts joliment colorés…

… que chez moi j’emporterai,
Pour, dans mes plus belles pensées,
Pendant toute l’année te conserver…
… Ô, montagne tant aimée !!


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· Texte de Lucie Cador ·

LÀ-HAUT

Les pans montagneux me flottent peignoir
Et soudain
Leurs dents touffues m’arrachent les yeux en lambeaux
Avalanche du quoi moi intruse j’y peux goûter, ah….
Je brûle un million de fois en pénitence au vert qu’on n’invente pas
Qu’on me conduise au martyre je veux
Crier mon sacrifice à la face des montagnes
Pulsation époumonée, suffoquerira à expirer
Jambes en papier
Là, sous mes pieds, le grave gave
M’échappe joyeux


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· Texte de Virginie Larteau ·

La montagne entière m’embrasse
comme si j’étais son invitée.

Comme si j’étais moi-même montagne, le silence se fait,
chaque son autour modifie le fil de l’heure.

Comme si tu étais mon invitée, je te fais une place dans cette immensité
à tes pieds, juste là.

Comme si j’étais rocher et brin d’herbe dans le même temps,
chaque pas me transforme, le vent dans mon regard.

Comme si tu étais mon invitée, je te fais une place
dans les interstices de l’ombre de ma forêt.

Comme si j’étais l’arbre que tu prends parfois dans tes bras,
je te donnerai de la force pour continuer le chemin.

Comme si tu étais mon invitée, je te lancerai des défis,
pour que tu vises les sommets de la vie.

Comme si j’étais ce petit nuage là-bas, au-dessus,
je t’enverrai un peu de fraîcheur de temps en temps.

Comme si tu étais mon invitée, je te ferai part de mes failles,
autant que de mes beautés.

Comme si j’étais cet insecte dont j’ignore encore le nom,
je viendrai te frôler une seconde à peine, dans ton demi-sommeil.

Comme si tu étais mon invitée, je t’offrirai de prendre le temps,
de regarder juste devant, et aussi plus loin, et encore plus loin.

Comme si j’étais un peu de cette terre qui te constitue,
je prendrai soin de l’air qui circule tout autour de toi.

Comme si tu étais mon invitée, je te dirai de respirer bien grand, de voir les choses de haut, tout en faisant ta part du chemin.
Je te dirai, comme d’autres te l’ont dit déjà, que la vie est belle, qu’elle est injuste aussi, qu’elle est merveille et inquiétude.
Je te dirai de prendre avec tes yeux ce que je te donne maintenant: la splendeur du jour, tout autour.


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· Texte de Zoé Lagrange ·

Vertige du départ

Janine avait accepté l’invitation de son ami. Elle le retrouverait au restaurant plus tard que les semaines passées. Elle avait tant de choses à préparer avant son départ en vacances !
Elle avait pris une journée de congé supplémentaire. Rangement, arrosage des plantes, courses indispensables lui prirent la matinée. Elle ne voulait en aucun cas trouver son appartement en désordre à son retour. Une semaine d’escapade seulement, elle aurait juste le temps de défaire ses valises avant la reprise du travail. Responsable informatique dans une grande compagnie d’assurances, après une semaine d’absence, elle croulerait sous les problèmes à régler…

A midi, déjeuner sur le pouce au café de la place Mermoz avec Gaëlle. Celle—ci la supplia de l’accompagner en ville. Elle avait repéré un petit tailleur « adorable » chez Broderies et chiffons.
— Je veux absolument l’essayer, je compte sur toi pour me conseiller.
L’expédition s’était prolongée. De fil en aiguille, elles avaient écumé les magasins sous les Arcades. Elles étaient revenues avec chacune une paire d’escarpins, le tailleur pour Gaëlle, une robe et des dessous chics pour Janine, et quelques accessoires indispensables pour rehausser ces merveilles : broche très tendance pour souligner le tombé de la veste, ceinture de perles pour rehausser la petite robe noire, foulard de soie, bagues, boucles d’oreilles : pourquoi ne pas se faire plaisir ?
— Trêve de folie, Gaëlle, je pars demain matin, je dois y aller ! Préparer ma valise, aller voir ma… Oh ! Mais quelle heure est—il ? Déjà cinq heures ! J’ai promis à maman de passer dans l’après—midi. Jamais je n’y serai à temps… Je me sauve !

La maison de retraite était à une demi—heure de route.
Sa mère marchait difficilement mais avait gardé toutes ses facultés. Elle ne manquerait pas de l’accabler du poids de sa sollicitude et de ses questions. Je m’inquiète tellement pour toi, tu travailles trop, tu n’as pas bonne mine et cetera et cetera.
Épuisée comme elle l’était, Janine pourrait—elle garder son calme ?
Du moins n’auraient—elles pas le temps d’aller au salon. Ainsi elle échapperait aux conversations insipides avec les autres résidents. Gentils, mais d’un ennui !
D’ailleurs sa mère semblait peu à peu contaminée. Elle, si vive et si drôle à ses heures…
Plus qu’un kilomètre, allons, il va falloir faire bonne figure !

Elle prit trois longues inspirations avant de frapper à la porte 87.

Sa mère était assise dans son fauteuil relevable, un peu agitée comme Janine s’y attendait :
— Enfin, te voilà ! Tu m’avais bien dit que tu viendrais de bonne heure ? Je ne suis pas allée au spectacle de peur que tu me cherches… Je commençais à me faire du souci, un accident est si vite arrivé…
Sans lui laisser le temps de répondre, elle enchaîna :
— Ma chérie, comme tu es pâle ! Tu n’es pas malade au moins ?
C’était reparti !
Janine l’embrassa, la gronda de s’inquiéter sans raison, s’excusa :
— Tu sais, le travail, les courses, les vacances… et les embouteillages… ce n’est vraiment pas facile ! Je n’ai même pas préparé ma valise. Tu te souviens que je pars demain aux aurores…
— Ah ? Je ne savais pas !
— Mais si, je te l’ai dit, on se retrouve avec Coco et Lily dans la maison du Vercors, ce n’est pas la porte à côté.
La mère hocha la tête tristement :
— Une bien belle maison… On y a passé de si bons moments !
Janine ne releva pas, s’inquiéta des menus, du lavage du linge, de ses partenaires de scrabble, écouta distraitement les nouvelles de la résidence puis proposa un petit tour dans le jardin.
— Non, c’est trop tard, il fait bientôt nuit et le dîner est servi dans une demi—heure. Mais tu veux bien aller me chercher un verre d’eau, que je prenne mes médicaments ?
Janine se précipita dans le cabinet de toilette attenant.
Elle était anéantie par cette journée de folie ! Enfin souffler un peu ! Prévenir Jacques qu’elle risquait d’être très en retard…Une chance que le repas du soir soit servi si tôt ! Elle pourrait s’esquiver rapidement.
Elle se regarda avec complaisance dans le miroir : quinquagénaire épanouie, rides encore peu marquées, cheveux ondulés (comme maman pensa—telle), elle était belle malgré ses traits tirés. Un peu de blush et de rouge à lèvres, il n’y paraîtrait plus.
Elle se lava les mains sous le mince filet d’eau avant de remplir le verre ; au—dessous, dans le tiroir entrouvert, des objets pêle—mêle dont un peigne et une brosse encore pleine de cheveux gris ; à l’extrémité rouillée de la tablette branlante, un verre à dents taché de calcaire et un tube de dentifrice mal rebouché qui dégoulinait.
Elle eut comme un éblouissement : sa mère, seule, abandonnée dans cet environnement immobile — le mot sordide l’avait un instant effleurée — et elle, sa fille unique, tourbillonnant entre le travail, le shopping, les séances de fitness, le cinéma, les rencontres…
Prise de vertige, elle sentit le rouge lui monter au visage, resta quelques instants pétrifiée puis se ressaisit, récapitulant mentalement tout ce qui lui restait à faire : valises, papiers administratifs, trousse à pharmacie et médicaments… Ne rien oublier surtout !
Sa mère s’impatientait :
— Janine, qu’est—ce qui se passe ? Tu te sens bien ?
Pauvre Moumoune, abandonnée dans cette résidence dont on leur avait vanté la qualité des services ! Elle s’inquiétait encore.
— J’arrive…
Elle tenta vainement de refermer le robinet qui continuait à goutter.
Elle revint dans la chambre, tendit le verre d’eau à sa mère :
— Pardonne—moi, j’avais besoin de me rafraîchir.
Et prévenant toute répartie compréhensive :
— Moumoune chérie, je vais te laisser, j’ai vraiment un tas de trucs à régler avant notre départ… Et je dois passer à l’accueil avant de repartir.
La vieille dame baissa la tête, ses yeux s’embuèrent, et dans un souffle :
— Déjà ?
Janine se précipita à ses genoux, prit ses mains dans les siennes :
— J’ai bien réfléchi, finalement, demain, je ne partirai qu’en début d’après—midi…
— Alors, tu n’es plus si pressée, reste au moins jusqu’à l’heure du dîner, un petit quart d’heure de repos ne te fera pas de mal…
Oh ! Le sourire contrit de sa mère, ses joues fripées, ses mains tavelées frémissant dans les siennes !
— Non, non, je pars tout de suite, je te l’ai dit. Il nous faudra la matinée pour tout préparer…
Après un silence calculé, elle ajouta :
— J’ai bien réfléchi : et si tu venais passer la semaine avec nous ?


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· Texte de Bénédicte Chureau ·

A fleur de peau

Va plutôt chercher le pain ! Voilà ce que m’a ordonné Jules d’un ton sec. Dans son regard brûlait le feu intense d’une colère difficile à contenir. J’ai trop d’imagination selon lui. Beaucoup trop. Cinq jours déjà depuis notre arrivée en Provence pour des vacances en amoureux. La première fois depuis des lustres. Cinq jours que Marguerite s’est immiscée dans mes pensées et ne me lâche plus. Y occupe toute la place. Du matin au soir. La nuit aussi.
Pourtant, lorsque nous avons pénétré samedi midi dans ce minuscule village du sud de la France, tout était parfait. Absolument parfait. Des températures certes élevées mais agréablement tempérées par le mistral. La jolie mélodie des cigales chantant à nos oreilles un petit air entêtant de bienvenue. Des paysages à couper le souffle s’étendant à perte de vue, bleu pur et profond du ciel, palette d’ocres des montagnes et camaïeu de vert des forêts entremêlés. Une région superbe où passer ces quelques jours tranquilles à deux. Rien qu’à deux.
Par chance, nous avions dégoté une charmante petite maison dans un hameau pittoresque, une véritable oasis de belles pierres brunes et d’arbres centenaires au fin fond d’une vallée verdoyante. À deux pas de la logeuse qui avait accepté de nous louer à prix modique ce joli petit mas provençal.
A notre arrivée, la vieille dame nous attendait sur le pas de la porte. Le dos courbé, de son pas lent et mal assuré de personne âgée, Marguerite nous a fait visiter la maison. Pièce par pièce. Placard après placard. Remis les clés en nous assurant que nous pouvions la déranger n’importe quand, pour n’importe quoi. Elle a beaucoup insisté sur ce point. Je ne bouge jamais de chez moi, a t‘elle clamé de sa voix fluette de chétive octogénaire.
Par politesse, et par pitié un peu aussi pour cette charmante petite vieille, j’ai sonné à sa porte le soir suivant, à notre retour de randonnée. J’avais cueilli sur le chemin quelques jolies fleurs sauvages pour égayer un peu sa maison. Campanules, ellébores, millepertuis, muscaris et d’autres dont je ne connaissais pas le nom. Une fois, deux fois, trois fois. Rien n’a bougé à l’intérieur, ni bruit ni lumière allumée. Le jour s’éteignait doucement mais il était bien trop tôt pour se coucher, même pour une octogénaire. Où pouvait bien s’être rendue à cette heure une personne de son âge, seule, fragile, vulnérable ? J’ai sonné une quatrième fois. Toujours rien. Un peu déçue et vaguement inquiète, j’ai posé délicatement mes fleurs à côté de la porte, de façon à ce qu’elle les voit dès son retour. J’ai prêté l’oreille encore quelques secondes et je suis rentrée.
Le lendemain matin, j’ai résisté à l’envie de me précipiter à sa porte pour m’assurer qu’elle était rentrée et qu’elle allait bien. Jules nous avait concocté un programme dense à la découverte des plus jolis sites environnants. Il ne fallait pas traîner. Toute la journée, malgré moi, mes pensées n’ont cessé de refluer vers Marguerite telle la marée, vagues après vagues. Inlassablement.
Dès notre retour, à la nuit tombée, j’ai prétexté avoir oublié mon sac dans la voiture et j’ai filé frapper à sa porte. En arrivant à la hauteur de la petite maison, je me suis figée. Les fleurs que j’avais déposé la veille n’avaient pas bougé d’une tige. Elles avaient bien meilleure mine quand je les avais cueillies dans la montagne. À présent, elles étaient à l’image de Marguerite, corps flétri et beauté fanée. Seul un silence de mort entrecoupé du chant des cigales a répondu à mes coups sur la porte. J’ai tambouriné encore et encore. Prêtant l’oreille entre les salves. Pas de réponse.
J’ai senti l’angoisse tordre douloureusement mon estomac en un nœud aussi serré que celui d’un marin aguerri. Et si la vieille dame était tombée dans l’escalier ? Et si elle avait été victime d’un malaise ? D’une crise cardiaque ? D’un cambrioleur ? D’un enlèvement ? Les hypothèses les plus inquiétantes se bousculaient dans ma tête, à la manière d’une foule prise de panique dans un stade. Je suis rentrée presque en courant moi aussi et j’ai tout raconté à Jules. Laborieusement. La panique me faisait trébucher sur presque tous les mots. Il m’a vaguement écouté, tout en continuant de rincer soigneusement les spaghettis. A balayé toutes mes idées d’une pichenette de la main. Tu t’inquiètes toujours pour rien, ma chérie. Laisse cette vieille femme tranquille, s’est-il contenté de me répondre. Nous sommes passés à table et j’ai chassé le temps du dîner les idées morbides qui m’avaient envahies. Elles sont revenues me hanter dès les premiers ronflements de Jules. Je me suis assoupie à l’aube, terrassée par la fatigue.
Jules m’a réveillé au petit matin. Il avait entrepris de pousser encore plus loin l’exploration de notre petit coin de paradis. Sans doute se disait -il également que j’avais besoin de penser à autre chose qu’à notre vieille logeuse. Toute la journée, nous avons été par monts et par vaux visiter les mille et une merveilles de la région. Des grottes fabuleuses, des forêts magnifiques, des coins de rivière extraordinaires. Chaque endroit visité aurait dû faire de ces vacances les plus belles de toute ma vie. En théorie. J’ai en vain tenté de ne plus penser à Marguerite mais elle s’incarnait dans chaque vieille dame que nous croisions.
Dès notre retour de balade, j’ai filé, sans même chercher à inventer un prétexte cette fois. Je les ai aperçues de loin. Les fleurs étaient toujours là, de plus en plus mal en point. Comme moi. J’ai frappé mais comme les autres jours, le silence était épais de l’autre côté de la cloison. J’ai fait le tour de la maison, collé mon front aux carreaux. Aucun mouvement à l’intérieur. La maison était plongée dans une profonde obscurité laissant seulement deviner quelques meubles éparpillés dans l’espace. Toujours nulle trace de Marguerite. Le regard que m’a lancé Jules lorsque je suis rentrée m’a dissuadé de lui en parler à nouveau. L’ambiance était pesante au dîner et nous nous sommes couchés presque sans un mot.
Les éclats cristallins d’une petite voix chevrotante mêlés à la voix grave de Jules m’ont réveillé en sursaut le lendemain. En un éclair, je me suis levée et j’ai couru à la fenêtre. C’est sûrement Marguerite qui vient nous saluer, ai-je pensé. La voilà qui réapparaît enfin ! J’ai poussé le battant d’un geste vif et me suis penchée dangereusement. À la place de Marguerite se tenait une femme plutôt âgée habillée d’une tenue bleu marine de factrice. L’espoir a éclaté dans ma tête comme une bulle de savon. Elle est repartie avant que j’ai le temps de lui demander des nouvelles de notre logeuse à qui elle distribue sûrement le courrier également. Je suis descendue à la cuisine et j’ai dit encore une fois à Jules que j’étais vraiment très inquiète. Va plutôt chercher le pain ! Voilà ce qu’il m’a ordonné d’un ton sec avant de me tourner le dos.
A présent, après un énième détour par la maison de Marguerite qui reste aussi invisible qu’un fantôme, je me dirige d’un pas lent vers l’unique commerce du hameau. Mais j’ai pris une décision. Celle qui s’impose. Puisque demain, nous rentrerons chez nous en Bretagne et que nous n’avons toujours pas de nouvelles de Marguerite, je dois faire quelque chose. Avant que l’angoisse, le doute et la culpabilité, réunies comme une bande de hyènes autour d’une gazelle, me dévorent. À l’abri du regard et des oreilles de Jules, j’ai décidé d’appeler les gendarmes de façon anonyme pour leur signaler la disparition. Qu’ils se déplacent en nombre jusqu’ici, fassent le tour du village, organisent une grande battue avec chiens et hélicoptères, déclenchent l’alerte enlèvement ou le plan Alzheimer ou que sais-je d’autre.
J’entre dans la boulangerie, le nez dans mon sac pour y attraper mon téléphone, compose fébrilement le 17. Première sonnerie, deuxième sonnerie, troisième sonnerie. On décroche enfin. Une voix masculine se présente et me demande sèchement d’en faire autant. Je lève la tête. Dans la queue, juste devant moi … Marguerite !


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· Texte de PE Cayral ·

A l’air très sain de ma montagne

Dominant la vallée jusqu’aux crêtes alpines, le château, à mes yeux de sept ans, semblait une merveille. Sur ses toits, les tuiles vernissées dessinaient des motifs ; au faîte des tourelles se dressaient d’inaccessibles croix. Au fronton sa gravure : « À l’air très sain de ma montagne ». Sur le seuil, ma grand-mère m’accueillait en matrone. Quand j’arrivais près d’elle, elle écartait les doigts : repeigner mes cheveux était son premier geste. Ma mère quant à elle me comblait de câlins, écourtant son départ pour éviter mes pleurs. Sortie du coffre, ma valise semblait d’une taille ridicule. En été, peu de shorts et pas de pull : pas grand chose à porter. De leur côté, je le voyais : pas grand chose à se dire. Juste des instructions me concernant : trois cahiers de jeux facultatifs, mais les finir avant la rentrée serait une bonne idée, et, enfin, plus de médicament : j’étais guéri. Avant de claquer la portière, ma mère se réjouissait : une nouvelle fois, dans un tel paradis à l’air de la montagne, ce seraient de formidables vacances. J’avais bien de la chance. Puis, au travers des grands pins tout au long de l’allée, sa voiture serpentait, et nos bras agités se répondaient dans d’interminables adieux. Au portail, fenêtre refermée, elle s’effaçait d’un coup. Je ravalais mes larmes et n’avais qu’un seul souhait : retrouver lapin-câlin, tapis dans son clapier tout près des écuries, prendre de ses nouvelles depuis l’année dernière, tromper ma solitude qui, déjà, resserrait son étau, me consoler un peu dans ses poils soyeux, et lui faire mes premières confidences. Mais d’abord je devais m’installer dans la chambre qui m’était attitrée.

Ma grand’mère avait aménagé la propriété en maison de retraite. Sous les blasons du hall et les portraits d’ancêtres, c’était un incessant ballet de pantoufles, de paires de béquilles et de chaises roulantes. Dans cette atmosphère aux gestes ralentis, l’odeur était tantôt moite et tantôt métallique. On me reconnaissait, parfois, m’envoyant des sourires ou tentant des caresses. À gauche, le salon avait toujours ses grands fauteuils. Des femmes s’y reposaient ; les oreilles des dossiers évitaient la chute des somnolents visages. Le murmure des parties de cartes respirait jusqu’à moi. Des notes brèves occupaient l’arrière plan : le piano quelque part devait être occupé. À droite, les rayonnages de la bibliothèque disparaissaient dans la noirceur du plafond. Le bas des échelles avait été coupé, et des silhouettes semblaient faire un voyage tout autour de la pièce, traînant leurs doigts sur le dos des ouvrages. Les reliures de cuir étaient marquées par ces nombreux passages. Plus loin, la cuisine à cette heure était inoccupée ; la lumière y dansait sur les lames des couteaux pendus à leur crédence.

Ma grand’mère m’accompagna, me tenant d’une main, de l’autre ma valise. Je me frottai aux bois de la rampe d’escalier qui tournait sur elle même. Le matin, je m’y jetterais à califourchon, glissant jusqu’au globe final dont le cristal amortirait ma chute et les éclats bleutés illumineraient le hall : couché sur le sol, je pourrais l’admirer comme une deuxième lune. En montant, je ne regardai pas les étages où les couloirs des chambres alignaient leurs portes entrouvertes : depuis longtemps, ma grand’mère en avait retiré les poignées. Arrivée en haut, elle me laissa reprendre possession de ma chambre, encore rayée de l’ombre des persiennes. Elle rangea mes vêtements dans l’armoire où leur petite pile se perdit derrière les lourds battants à l’odeur de sapin. Lorsqu’elle ouvrit les volets sur l’étendue du parc, dans cette lumière nouvelle et l’air très sain de sa montagne, son visage me parut plus maigre encore, et ses lèvres si fines que jamais je ne pourrais ressentir ses baisers. De la table de nuit, elle sortit des jouets : ils étaient toujours là, j’avais bien de la chance. Puis elle déposa sur le bureau les trois cahiers de jeux et un crayon taillé. De plus, pour que je sois moins seul, elle m’annonça une surprise : cette année, je passerais mes après-midi auprès de Madeleine, une amie qui aurait de magnifiques histoires à me raconter. Décidément, j’avais bien de la chance.

Madeleine était dépossédée. D’enfants, de veuvage, d’âge même : les photos dans les cadres affichaient d’illisibles sépias, et, à son annulaire gauche, l’alliance était perdue. Elle n’avait plus ni chair, ni souffle, ni pupille cachée sous ses paupières closes. Ma mère pour moi était vieille déjà, ma grand mère à son tour surpassait cet état ; Madeleine, elle, me sembla au-delà du temps qui passe. Après elle, j’en étais persuadé, il n’y en aurait plus. À mon arrivée, on déplaça ce qu’il lui restait de corps de son lit au fauteuil : un petit amas qui me paru tout à fait transparent. Elle tint par un jeu de coussins, et ses membres tordus dont je ne compris plus ni l’usage, ni le sens des articulations, lui donnèrent un air de pantin déposé de ses fils. Mais quand je m’approchai, Madeleine me conta son histoire d’une voix d’outre-tombe. Accroupi devant elle, je l’écoutai chuchoter ses souvenirs confus ; ceux de l’enfance exigèrent des silences et de terribles efforts. De toute son âme, elle fouilla son passé. De toute la mienne, je me concentrai pour le retenir : je le raconterais à lapin-câlin, avec de longues phrases et des mots d’autrefois qui m’étaient inconnus. Puis elle me répéta à quel point elle ne voulait pas mourir. Après, d’un doigt à peine relevé, elle désigna un coffre où je pus me servir : j’y pris une pièce de cinq francs. Devant autant de chance, je ne comptai pas le trésor. Avec lui, mes vacances pourraient durer autant que le récit obscur et bousculé de Madeleine : au moins mille ans, chaque jour partagé entre lapin-câlin et ma découverte de l’appât du gain.

Le matin puis le soir avant d’aller dormir, couché sur mes genoux, lapin-câlin m’écoutait paisiblement. Je perdais mes caresses dans sa toison si blanche, et fixais mes yeux sur les siens écarlates : il semblait me comprendre. Il avait bien forci : je pus lui raconter à quel point, moi aussi, j’avais grandi depuis l’été dernier. Et même, à partir de cette nuit, je le lui promis, je dompterais mes peurs maintes fois ressassées, et rien ne troublerait désormais mon sommeil : ni les chimères brodées sur la tenture de ma chambre, ni les pas en-dessous sur le parquet grinçant à l’heure des verres d’eau. Je dormirais comme lapin-câlin sur de la paille fraîche, tout rempli de rêves et de chance.

— Madeleine est la première pensionnaire de « L’air très sain », m’avoua ma grand’mère comme une confession libérée par le vin du dîner. N’oublie pas d’aller la voir demain et les jours qui suivent.
C’est bien ce que je fis. Une fois pourtant, je trouvai chambre vide. Je soulevai l’édredon, me disant que, peut-être, Madeleine s’y était perdue. Je ne croisai personne, ni même l’infirmier qui, la veille encore, l’avait déplacée pour moi. Je la cherchai dans les airs jusqu’au balcon, puis m’assis un moment sur son fauteuil béant, m’amusant des coussins, et mimant ses manières si désarticulées. Puis je descendis contrer ma solitude au clapier. Ma grand’mère, longtemps après, m’y rejoignit. Sans évoquer Madeleine, elle se saisit de lapin-câlin qui se débattit aussitôt, pendu par les oreilles dans son poing refermé. Avant que je n’aie le temps de comprendre, elle lui frappa la nuque puis le cloua par les pattes arrière à la porte voisine. Elle l’écorcha d’un geste, et je vis mon ami se vider de son sang par son œil à la teinte pareille.

Je disparus. L’infirmier me retrouva. M’arrachant à la montagne et à cet air si sain, il me prit dans ses bras et chanta des chansons pour me faire oublier. Il m’assit sur le banc de la cuisine, rassura ma grand’mère qui, déjà, nettoyait ses couteaux. Face à mon assiette pleine de viande en sauce, si seul, je fondis en larmes. Je ne pus me résoudre à manger, ni lapin-câlin, dont la douceur absente brûlait déjà mes paumes, ni Madeleine, dont les pièces d’argent débordaient de mes poches.


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· Texte de Vanessa Rochange ·

Montagne

La beauté est partout
En montagne,

La beauté,

Ce sol sec et dur,

Ces rochers amoncelés dans le lit d’un ruisseau,
Caressés par l’eau,
Et qui se foncent à son passage
D’un sombre rougissement.

Cette eau qui s’échappe des sommets,
Dévale les pentes
Pour rencontrer les plaines et leur offrir ses souvenirs.
Elle chante sur son passage
Son amour de la montagne
Aux oreilles qui se tendent.

Ces racines d’arbres
Apparentes, qui s’étalent en tous sens,
Et devant lesquelles s’incline un profond respect.

Ces lacs
Aux eaux turquoise
Aux eaux profondes
Aux surfaces faisant miroiter les altitudes.

Cette mer de nuages
Qui se traverse en frissonnant
En volant ou en nageant
En marchant.
En sortant la tête de l’eau, comprendre
Être capable de se noyer dans le bonheur
Et d’en ressortir encore plus vivant.

Ces cascades puissantes et vénérables
Assourdissantes et apaisantes
Nourricières des âmes.

Ces arbres par milliers, groupés ou isolés,
S’érigeant en toute fierté et de temps à autre
Jetant un coup d’œil envieux sur les sommets
Dont ils n’atteindront jamais les hauteurs.

Ces rochers empilés
Qui se recueillent aux pieds des sentiers
Aux pieds des ruisseaux et des cœurs,
Et du cœur grand ouvert surgit une prière
Dans cette montagne qui est un temple,
Celui qui se mérite
Qui appelle et que je pleure.

La félicité n’est pas un sommet
Mais un cheminement
Le sommet existe pour l’égo
Le cheminement pour l’âme.

Dans ce sanctuaire
Je suis en liberté
Je suis en vie.

L’ivresse de mes sens est permanente
L’ivresse emportée sur les ailes d’un gypaète barbu
Pour déverser sur la montagne
Mon offrande,
Une infinité de mercis.


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· Texte de Guillaume Guitton ·

La montagne le soir
L’air frais
Dormir dehors


Et pour terminer cette sélection, je vous présente le mien, hors concours :

gray steel chain on orange surface

· Texte d’Amelia Pacifico ·

L’épaisseur des feuilles l’empêchait de voir ce qui pouvait faire ce bruit impressionnant. Il pensa de prime abord à un instrument de musique, mais se ravisa rapidement en se traitant d’imbécile, puis orienta ses pensées vers un animal, quoique celui semblait posséder un cri vraiment mélodique pour une bête vivant dans cet épais bois.
D’une main, il écarta une branche, puis une deuxième, guidé par les sons qui provenaient de bien plus loin devant lui. Une sorte de brame, un poil plus doux, jaillissant du fond de l’immensité végétale qu’il visitait quotidiennement pour cueillir de quoi subsister. Des baies, quelques fruits plus gros, une ou deux espèces de plantes, pas grand chose de plus ne survivant dans cette hostilité feuillue.
Un pas après l’autre, un arbre dépassé suivant le précédant, il s’approcha petit à petit de la source animalo-musicale, les bras raides et les jambes flageolantes. Son cœur, s’il ne battait pas si fort, aurait pu s’arrêter au moment même où la détonation retentit. Un envol d’oiseaux multicolore assombrit davantage s’il était possible la clairière où il avait été arrêté dans son élan.
A une dizaine de mètres de lui, l’objet de la poursuite de sa tétanie se désaltérait tranquillement au ruisseau qui traversait la forêt des légendes. Elle était appelée ainsi pour des raisons évidentes, dont visiblement l’une d’elles se nettoyait consciencieusement les babines sans même s’inquiéter de sa présence. La bouche grande ouverte sur un cri qu’il ne parvint pas à libérer, il cligna des yeux à de nombreuses reprises pour réussir à sortir de sa paralysie. En vain.
Ce n’est que lorsque l’étrange forme vivante posa enfin les yeux sur lui qu’il se libéra de sa prison mentale. En un éclair, les deux êtres vivants qui se faisaient face poussèrent un hurlement de toute la puissance de leurs cordes vocales respectives, puis détalèrent chacun dans une direction différente, à la recherche du refuge où ils étaient certains de pouvoir se mettre en sécurité.
Lorsqu’il rêva de l’événement la nuit suivante, la forêt des légendes opéra son charme ancestral, transformant dans l’esprit et le cœur de l’humain l’extraordinaire et réelle rencontre d’un jour de cueillette anodin en un conte coloré et vivant, alimentant encore et toujours la magie de ce bois plus vieux que la plus vieille des histoires le concernant.

(à lire en écoutant Trojan Horses d’Agnes Obel)


Merci à tous pour vos participations et lectures ! Rendez-vous dans quelques semaines pour le défi de juillet-août !

A bientôt 💋

1 réflexion sur “Participations au Rendez-Vous des Plumes – Juillet-Août 2021”

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